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Les Gens de la Famille
Les Gens de la Famille
L’Imam ‘Ali reste le Prince des Croyants avec ou
sans l’exercice du califat.
Q : Quel était le rôle de l’Imam ‘Ali (a.s) pendant
les 25 années qu’il a passées auprès des califes ?
R : Ce fut un rôle très important car l’Imam se
considérait comme Prince des Croyants que ce fût à l’extérieur du
califat ou à l’intérieur. Par conséquent, en tête de l’Etat ou non, il
assumait sa responsabilité à l’égard de l’Islam tout entier. On n’a qu’à
examiner son attitude vis-à-vis de ceux qui l’avaient évincé du califat
et usurpé son droit. Il leur prodiguait ses conseils, résolvait leurs
problèmes, sans complexe aucun. La différence entre les autres et ‘Ali
(a.s) est qu’il était entièrement islamique et portait à l’égard de
l’Islam la même responsabilité que le Messager (SAW) sauf qu’il n’était
pas prophète. Il l’a dit clairement : ‘‘Je continue à céder tant que les
intérêts des Musulmans sont saufs et tant que l’injustice ne s’abat que
sur moi en particulier.’’ Il a ainsi conseillé et aidé ses prédécesseurs,
défendu ‘Uthmân et envoyé ses deux fils pour le défendre (quand il était
assiégé), mais cela ne veut pas dire qu’il a délaissé ou renoncé à son
droit. En fait, nous devons apprendre beaucoup de lui en matière
d’abnégation, de largeur d’esprit et de rectitude. Il a enseigné cela
avant et après son accès au califat.
L’Imam ‘Ali ne renonça pas à son droit mais le gela.
Q : La théorie shi‘ite dit que l’Imamat est une
disposition divine et un prolongement de la prophétie. Mais alors,
pourquoi l’Imam ‘Ali (a.s) renonça-t-il à son droit au califat étant
donné qu’il n’est pas permis au prophète de renoncer à sa mission ?
N’était-ce pas pareil,
R : L’Imam ‘Ali (a.s) ne renonça pas à son droit mais
gela seulement sa réclamation parce qu’il n’avait, par manque d’alliés
et de soutien, aucune chance d’obtenir son droit ou d’avoir gain de
cause. L’Imam (a.s) en a parlé dans l’un de ses sermons : ‘‘(Ne m’étonna
alors que la précipitation des gens sur un tel pour lui prêter serment
d’allégeance. Je m’en suis abstenu) jusqu’à ce que j’aie vu la
volte-face des gens qui, loin de l’Islam, appelaient à l’écrasement de
la religion du Prophète (SAW). Je me suis effrayé alors à l’idée de voir
- si je n’apportais pas mon soutien à l’Islam et à ses partisans- une
faille ou une destruction qui me causerait plus de tort que la perte de
l’autorité sur vous, (qui n’est en fin de compte qu’un bien éphémère qui
disparaît tel un mirage ou un nuage)’’. Même les prophètes (a.s) quand
les défis et les difficultés les empêchent d’accomplir la mission, ils
s’arrêtent, non délibérément mais parce que les circonstances ne leur
permettent pas (d’avancer).
La désignation de ‘Ali (a.s) (à la succession).
Q : Comment le Messager (SAW) investit-il ‘Ali du
califat ? Etait-ce seulement une présentation de candidature –comme
disent certains écrivains- ou l’a-t-il fait sur ordre d’Allah –gloire à
Lui ?
R : Notre croyance en cette matière est que le
Prophète (SAW) sur ordre d’Allah, désigna ‘Ali à sa succession, le jour
d’Al-Ghadîr : ‘‘Ô Messager ! Fais connaître ce qui t’a été révélé par
ton Seigneur. Si tu ne le fais pas, tu n’auras pas fait connaître Son
message. Allah te protègera contre les hommes…’’ (Coran V, 67).
D’après l’exégèse, ce verset fut révélé le jour
d’Al-Ghadîr. Il s’agit de comprendre que l’Islam que le Messager d’Allah
avait construit avait nécessairement besoin, pour être protégé et
entretenu, d’un successeur mandaté à cet effet par le Prophète (SAW).
Ensuite, il y a le sermon du Prophète dans lequel il
dit : n’ai-je pas plus droit sur les croyants qu’ils n’ont sur eux-mêmes ?
– ‘‘Si’’ répondirent-ils. Ils ont reconnu que le Prophète détenait
l’autorité sur eux, plus qu’ils n’en détiennent eux-mêmes. Alors, il
enchaîna ‘‘Quiconque me prend pour maître, ‘Ali est son maître’’- Ainsi,
cette autorité instituée par Allah (le Souverain suprême) en faveur de
Son Message fut donnée aussi à ‘Ali (a.s). Celui-ci a donc plus de droit
sur les croyants qu’ils n’ont eux-mêmes. ‘‘Ô Seigneur sois l’allié de
ses alliés et l’ennemi de ses ennemis !’’ Etait-ce alors une candidature
ou une désignation. Le verset suivant fut alors révélé pour couronner
l’événement : ‘‘Aujourd’hui, j’ai rendu votre Religion parfaite. J’ai
parachevé ma grâce sur vous ; J’agrée l’Islam comme étant votre
Religion.’’ (Coran V, 3).
