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Avant-propos
Avant-propos
Au Nom d’Allah, le Clément, le Miséricordieux.
((Nulle contrainte en matière
de religion ! La Rectitude s’est distinguée de l’Aberration. Celui qui
est infidèle au Tâghout et croit en Allah s’est saisi de l’anse la plus
solide et sans fêlure. Allah est Audient et Omniscient)) (Coran
II, 275)).
Nul doute que la foi de l’individu passe pour être le
pilier fondamental dans l’édification de sa personnalité aussi bien au
niveau de la pensée et de la culture qu’à celui du comportement et de
l’action. Aussi les lois sacrées s’étaient-elles toujours intéressées à
l’élaboration de la pensée et du culte chez l’homme et ce, aux deux
niveaux ‘‘complémentaires’’ suivants :
1- La constitution de la croyance ou de la foi
chez l’homme est, dès le départ, fondée sur une base purement
rationnelle dans ce sens que toute la liberté lui est laissée quant
à l’entreprise de la pensée qu’il dirige lui-même et sérieusement
pour aboutir à une conviction totale de ce qu’il voulait croire.
Mieux, les Messages Divins visèrent un niveau encore plus élevé
quand ils refusèrent tout mimétisme aveugle dans l’adoption par
l’homme des fondements de ses croyances religieuses. Telles
convictions basées sur des emprunts faciles à autrui ne sauraient
résister aux secousses et aux épreuves de la vie. Par conséquent,
l’idée qui n’est pas l’aboutissement d’une pensée personnelle serait
le cas échéant délaissée ou négligée. D’où l’unanimité des savants à
rejeter le mimétisme aveugle quant à l’adoption des principes
fondamentaux de la religion.
2- L’entretien permanent de cette foi fondée sur
l’effort personnel et son enrichissement par tout ce qui est
susceptible d’approfondir la conscience qu’on a de chacun des éléments
constitutifs de cette croyance. Cela peut se faire par le biais de
l’attention permanente portée à tout ce qui touche l’objet de cette
foi et par le souci perpétuel de rendre son comportement conforme aux
exigences de sa croyance afin que l’action apparente et la réalité
extérieure de l’individu soient en parfaite harmonie avec sa formation
intellectuelle (ou spirituelle). Si cette conformité harmonieuse se
maintient dans le temps, elle produira immanquablement un édifice
spirituel hautement humain pondéré et à même de résister aux troubles
et aux épreuves qu’il rencontrera sans faute sur son chemin. Le Coran
n’a-t-il pas prévenu de la nécessité de ces épreuves pour la mise en
valeur de la conviction et de la foi de tout croyant vivant sur terre ?
((Les hommes pensent-ils qu’on les laissera dire : ‘nous croyons’ sans
les éprouver ?)) (Coran XXIX, 2).
De là, le service de l’information dépendant de
Son Eminence l’Ayatollah Al-‘Uzmâ as-Sayyid M.H.Fadlallah, s’est
chargé de regrouper ces questions spécifiques qui lui avaient été
posées en différents lieux et circonstances avec les réponses
données par son excellence et ce en vue d’éclairer le chemin des
croyants désireux de parvenir à une conscience dogmatique et
spirituelle telle que leur engagement islamique et leur foi n’en
sortiront que fortifiés et capables de résister à la suspicion et
aux embûches semées dans la voie de la Vérité voulue par Allah à Ses
serviteurs.
Nous implorons Allah -Gloire à Lui- de nous aider
à œuvrer pour le bien de cette Communauté et pour que son édifice
soit de qualité, fort et harmonieux. ((Puissez-vous former une
Communauté dont les membres appellent les hommes au bien, leur
ordonnent ce qui est convenable et leur interdisent ce qui est
blâmable…)) (Coran III, 104).
L’office d’information –Qum Al Muqaddasah.
Jumâdâ I/1422h.
