Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah
Muhammad Hussein Fadlallah, a donné un communiqué où il a commenté les
conclusions de la conférence de Sharm el-sheikh et de la visite de
Cheyney dans la région. Voici le texte de ce communiqué :
L’observateur de l’activité politique dans la région
remarque que la situation y est entrée dans une étape de compétition
acharnée entre les indices de la solution, de l’accalmie et de la
stabilité, et les indices des troubles, de la guerre et du spectre de la
violence qui continue à dominer la situation sur tous les plans suite à
la politique américaine qui a conduit à ce niveau d’instabilité
productrice de la violence sanguinaire en Iraq et ailleurs.
Si l’administration du président Bush a perdu son
efficacité quant à la provocation d’une nouvelle guerre dans la région
après son échec retentissant en Iraq et les retombées de cet échec sur
le plan intérieur américain, cette administration n’a pourtant pas perdu
son appétit pour les guerres, pour la violence, pour la destruction et
pour le meurtre, en dépit de tous les scandales qui ont entouré cette
administration. La raison est qu’elle comprend toujours des responsables
qui pensent à fuir en avant en menant des aventures rapides dans la
région, comme c’est particulièrement le cas du vice-président américain,
Dick Cheyney, que les rapports et les informations émanant des
Etats-Unis eux-mêmes, ainsi que de personnalités ayant participé à la
gestion des affaires par l’administration Bush, continuent de signaler
le rôle joué par Cheyney, rôle qui a poussé Bush à déclarer la guerre
contre l’Iraq sous des prétextes peu valables. Tout cela a été confirmé,
dans son dernier livre, par le directeur des services de renseignement
américains, George Tenet.
Dick Cheyney qui se déplace dans la région pour
rencontrer la commission quadripartite arabe n’est pas un porteur de
message de paix et d’amour. Il est plutôt porteur d’un message de guerre
et il est un héraut de la discorde. Il est le diable de Bush qui
l’incite toujours à la guerre dans la région. Il ne vient pas dans la
région pour étudier avec les responsables arabes les moyens de dissiper
la tension et de pousser la situation vers la paix. Il vient plutôt pour
les provoquer contre l’Iran et les rapprocher d’Israël. Il pourrait même
les charger d’une nouvelle tâche qu’est la protection d’Ulmert en lui
tendant la main pour l’aider à éviter la chute. Cheyney aspire donc à
assigner aux Arabes un rôle allant dans le sens de la protection
d’Israël et de l’harmonie avec les plans américains dans la région.
Nous espérons voir les responsables arabes se
comporter d’égal à égal face à Cheyney comme l’a fait le ministre
iranien des affaires étrangère, M. Muttaki, face à la secrétaire d’Etat
américaine, surtout parce qu’ils savent bien que les responsables
américains ne viennent pas dans la région dans le but de résoudre ses
problèmes, mais pour résoudre les problèmes des Etats-Unis et trouver
des issues aux impasses d’Israël. Les conclusions de la conférence de
Sharm el-sheikh ont montré que cette conférence n’a pas été tenue dans
le but de résoudre le problème iraquien, mais pour résoudre le problème
des Etats-Unis en Iraq. Le but de la conférence n’a pas été d’établir un
état de stabilité intérieure en Iraq, mais la recherche de moyens
susceptibles de préparer le terrain qui permettrait à l’occupant
américain de jouir d’un niveau de stabilité lui permettant de rester,
pour plus de temps, en Mésopotamie.
L’hypocrisie américaine est de plus en plus grande
dans la région. Les Etats-Unis font miroiter une aptitude affichée au
dialogue avec les Etats de la région qu’ils considèrent comme turbulents.
En même temps, ils soufflent dans les oreilles d’autres Etats, dont des
Etats arabes et islamiques, qu’ils allaient corriger les Etats réticents.
Les responsables arabes doivent donc être vigilants face à ce double jeu
américain, surtout que l’administration américaine a prouvé son aptitude
à sacrifier tout responsable ou régime arabe du moment où elle constate
qu’une telle entreprise va dans le sens de ses intérêts et de ceux
d’Israël. Il est à espérer que la leçon de Saddam Hussein soit assimilée
par tout le monde.
Son Eminence à conclue : Nous pensons que la vraie
mise au point politique et sécuritaire dans la région doit commencer par
la reconnaissance des Etats-Unis de leurs fautes et de leurs crimes. Ils
doivent avoir le courage de reconnaître, à l’instar d’Israël, leur échec,
car une telle reconnaissance de la part des Etats-Unis, doublée d’un
vrai engagement à corriger leurs fautes pourrait constituer un premier
pas vers la restauration des relations de nos peuples avec les
Etats-Unis à travers la révision de leur politique extérieure en ce qui
concerne la question palestinienne et les permanentes tentatives
américaines visant à provoquer une guerre confessionnelle dans la
totalité de la région. D’autre part, tout cela est susceptible de mettre
fin à ce que l’administration américaine appelle terrorisme, car ce
terrorisme n’a été que l’une de ses créatures ou l’un des produits de
ses politiques injustes dans la région.