D’après des récits rapportés, une tente fut dressée
alors pour ‘Ali et il fut demandé aux Musulmans de passer le saluer tour
à tour en tant que ‘‘Prince des croyants’’. On rapporte même que le
deuxième calife lui dit : Bakhin, bakhin (bravo, bravo !fantastique !
félicitations !) Ô ‘Ali tu deviens mon mawlâ et un mawlâ pour tout
croyant et croyante !’’.
La Wilâyah fut donc instituée par Allah et mise en
application par la désignation de Son Messager (SAW).
La désignation de l’Imam ‘Ali (a.s) fut immuable et
non variable.
Q : La désignation de l’Imam ‘Ali (a.s) à la
succession par Prophète (SAW) avait-elle un caractère variable ou
immuable ? Le califat aurait-il pu être dévolu à quelqu’un d’autre ?
R : ‘Ali (a.s) fut désigné par le Prophète (SAW) sur
ordre d’Allah ‘‘Ô Messager ! fais connaître ce qui t’a été révélé par
ton Seigneur !’’ Cet ordre est immuable et non variable. L’affaire
n’était pas du ressort du Prophète (SAW). Ce n’est pas lui qui choisit ;
ce fut un choix divin d’après les arguments qui nous sont parvenus.
Ce fut ainsi parce qu’Allah -gloire à Lui- jugea ‘Ali
apte – (à porter cette responsabilité) et ordonna au Messager (SAW) de
confirmer ce jugement et ce choix. De par sa nature et son argument, la
décision fut donc immuable. Mais, suite aux divergences suscitées par
les Musulmans, la question est devenue sujette à controverse. Pour nous,
en tout cas, c’est une vérité confirmée.
L’infaillibilité (Al ‘ismah)
Q : Des rumeurs courent dans certains milieux qu’au
sujet de l’infaillibilité, vous avez un point de vue différent de
l’opinion générale. Voulez-vous nous éclairer là-dessus ?
R : En réalité, je n’ai pas au sujet d’Al ‘ismah (l’infaillibilité)
une opinion négative. Je crois même que ma méthode dans l’argumentation
relative à cette question, est plus saine et plus précise que celle des
autres. Parmi les arguments des Anciens leur assertion que la personne
faillible perd (généralement) la confiance des gens, ne vont pas vers
elle et ne l’écoutent point, ce qui aboutit à l’annulation du rôle du
Prophète ou de l’Imam s’ils n’étaient pas infaillibles. Ainsi donc,
l’infaillibilité a pour fonction de contenir la réalité des gens qui
suivent exclusivement l’homme de confiance. Si Allah, par exemple, avait
envoyé des prophètes faillibles ou que le Prophète avait désigné sur
ordre divin, des Imams faillibles, les gens n’auraient pas placé leur
confiance en eux et l’effet de la prophétie ou de l’Imamat s’en
trouverait par conséquent entamé ou perdu.
Nous croyons que cette argumentation ne résiste pas à
la critique parce que la raison souscrit effectivement à la nécessité de
l’infaillibilité du Prophète ou de l’Imam lors de leur transmission du
Message. Sinon les gens n’auraient pas confiance, sachant que cet élu
est sujet à l’oubli, à l’inadvertance, à la tentation d’altérer le
message…
Par contre, en dehors de sa mission, si l’on suppose
que le prophète ou l’Imam se trompe dans les affaires qui le concernent
ou dans la vie courante qu’il mène (erreur survenue dans un acte
ordinaire, oubli dans une prière…), la raison ne refuse pas d’envisager
cette possibilité dans ce domaine. Certains doctes Shi‘ites Sheikh As-çaduq
notamment, son père et son sheikh affirmèrent même que la négation de
l’inadvertance dans la conduite de l’Imam constitue le premier signe du
ghuluw (extrémisme). Certains de nos savants contemporains, notamment
As-sayyid Al Khû’îy –qu’Allah lui attribue Sa miséricorde- affirment
qu’il n’est pas impossible que le prophète ou l’Imam subisse une
inadvertance en dehors de l’accomplissement de sa mission.
A la lumière de ce qui précède, il semble que la
raison ne juge pas nécessaire que le prophète ou l’Imam soit infaillible
dans les autres affaires que la transmission du Message. Ceci paraît
d’autant plus vrai qu’il ne se fait pas exposer pour une simple erreur,
à la méfiance des gens. Dans le vécu actuel, nous remarquons que les
gens restent fidèlement attachés à beaucoup de personnes actives dans le
domaine politique, religieux ou social qui les intéresse en sachant
qu’elles commettent des erreurs en dehors de l’activité qui fait l’objet
de leur engagement ou même en dedans pourvu qu’elles ne le fassent pas
délibérément et qu’elles s’en détachent rapidement.
Vu cette critique, nous avons dit que cette méthode
dans l’argumentation ne peut constituer une base raisonnable (un
fondement logique) pour fonder l’affirmation de l’infaillibilité
générale c’est-à-dire celle qui accompagne le prophète ou l’Imam pendant
et en dehors de la transmission du Message.