Ayatullah Al ‘Uzmâ As-Sayyid M.H Fadlallah
Emprunté à son livre : Fî rihâbi Ahlil-Bayt (a.s)
T :1
Le Taqlîd (l’imitation) en matière de dogme.
L’Imitation (le Taqlîd) en matière de foi.
Q : Pourquoi n’est-il pas permis de suivre (un
savant) en matière de dogme (fondements de la foi), les gens n’étant pas
capables de les distinguer des articles de la loi
R : Les fondements de le la foi se résument en
la croyance en l’existence d’Allah, en Son Unicité, en la prophétie du
Messager et en la Résurrection. Ceci constitue la base de la religion et
ne peut donc être sujet d’imitation. Sinon des personnes seraient
tentées de geler leur pensée et de se contenter de suivre les autres qui
pourraient facilement les égarer. Il s’agit en cette matière de
réfléchir indépendamment des autres et d’avoir sa propre position
authentique et profondément sincère. Pour fonder sa propre pensée, sa
croyance et sa foi il est donc nécessaire d’opérer une réflexion
personnelle avec la possibilité d’avoir recours aux autres pour aider au
raisonnement dans la recherche de la vérité. Mais il y a une différence
entre : ‘‘réfléchissez pour moi’’ et ‘‘réfléchissez avec moi’’. Pour
avoir sa propre conviction, il est donc possible de chercher de l’aide
auprès de ses semblables non pour les imiter mais pour se faire
renseigner plus amplement, pour dialoguer et se faire orienter dans le
but d’arriver soi-même aux conclusions décisives. Allah –gloire à Lui-
veut que nos convictions en matière de foi soient bâties sur
l’indépendance de l’esprit et de la pensée qui n’exclut pas la
possibilité de s’ouvrir aux idées d’autrui. Pour exercer pleinement et
authentiquement son existence personnelle, il faut donc construire
soi-même sa propre position en matière de foi. Quant aux articles de la
shari‘ah, ce sont des détails au sujet desquels le recours à l’expertise
est nécessaire. Ainsi faire appel à ses coreligionnaires spécialisés en
la matière et dignes de confiance pour connaître les ramifications de la
loi, ne comporte aucun aspect négatif.
La raison qui ne conduit pas à la connaissance
Q : Allah pardonne-t-Il à la raison de ne pas être
parvenu à croire en Son existence ?
R : Est-il pensable qu’une raison humaine qui se
respecte ne puisse croire en Allah dont l’existence explique celle de
l’univers ? Si l’on explore la nature physique de ce dernier, on trouve
qu’aucun de ses éléments ne comporte en lui-même la racine qui provoque
nécessairement son existence. Ainsi, selon les philosophes, le
‘‘possible’’ se caractérise par le fait que ni son ‘‘être’’ ni son
‘‘non-être’’ n’est nécessaire. Si l’existence et la non-existence des
montagnes, des mers, des fleuves, de l’homme et des autres créatures
sont égales devant l’être et le néant, qu’est ce qui favorise l’un
plutôt que l‘autre ? C’est la puissance divine, la force d’Allah –gloire
à Lui.
D’aucuns posent cette question : et Allah, qui L’a
créé ? S’est-Il créé lui-même ? Or, s’il n’y avait pas eu de divinité,
rien n’aurait pu être. C’est l’existence d’Allah qui justifie celle de
l’univers que nous avons sous les yeux, sujette à nos expériences.
L’Etre supérieur ne relève pas du possible mais du nécessaire. Son
essence comporte en elle-même la nécessité de son Existence. Dans
l’hypothèse où cette divinité supposée nécessaire ne l’était pas et
qu’il y en avait une autre qui était à l’origine de la création, c’est
cette entité qui a agi et n’a pas été agie qui est Allah.
Les êtres intermédiaires supposés être Lui ne le sont
pas et cela ne pouvait s’enchaîner à l’infini ; sinon on ne rencontrera
jamais le point de départ de la création. Or, celle-ci est là et
témoigne de son Auteur. Pourquoi donc des gens doutent-ils de Son
Existence –gloire à Lui- ?