Nous avons alors essayé d’étudier la nature de la
prophétie (pour pouvoir cerner la question). Sachons que la prophétie ne
doit pas être assimilée à la fonction du facteur dont le rôle est de
faire parvenir les lettres aux destinataires. Après, sa mission prend
fin. Non, la mission du prophète est autre chose. Nous lisons dans le
Coran : ‘‘C’est Lui Qui a envoyé aux Gentils un Prophète pris parmi eux,
qui leur communique Ses versets, qui les purifie, qui leur enseigne le
Livre et la Sagesse. Ils se trouvaient auparavant dans un égarement
manifeste…’’ (Coran LXII, 2) et cet autre verset : ‘‘Ô toi, le Prophète !
Nous t’avons envoyé comme témoin, comme annonciateur de bonnes nouvelles,
comme avertisseur appelant à Allah, avec Sa permission et comme un
brillant luminaire’’ (Coran XXXIII, 45-46).
A la lumière de ces nobles versets, nous comprenons
que le Prophète (SAW) n’était pas seulement annonciateur de bonnes
nouvelles et avertisseur mais aussi un témoin et un brillant luminaire
qui devait éclairer aux humains le chemin de la vérité et de la justice.
Il est évident alors que l’homme destiné de par sa position à changer le
monde sur cette base, doive être exempt du faux dans son esprit, son
cœur et son mouvement. Il doit être aussi, en tant que brillant
luminaire, exempt de toute obscurité dans son esprit, ses sens et sa
conduite. La prophétie serait alors une lumière susceptible d’éclairer
les esprits, les cœurs et la vie des gens. Ceci est d’autant plus vrai
que le Livre révélé au Messager (SAW) est considéré aussi comme une
lumière personnifiée par le Prophète. Celui-ci fut donc un Coran parlant
et le Livre sacré fut le Coran silencieux.
Ce rôle grandiose assigné à la prophétie destinée à
changer le monde sur la base de la vérité et de la justice, implique la
nécessité que le Prophète soit entièrement vérité et loin de toute
obscurité. Or, comme l’Imamat est un prolongement de la prophétie (Ô
‘Ali tu as auprès de moi le même statut qu’avait Hârûn auprès de Mûsâ,
sauf qu’il n’y aura pas de prophète après moi’’) et que le rôle de
l’Imam consiste à veiller sur la shari‘ah et à œuvrer pour que la ligne
tracée par la prophétie se prolonge dans la vie des gens, il est
nécessaire que l’Imam soit aussi infaillible au même titre que le
Messager (SAW).
Pour ce qui est de l’étendue de l’infaillibilité, on
peut dire que la personnalité (équilibrée) ne souffre pas de
dédoublement. Ainsi l’homme qui n’oublie rien pendant la transmission du
message, n’oublie pas non plus dans les autres affaires qui le
concernent. De même, celui qui s’engage au côté de la vérité ou de la
justice pendant qu’il transmet un message, ne s’en écarte pas quand il
s’adonne à d’autres activités.
Reste à soulever un autre point relatif à
l’infaillibilité. Celle-ci, sous sa forme extraordinaire, n’est pas le
propre de l’homme. Celui-ci, dans l’exercice personnel de ses facultés
ne peut s’empêcher de son propre chef, de commettre une erreur ou un
écart (ne serait-ce qu’au niveau de l’acte) à moins qu’un jaillissement
divin n’enveloppe l’âme d’un prophète ou d’un Imam de telle manière
qu’il s’empêche à tous les niveaux de dévier ou d’être dans le faux.
Mais là, on envisage la réaction négative de ceux qui opposent (à cette
intervention divine) l’inconvénient du prédéterminisme. Cette question
n’ayant pas été abordée objectivement et avec un esprit scientifique,
nous allons la discuter selon l’approche suivante :
1- A ceux qui prétendent qu’une infaillibilité
prédéterminée sape le fondement de la rétribution dans ce sens que
l’homme infaillible ne fait pas le bien volontairement, nous
répondons que d’après la scolastique l’homme croyant et bienfaiteur
est gratifié par Allah et non rétribué parce que tout en lui
appartient à Allah ; son action, son esprit et ses organes par
lesquels il adore et rend le culte à Son Seigneur, sont une
propriété divine. Par conséquent, le croyant qui fait du bien mérite
du bien mais par attribution et non par rétribution.
En ce qui concerne l’infaillibilité, qu’est ce
qui empêche qu’Allah octroie ce qu’Il veut à Son serviteur
indépendamment des efforts fournis ou consents par ce dernier ? Il
est le Sage et peut élire qui Il veut pour sauvegarder les intérêts
du Message divin. Ce n’est pas quelque chose d’impossible.
2- Si Allah, nous demandent d’autres voix,
prédétermine l’infaillibilité d’un homme, quel est alors son mérite
en comparaison avec ses semblables ? Il se peut dans ce cas que
ceux-ci soient meilleurs que lui puisqu’Allah ne les a pas munis de
ce dont Il l’a doté !
Pour répondre à cette objection, nous disons que
le mérite vient d’Allah. C’est Lui Qui l’attribue. C’est Lui Qui
donne la valeur et choisit parmi les gens comme parmi les anges des
messagers qu’Il ne désigne pas sans raison. Quant au secret de cette
Sagesse par laquelle Il préfère ceux-ci à ceux-là, le Coran dit :
« Il ne lui est pas demandé compte de ce qu’Il fait alors qu’il leur
est demandé compte de ce qu’ils font » (Coran XXI, 23).