Si moi je ne comporte en moi-même la raison de mon
existence, cela veut dire que je dépends d’un Créateur. Aucun problème
n’aurait pu se poser si je n’avais pas existé. Mais si l’Etre nécessaire
‘Allah’ n’était pas, l’univers ne serait pas.
L’homme doit donc de par l’esprit et la raison dont
il est doté discerner l’état des choses après avoir usé de l’étude
objective appropriée. Il n’est pas légitime de demander à la raison
humaine de céder sans avoir douté et scruté. L’on sait que le doute ‘‘méthodique’’
reste le chemin qu’emprunte l’esprit pour chercher ses réponses. Pour
inciter au dialogue, le Coran en use aussi et présente le Prophète (SAW)
devant ses interlocuteurs incrédules comme étant lui-même en doute
devant le sujet en question « oui, nous comme vous, ou bien suivons la
voie droite ou bien nous sommes manifestement égarés » (Coran XXXIV,24).
Ainsi Allah –gloire à Lui- enseigne à Son Messager
qui a apporté la Vérité, l’art de dialoguer, qui consiste d’abord à
reconnaître à l’autre partie le droit de douter avant de mettre la main
sur la vérité vers laquelle doivent converger deux esprits qui doutent
positivement, qui se meuvent, méditent et cherchent à se rencontrer
s’ils arrivent au même résultat.
Le Coran est la source du dogme.
Q : Le Coran es-il la source du dogme chez les
Musulmans comme il est la source de leur législation ? Ou bien cela
relève-t-il de l’entendement de tout un chacun ?
R : Le Coran est la source du dogme islamique. C’est
une source infaillible parce qu’il s’agit du Livre d’Allah. « Nous avons
fait descendre le Rappel (l’Edification, le Livre) et Nous en sommes les
Gardiens » (Coran XV, 9).
Le Coran est donc exempt de toute falsification,
d’ajout ou de diminution. C’est le « Livre précieux. L’erreur ne s’y
glisse de nulle part… » (Coran XLI, 24), à tel point qu’Allah menaça le
Prophète (en fait, c’est la Communauté qui est visée à travers lui) dans
les versets suivants pour le détourner de toute altération du Coran : « S’il
nous avait attribué quelques paroles mensongères, Nous l’aurions pris
par la main droite puis Nous lui aurions tranché l’aorte et nul d’ente
vous n’aurait été capable de s’y opposer » (Coran LXIX, 44-47).
Si le Livre d’Allah est protégé par Allah lui-même
contre toute manipulation, son interprétation a besoin, par contre,
d’être prise en charge par ses spécialistes : les ‘‘Détenteurs de
l’Ecriture’’ ‘‘Interroger les Détenteurs de l’Ecriture (le Rappel) si
vous ne savez pas’’ (Coran XVI,43). Cet autre verset du Coran montre
quels sont ces gens qui, dans la Communauté, partent pour clarifier les
préceptes de la Religion : « Pourquoi quelques hommes de chaque faction
ne s’en iraient-ils pas s’instruire de la Religion afin d’avertir leurs
compagnons lorsqu’ils reviendraient parmi eux ?
Peut-être alors, prendraient-ils garde » (Coran IX,
122).
Ces doctes ‘‘fuqahâ‘’’ ne constituent pas une classe
à part, qui vit au-dessus des soucis du peuple mais l’élite musulmane
détentrice de la culture islamique, imbibée de piété et oeuvrant pour la
justice.
La visibilité d’Allah.
Q : Si voir Allah (à l’œil) était impossible, comment
la demande de Le voir a-t-elle été adressée par certains prophètes dont
Moïse (a.s) dans ce verset coranique : « Mon Seigneur ! Montre-toi à moi
pour que je Te voie’’ (Coran VII, 143).