Il n’est pas nécessaire que la valeur d’un mérite
vienne toujours de la personne humaine. Disons que selon la Sagesse
divine, ce mérite est une lumière créée en l’homme par Allah à
l’instar du soleil qui est de loin, plus lumineux que la lune et
d’autres corps célestes. Pourquoi ? Parce qu’Allah l’a voulu ainsi.
La valeur en général provient donc du Créateur -gloire à Lui. Les
exemples ne manquent pas : prenons la valeur du Beau : la beauté est
donnée. L’homme beau n’a pas créé sa beauté. De même, en créant
l’homme ‘‘dans la forme la plus parfaite’’ (Coran XCV, 4), Allah le
préfère à l’animal. Cette préférence ne fut certainement pas choisie
ou voulue par l’homme. Par conséquent, nous croyons que le mérite
qui distingue une personne d’une manière ou d’une autre ne peut être
au départ que du ressort divin.
3- Une autre objection consiste à dire que si
l’infaillibilité était créée en l’homme désigné par Allah, il ne
serait plus possible aux gens de le prendre comme modèle en raison
du statut inaccessible qui est le sien. Cette allégation ne résiste
pas non plus à la critique car il suffit que le modèle réunisse deux
conditions : la qualité de l’acte (érigé en bon exemple) et son
abordabilité. Il n’est pas nécessaire que le niveau de la personne
qui cherche à suivre le modèle, soit identique à celui de la
personne qui le représente. En effet, les gens aspirent à suivre
l’exemple des savants, bien que ceux-ci aient atteint un degré très
élevé de science et de vertu. En revanche, si le Prophète produit un
miracle parce qu’il fut doté de certaines forces dont nous sommes
privés, il nous est impossible de faire comme lui pour la simple
raison qui nous en sommes incapables.
Reste à soulever un autre point relatif à ce sujet :
l’élu infaillible choisit volontairement d’obéir à Allah et quand des
conditions extérieures sont telles qu’il risque de commettre un péché,
Allah l’en empêche en érigeant devant lui des barrières spécifiques
qui l’en éloignent. L’infaillibilité ne signifie donc pas la négation
du libre arbitre. Mais si la faiblesse humaine est en passe d’avoir le
dessus, Allah -gloire à Lui- intervient. C’est ce qu’inspire le Coran
qui dit à propos de Yûsuf (joseph) (a.s) : ‘‘Elle pensait certainement
à lui et il aurait pensé à elle s’il n’avait pas vu la claire
manifestation (Burhân) de son Seigneur’’ (Coran XII, 24) et cet autre
verset : Joseph dit : ‘‘Mon Seigneur ! La prison me semble préférable
au péché qu’elles m’incitent à commettre. Mais si tu ne détournes pas
de moi leurs ruses, j’y céderai et je serai au nombre des ignorants’’
(Coran XII, 33). La protection divine peut venir de l’extérieur ou de
l’intérieur. En tout cas, cette infaillibilité n’est pas incompatible
avec le libre choix de la personne qui en bénéficie. Elle ne concerne
d’ailleurs que le côté négatif de l’acte : la tentation de pécher.
Celle-ci, consécutive à la faiblesse humaine, se trouve contrecarrée
par un moyen préventif intérieur ou par le surgissement de quelque
chose qui entrave la réalisation de la faute. C’est cette opinion qui
concorde avec la croyance shi‘ite selon laquelle, le prophète naît
infaillible et continue de l’être avant le début de son apostolat et
après. L’Imam l’est aussi avant sa désignation à l’Imamat et après …
En définitive, nous ne considérons pas cette
question de la nature de l’infaillibilité comme essentielle dans la
croyance imamite. Que l’infaillibilité soit acquise volontairement ou
donnée providentiellement, dans notre foi, le Prophète et l’Imam sont
infaillibles aussi bien dans l’exercice relatif au Message que dans
celui qui engage la pensée dans la vie réelle.
L’infaillibilité d’Az-Zahra’ (a.s)
Q : Que pensez-vous de l’infaillibilité d’Az-Zahra’
(a.s) sachant qu’elle n’était ni prophétesse ni imam ?
R : Nous croyons en son infaillibilité pour trois
raisons :
1- Si nous étudions sa biographie, de sa
naissance jusqu’à sa mort, sa conduite avec son père, son époux, ses
enfants et avec les gens, nous constaterons que sur tous les plans
(la pensée, la parole et l’action) elle n’a pas commis de faute. Sa
vie incarnait l’infaillibilité.
2- Az-Zahra’ (a.s) fait partie d’Ahlul-Bayt (a.s)
dont parle le Coran dans ces termes : ‘‘Ô vous, Ahlul-Bayt ! Allah
veut seulement éloigner de vous la souillure et vous purifier
totalement’’ (Coran XXXIII, 33).
Les gens de la maison (Ahlul-Bayt) sont le
Prophète (SAW), ‘Ali, Fâtimah, Al-Hassan et Al Hussayn (a.s). C’est
ce verset qui fonde et prouve leur infaillibilité.
3- Fâtimah (a.s) est d’après le hadîth très connu
‘‘la plus noble des femmes de l’univers’’ Or, une personne ne
pouvait se hisser à ce rang si élevé que si elle vivait la vérité
tout entière dans son esprit, dans son cœur et dans tous ses
mouvements.
L’infaillibilité des prophètes (a.s).
Q : Est-ce que tous les prophètes étaient
infaillibles ? ou bien cela concerne le Prophète (SAW) seulement ?