R : L’explication répandue chez les exégètes est que
cette demande de voir ne fut pas proférée par Moïse pour lui-même pour
une satisfaction personnelle mais pour en faire un argument contre son
peuple (qui exigeait la vision directe). Cependant, nous n’écartons pas
l’idée selon laquelle Moïse (a.s) demanda réellement pour lui-même cette
vision parce qu’il ne s’était pas penché auparavant sur ce détail
spécifique qu’il était impossible de voir l’Entité divine dont l’essence
est immatérielle. Il est possible alors de penser que même chez un
messager d’Allah, les conceptions dogmatiques s’échelonnent et se
perfectionnent : Allah seul sait.
La méthode dans l’étude du dogme.
Q : Pouvez-vous nous dire quelle est votre méthode
dans la clarification du dogme (majeurs et détails).
R : Le point de départ de la croyance est d’abord la
raison. Celle-ci, en ce qui est inhérent à son entendement, peut
renseigner l’homme sur l’existence d’Allah, sur Son Unicité, sur le
besoin ressenti par l’homme, de la Prophétie de l’Imamat et du Jugement
dernier (la Résurrection et le jugement). Quant aux articles du dogme
relatifs aux Attributs divins, aux qualités du Prophète et de l’Imam, à
leurs identités, aux arguments avancés sur la vie future… il faudra pour
les déterminer revenir aux textes coraniques et prophétiques, aux
traditions authentiques rapportées des Imams d’Ahlul-Bayt (a.s) en tant
que personnes inspirées de ce qui est toujours conforme à l’enseignement
du Messager (SAW). Voici (en bref) le fondement de cette étude. Nous
prenons ce qui est confirmé comme étant un argument décisif et nous
délaissons ce qui ne l’est pas.
Dogme et philosophie.
Q : Quelles sont les sources principales du dogme
islamique ? Est-il vrai que la philosophie en est une, sachant que
celle-ci, d’origine grecque, fut traduite par les Musulmans des
premières époques de l’Islam, et adoptée par eux ?
R : Je ne considère pas la philosophie comme une
source fondamentale du dogme islamique. C’est le Coran qui l’est parce
qu’il contient les fondements du dogme islamique. Bien sûr, cela ne veut
pas dire qu’on refuse de tirer profit des apports de la philosophie dans
l’étude de certaines questions dogmatiques qui ont trait à la
spéculation ou aux débats susceptibles de réfuter les thèses adverses.
Mais la philosophie ne peut constituer un fondement dogmatique. La
croyance islamique se meut dans la sphère spirituelle du Coran.
La science, elle, par toutes ses vastes découvertes,
est un argument consistant sur l’Unicité d’Allah et sur la foi en Lui.
Cette foi qui s’approfondit grâce à la science qui dévoile de plus en
plus les secrets de l’univers, de l’homme, des civilisations, des lois
naturelles et de l’histoire. La philosophie aussi peut être utile quand
on en use pour repousser les suspicions que soulèvent les détracteurs de
l’Islam. Mais si l’on cherche à construire ses croyances à travers les
enseignements de la philosophie, on risque d’avoir en fin de compte une
foi hellénique sous des apparences islamiques purement verbales. Par
contre, dans le fond et dans la forme, le Coran est riche et authentique
pour quiconque le comprend vraiment.
Les complications dogmatiques
Q : Dans certains livres islamiques, on dit que notre
croyance est simple (à comprendre) mais en réalité et à travers les
enseignements de certaines écoles islamiques nous trouvons le contraire
qu’est-ce que vous en pensez ?
R : Le dogme islamique n’est pas compliqué. La foi en
l’Unicité divine se résume ainsi clairement dans cette sourate coranique :
‘‘Dis : Lui, Allah est Un Il n’engendre pas ; Il
n’est pas engendré ; nul n’est égal à Lui’’ (Coran CXII, 1-4).
Quel rapport avec la trinité chrétienne (le Père, le
Fils et le Saint Esprit) qui enseigne l’Unicité sous forme de trois
personnes. En Islam, la croyance est tellement simple que tout un chacun
peut en saisir l’essentiel et sans complication.
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