R : Tous sont infaillibles parce que leur rôle est de
sortir les gens des ténèbres vers la lumière. Par conséquent, pour
répandre la lumière parmi les gens, il est impossible qu’Allah envoie un
prophète qui recèle de l’obscurité dans son esprit, son cœur ou sa vie.
En ce qui nous concerne, nous devons suivre le Messager d’Allah (SAW)
qui a cumulé tous les messages divins. Etant donné qu’il est le sceau
des prophètes, c’est son infaillibilité qui doit nous intéresser parce
que nous croyons en la religion qui lui fut révélée.
De l’infaillibilité d’Abraham (a.s) ?
Q : Si nous disons que le père d’Abraham (a.s)
n’était pas monothéiste, cela porte-t-il atteinte à l’infaillibilité de
ce grand Messager ?
R : Cela n’a rien à voir. L’essentiel en ce sujet est
la réalisation par le prophète du sens de la vérité dans son esprit, son
cœur, ses propos, sa vie et sa conduite. Que son père soit monothéiste
ou non cela n’a pas de rapport avec l’infaillibilité du prophète et ne
nuit aucunement à son rang. On peut même dire que cela augmente l’estime
dont jouit le prophète qui se révolta contre l’incrédulité de son père
et opta pour la liberté de la pensée et de l’esprit. Etant donné
qu’Allah -gloire à Lui- peut faire sortir l’excellent du mauvais,
l’abjection du père n’a pas l’effet négatif sur la personnalité du fils.
Néanmoins, les savants disent que les pères des
prophètes –mais pas les mères- devaient être monothéistes. Mais prenons
comme exemple la mère de l’Imam As-çâdiq (a.s) : Farwah fille d’Al Qâsim
fils de Muhamed fils d’Abû Bakr. L’Imam As-çâdiq ayant dit : ‘‘Abû Bakr
m’a engendré deux fois’’, peut-on dire que les pères d’Abî Bakr étaient
monothéistes ?
En fait, la foi dans la lignée parentale n’a rien à
voir avec la valeur personnelle du prophète mais elle a trait à la
pureté de la naissance et de la lignée comme l’affirment des hadîths
selon lesquels les pères des prophètes étaient tous issus d’un mariage
légitime. Cela reste bien sûr un sujet de polémique et ne fait pas
partie des croyances fondamentales qui constituent ensemble l’épine
dorsale de la foi (islamique).
L’intercession et la résurrection
L’intercession est-elle quelque chose de formel ?
Q : On raconte que vous dites que l’intercession est
quelque chose de formel ? Est-ce vrai ?
R : Non, ce n’est pas vrai. Je dis qu’Allah exalté
soit-Il fait intercéder Ses anges, Ses prophètes et Ses élus, dont le
rang spirituel fut très élevé en faveur des pécheurs en vue de
l’absolution de leurs péchés. Toutefois, cette intercession ne
s’accomplit que si toutes les conditions requises sont remplies. Ceux
qui intercéderont n’agiront pas arbitrairement on selon leur tempérament.
Ce ne sera pas non plus comme ici-bas où les gens s’achètent les faveurs
des hommes influents pour réaliser leurs desseins. Le Coran donne des
précisions relatives à l’intercession : ‘‘Nulle intercession ne sera
utile devant Allah, à part l’intercession pour la personne en faveur de
laquelle, Il l’aura permise’’ (Coran XXXIV, 23).
Il dit aussi : ‘‘Ce jour-là, l’intercession ne
profitera qu’à celui en faveur de qui le Miséricordieux l’aura permise,
en faveur de qui, Il agréera une parole’’ (Coran XX, 109).
L’intercession ne se fera donc pas en faveur de
l’athée mais profitera au musulman pour lequel le pardon aura été
destiné. J’ai déjà spécifié dans mon exégèse (Min wahyil-Cora’ân) que
les Elus d’Allah ne vivent pas dans et pour leur égo. Toute leur
affection est commandée par l’élément spirituel de telle manière qu’ils
ne se meuvent que dans la sphère de l’agrément d’Allah. Ils savent
situer les domaines dans lesquels agit la miséricorde d’Allah ou Sa
bénédiction. Ils savent que l’intercession est une grâce divine octroyée
en faveur de certains Serviteurs qu’Allah veut bien gratifier. Ils
savent aussi que les impies, les athées et les rebelles qui ont agi à
l’encontre d’Allah et de Son Messager, n’ont pas droit à leur
intercession, parce qu’ils y sont étrangers et les Elus d’Allah ne
ressentent rien envers eux et ne se sentent pas responsables à leur
égard : ‘‘Ils n’intercèdent qu’en faveur de ceux qu’Allah agrée et ils
sont pénétrés de crainte’’ (Coran XXI, 28).
Je crois que cela ne diffère guère de la croyance
shi‘ite consacrée.
L’intercession mal comprise.
Q : Le principe de l’intercession ‘‘est une vérité’’
islamique confirmé par des arguments décisifs. Mais pourquoi donc les
Musulmans l’ont-il mal compris ? Et quel est son rôle dans l’éducation
islamique ?
R : L’intercession fut effectivement mal comprise.
Elle est liée au pardon octroyé par Allah. C’est que Son pardon peut
être accordé directement ou par Ses Elus à qui Il permet d’intervenir.
L’intercession n’est pas quelque chose de fortuit ou de fatal. Elle suit
sa propre logique, son propre programme. Il se peut donc que ceux qui
imaginent d’en bénéficier, s’en trouvent privés parce qu’ici-bas, ils
n’agissent pas selon la ligne préconisée par les Elus d’Allah. En effet,
qui t’a dit que le Prophète (SAW) ou les Imams (a.s) intercéderaient en
ta faveur, uniquement à cause de la sympathie que tu ressens à leur
égard ? En d’autres termes, le bénéfice de l’intercession n’est pas
acquis d’avance quels que soient les actes qu’on aura commis. Certes,
Allah -gloire à Lui- dit : ‘‘Ma miséricorde s’étend à toute chose…’’ (Coran
VII, 156), mais Il dit aussi : ‘‘Il pardonne à qui Il veut ; Il punit
qui Il veut’’ (Coran V, 18).
Sans s’être repenti et sans avoir demandé pardon à
Allah, l’individu insensé dit ceci : ‘‘Il faut qu’Allah me pardonne ou
je suis sûr qu’Allah me pardonne’’. Le croyant, lui, se place toujours
entre la crainte et l’espoir. Son principe est bien ceci : ‘‘aie à
l’égard d’Allah une crainte telle que même si tu te présentais devant
Lui avec à ton actif les œuvres pies des humains et des djinn, Il te
châtierait et aie en Lui une espérance telle que même si tu te
présentais avec les péchés des humains et des djinn, Il te pardonnerait’’.
Quant au rôle du principe de l’intercession dans
l’éducation islamique, il procure, quand il est bien inculqué, cette
confiance bénéfique en ces personnes à qui Allah permettra d’intercéder,
en raison de leur sagesse dans l’appel à Sa religion. Il y a aussi cet
optimisme et cette espérance que procure l’existence de cette
possibilité salutaire auprès de ces Elus qui, si Allah leur permet
d’intercéder, ouvriront devant le croyant la porte du pardon.
Intercession et Justice.
Q : J’aimerais bien qu’on clarifie la signification
de l’intercession dans la religion islamique et son rapport avec la
Justice divine.
R : L’intercession veut dire qu’Allah exalté soit-Il
fera intervenir des gens qu’Il aura comblés de Sa grâce en faveur
d’autres personnes à qui les portes de Sa miséricorde seront ouvertes.
Les uns intercéderont en faveur des autres suivant un programme
spirituel bien établi par Allah conformément à Son agrément. Le but est
de faire apparaître au grand jour Sa volonté de pardonner et l’étendue
de Sa grâce dont bénéficient Ses Elus. Il faut savoir que la justice
n’implique pas toujours que le coupable devra être châtié pour son péché.
Elle signifie bien que si Allah le punit, ce sera juste de Sa part mais
s’Il veut lui pardonner, cela Lui appartient « souverainement ». Ainsi
le Pardon divin et la Justice divine vont ensemble et illustrent la
Sagesse d’Allah et Sa miséricorde : ‘‘Je me suis alors assuré que Tu es
le plus miséricordieux des Miséricordieux là où il convient de châtier
et de tourmenter’’ (l’invocation préliminaire de la prière).
La résurrection dans la croyance Shi‘ite
Q : Vous les Shi‘ites comment voyez-vous la
résurrection, est-elle retour des âmes dans leurs corps respectifs ou
bien une simple résurrection spirituelle ?
R : Ce n’est pas une question Shi‘ite ou sunnite,
c’est une vérité coranique. Quand le Coran parle de la Résurrection, il
signifie bien le retour physique à la vie : « Oublieux de sa propre
création, il Nous lance ce proverbe : ‘‘Qui donc fera revivre les
ossements alors qu’ils sont poussière ?’’ Dis : ‘‘Celui Qui les a créés
une première fois les fera revivre. Il connaît parfaitement toute
création » (Coran XXXVI, 78-79). Il s’agit bien du corps humain qui
ressuscite et non l’esprit qui est resté vivant après la mort de l’homme.
En outre, le Coran parle des délices du Paradis, comme étant des
plaisirs perçus par les sens de l’homme et des souffrances de l’Enfer
comme étant un châtiment physique et ‘‘matériel’’ : « Chaque fois que
leur peau sera consumée, Nous leur en donnerons une autre, afin qu’ils
goûtent le châtiment. Allah est Celui Qui entend et Qui voit
parfaitement » (Coran IV, 56).
La peau est sans doute quelque chose de physique, qui
relève de la matière (et non de l’esprit). De même des boissons et la
nourriture dans le Paradis sont destinées à la satisfaction du corps ‘‘matériel’’.
C’est pour cela que nous disons que le Coran présente le meilleur
argument qu’il s’agira bien d’une résurrection physique et non
spirituelle.
L’Enfer est-il vrai ?
Q : Certains penseurs musulmans contemporains
avancent que l’Enfer dont Allah fait peur à Ses serviteurs, n’est pas un
enfer véritable mais un ensemble de moyens purificatoires destinés à
leur donner l’aptitude à entrer au Paradis. Il n’y aura donc pas d’Enfer
éternel, ce qui constitue un autre aspect de la Miséricorde divine.
Qu’est-ce que vous en pensez ?
R : Chacun peut penser ce qu’il veut mais quelle
argumentation donne-t-il pour confirmer cette idée ? Allah -gloire à Lui-
nous parle d’un Enfer réel, physique ‘‘matériel’’ ; « …puis châtiez-le
en versant sur sa tête de l’eau bouillante » (Coran XLIV, 48). Il parle
d’un Feu grillant « Nous avons préparé une flamme brûlante pour ceux qui
traitent l’Heure de mensonge. Lorsque cette flamme les verra de loin ils
en entendront la fureur et le pétillement » (Coran XXV, 11-12).
« …le feu jette des étincelles ‘‘grosses’’ comme des
bûches, des étincelles qui sembleraient des masses jaunes » (Coran
LXXVII, 32-33) ?
« Chaque fois que leur peau sera consumée, Nous leur
en donnerons une autre, afin qu’ils goûtent le châtiment… » (Coran IV,
56).
Ces versets coraniques indiquent qu’il s’agit d’un
Enfer matériellement perçu. Il n’y a aucune preuve qu’il s’agisse du
sens figuré du terme car, comme on sait, tout mot doit être porté à son
sens propre à moins qu’il y ait un argument probant en faveur du sens
figuré. D’autres avancent une idée similaire : ‘‘Sans être réels, le
paradis et l’enfer symbolisent respectivement cette béatitude ressentie
par l’homme heureux ou cette souffrance humiliante (dans le cas où il
serait condamné). C’est une idée ! Mais quel argument avance-t-on
là-dessus ? En effet, chaque fois qu’on veut imputer une idée (ou une
théorie) à l’Islam, il faudra la prouver. De même, quand on veut
interpréter un verset coranique, l’interprétation devra être argumentée.
Ceci est d’autant plus vital que certains penseurs ont tendance à faire
l’inverse c'est-à-dire soumettre les versets coraniques à leur ‘‘interprétation’’.
Or, cette opération ne doit en aucun cas, dépendre du tempérament du
chercheur. Elle doit, en revanche, se conformer aux règles de la syntaxe
et de la rhétorique arabes. Sinon, tout un chacun interprétera tout
propos à sa guise.
Le monde intermédiaire (isthmique) (Al Barzakh).
Q : En quoi consiste Al Barzakh ?
R : Comme le dit l’auteur d’Al mizân (exégèse du
Coran), à propos de ce verset : « …et derrière eux est une barrière (barzakh)
jusqu’au Jour où ils seront ressuscités » (Coran XXIII, 100). Al Barzakh
signifie ‘‘le monde de la ‘‘tombe’’ ou ‘‘monde analogique’’ où séjourne
l’homme après sa mort dans l’attente de la Résurrection. Dans l’œuvre
exégétique d’Al Qummî, ‘‘Al Barzakh est une chose entre deux autres ;
c’est aussi la rétribution et la punition reçue ou subie entre la vie
d’ici-bas et celle de l’au-delà. On retrouve ce terme dans les nobles
hadiths d’Ahlul-Bayt (a.s) : As-çâdiq (a.s) dit par exemple, ‘‘Par
Allah ! Ce n’est pas Al Barzakh que je crains pour vous’’ et ‘Ali b. Al
Hussayn (a.s) dit aussi ‘‘la tombe pourra être soit un jardin
paradisiaque, soit un abîme infernal’’ (Al Kâfî).
Que veut dire As-çirâtt (le chemin, le pont)
Q : Que veut dire le hadith du Prophète (SAW) selon
lequel ‘‘As-çirâtt’’ est plus tranchant que l’épée et plus fin qu’un
cheveu’’
R : Si ce hadîth s’avère authentique, ce n’est
certainement pas l’aspect matériel de la chose qu’il convient de retenir.
Dans ce monde, l’homme essaie de marcher dans la voie droite au milieu
des embûches (virages et déviations) où il est très difficile de
maintenir son cap. Si l’homme n’était pas suffisamment armé de
connaissances pertinentes, il ne pourrait distinguer la différence
souvent très subtile entre le chemin déviationniste et le chemin droit
et par conséquent tomber dans l’abîme.
D’autres donnent un sens littéral au hadîth
c'est-à-dire que le çirâtt (le pont) au-dessus de l’Enfer sera
effectivement comme un fil très long, plus tranchant que l’épée et plus
fin que le cheveu. Tout croyant sincère le traversera sans écueil mais
celui qui ne l’est pas trébuchera et tombera dans la Géhenne. Et Allah
seul sait.
La mort, clémence ou calvaire ?
Q : Est-ce que la mort est une clémence divine ou un
calvaire ? Si c’est une clémence pourquoi dit-on de quelqu’un qui guérit
de sa maladie qu’Allah l’a délivré, l’a gracié et lui a ‘‘écrit’’ une
nouvelle vie ?
R : La mort est une loi divine inscrite dans
l’Univers. Ce qu’Allah fait en l’homme relève de Sa Clémence car
celle-ci prend plusieurs formes. On sait que la mort pour certaines
personnes est plus clémente que leur vie et que si cette dernière
s’allongeait, elles désobéiraient encore plus à Allah. En tout cas,
Allah seul sait ou réside Sa Clémence. C’est pour cela que nous disons
dans l’invocation : « … et donne-moi une longue vie pour autant que
celle-ci s’emploie à Ton obéissance mais si ma vie devait servir de
pâture à Satan, prends-moi alors avant que Ton exécration me touche ou
que Ton courroux m’enveloppe ».
Quant à ce que disent les gens au malade guéri, cela
provient de ce qu’ils imaginent ou conçoivent comme vrai. Nous, nous
disons que la vie et la mort relèvent de la Clémence d’Allah et celle-ci
pour se manifester peut prendre des formes très diverses.
At-Taqiyyah (la dissimulation)
Taqiyyah et Abnégation.
Q : Y a-t-il opposition entre l’obligation de se
sacrifier pour sauvegarder sa religion et le principe de la taqiyyah (la
dissimulation) que confirme le verset coranique « à moins que ces
gens-là ne constituent un danger pour vous » (Coran III, 28) dans ce
sens que la taqiyyah permet à l’homme de protéger sa vie personnelle aux
dépens de sa vie religieuse ?
R : Il n’y a pas de contradiction entre les deux
principes car le hadith rapporté à partir de l’Imam As-çâdiq (a.s)
relativement à la taqiyyah comporte cette précision ‘‘sans porter
atteinte à la religion’’. Si la dissimulation ne conduit pas à
l’annihilation de la religion ni à son altération, il est permis d’y
avoir recours. Autrement dit, la taqiyyah est légitime quand elle a
trait aux détails de la vie religieuse. Si, par contre, cette dernière
était en danger de spoliation, la taqiyyah ne serait pas de mise. L’Imam
(a.s) dit à ce propos : ‘‘Quand un événement grave survient, que vos
personnes soient exposées devant (pour protéger) votre religion’’. Al-Majlisî :
Al bihâr, T : 68 ch.23, p.212, h : 2
La taqiyyah et l’ésotérisme.
Q : D’aucuns disent que le principe de la
dissimulation est ésotérique (bâtinî). Qu’en est-il pour vous ?
R : La dissimulation est une méthode pratique
utilisée pour la protection d’une ligne de conduite ou d’une personne.
Mais permettez que je vous demande si, à notre époque et dans le domaine
politique précisément… y a-t-il quelqu’un qui n’a pas eu recours à la
taqiyyah ? La plupart des gens s’en servent parce que personne ne peut
toujours et dans tous les cas déclarer ouvertement ce qu’il croit. La
taqiyyah est une ligne de conduite humaine et non seulement musulmane.
Allah –gloire à Lui- le dit : ‘‘…à moins que ces gens-là ne constituent
un danger pour vous. Allah vous met en garde contre Lui-même…’’ (Coran
III, 28). La taqiyyah constitue le recours du croyant en cas de
nécessité ou de force majeure, quand la cause que tu défends n’est pas
plus importante que ta personne. Sinon, tu devras te sacrifier pour ta
cause.
Il est vrai que le principe de la taqiyyah est réputé
pour être un levier spécifiquement shi‘ite mais il suffit de regarder la
réalité pour voir que dans notre monde le recours à la taqiyyah est
répandu dans les domaines politique, social et rituel. N’y a-t-il plus
parmi nous de personnes qui ne peuvent pas parler librement et
ouvertement de peur d’être persécutées ?
Partout dans le monde, la dissimulation politique
perdure, surtout au tiers-monde où à côté des domaines social, politique,
sécuritaire, économique et rituel, il y a une taqiyyah religieuse.
L’homme y a recours quand il vit parmi des gens qui n’ont pas la même
confession que lui et qui, dans un esprit de fanatisme et d’intolérance,
ne permettent pas aux autres religions de vivre librement leur culte.
Ainsi, tant qu’il y a pression, persécution et injustice, il y aura des
recours à la dissimulation.
La taqiyyah aujourd’hui.
Q : Peut-on dire qu’aujourd’hui on n’a plus besoin de
taqiyyah après que la majorité des gens se sont renseignés au sujet des
shi‘ites, de leur pensée et de leur conduite ?
R : La taqiyyah a trait à la réalité objective et
extérieure dans laquelle vit la personne concernée. Si un danger sérieux
guette sa personne, ses intérêts légitimes ou même son entourage, le
recours à la taqiyyah s’impose.
La taqiyyah varie selon les sociétés.
Q : Dans l’approche coranique, la taqiyyah dans une
société impie est différente de celle pratiquée dans une société
musulmane, relativement aux contraintes des conditions ambiantes. Qu’est
ce qui détermine alors les jugements religieux (shar‘î) ?
R : La taqiyyah ne diffère pas d’une société à une
autre. Elle varie selon les motivations qui la provoquent, selon qu’elle
vise la protection d’une vie humaine en danger de mort ou des intérêts
de la cause islamique ou même de la société tout entière menacée par des
puissances injustes qu’elles soient musulmanes ou non musulmanes.
L’homme menacé dans sa personne, sa fortune ou son honneur… qu’il
appartienne à une société musulmane ou non, ou même s’il vit dans une
communauté shi‘ite, a le droit de dissimuler ses croyances (voir le
verset précité : 28/III). Seulement, l’homme devra étudier les moyens
appropriés de la taqiyyah pour affronter les pressions politiques,
sociales, psychologiques et sécuritaires en connaissance de cause. Il se
contentera alors et avec sagesse, de ce qui sera suffisant pour protéger
la personne humaine ou la cause islamique. Nous savons que certains
individus succombent à une pression et y réagissent en dépassant les
limites nécessaires, ce qui pourrait sûrement nuire inutilement à la
ligne générale.
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