L’événement du 01 jamadi II 1427 de l’Hégire / 27 juin  2006 ap. J.C.


Les procédés religieux dans le traitement des questions morales


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L’événement

Entre religion et morale

La position politique

Les procédés religieux dans le traitement des questions morales

 

Fadlallah: Nous entendons des discours sur l’autre comme ennemi ; que dire alors de notre pays et de notre Nation présentés comme ennemis !?


Interrogé dans son séminaire hebdomadaire sur les moyens religieux pour résoudre les problèmes moraux et sur le fossé entre le discours et la pratique, son Eminence l’Autorité religieuse as-Sayyid M.H. Fadlallah, a donné la réponse suivante :

Il existe une grande problématique qu’on peut considérer comme une expression du fossé existant entre l’homme et son environnement et, parfois entre l’homme et sa foi. Cette problématique se présente à travers le phénomène de l’appel à une pensée donnée, n’importe quelle pensée. Il arrive qu’on assiste à divers phénomènes, à diverses visions, qui poussent l’homme à croire que ce qui est apporté par les messages divins, ou ce qui est produit par la pensée humaine se résume à ce qu’on trouve chez une catégorie bien déterminée que constituent les porteurs de ces messages ou de cette pensée et qui deviennent, dans la marche de l’histoire, des exemples à suivre et des modèles pour l’inspiration auxquels on attribue un caractère sacré et qu’on considère comme des pionniers qui incitent les autres à suivre leurs voie et à respecter leurs enseignements dans tous les domaines.

A partir de ce phénomène, certains posent une problématique se résumant à la questions suivante : Pourquoi les savants religieux insistent-ils sur les problèmes moraux au mépris des problèmes sociaux ? Cela nous met face à une autre interrogation : Les problèmes moraux sont-ils séparés des problèmes sociaux pour que leur position et la tentative de leur apporter des solutions soient des questions qu’on peut ajourner en attendant d’en finir avec les problèmes sociaux qui se posent dans la vie de la société ?

Pour répondre, nous devons définir le sens de la morale dans la vie de l’homme. Et ce pour savoir si la morale est chose marginale dans notre vie et, par la suite, si elle peut être restreinte et isolée dans un coin à part dans notre vie, ou bien qu’elle est susceptible de s’élargir pour englober tous les domaines de la vie, y compris le domaine social, politique, économique et militaire… ? La morale constitue, dans la conception islamique, l’une des grandes finalités escomptées par le Message divin. Le Messager de Dieu (P) a dit à ce propos : « Je n’ai été envoyé que pour parachever les grandes moralités ». Si le mot « morale » tire son origine de la nature du comportement humain, individuel ou collectif, envers soi et envers les autres, mais aussi de la qualité de notre façon de pratiquer nos relations publiques et privées avec les gens, la patrie et la vie en général, et s’il est, en conséquence, comme le définissent certains sociologues, l’ensemble des règles de conduite en vigueur chez un groupe humain à une étape historique donnée, la morale occupe ainsi une place centrale au cœur même de l’action et du mouvement des messages divins qui sont destinés à faire sortir les gens des ténèbres vers les lumières.

A la lumière de ces données, nous considérons la question morale sous son aspect global puisque ce concept inclue tous les aspects du comportement humain en temps de guerre comme en temps de paix, dans le gouvernement, la politique et l’économie. Ainsi lorsque nous disons que la trahison est une action immorale, nous trouvons que la trahison est un concept qui touche à tous les états d’être de l’homme, à commencer par la trahison au niveau de la relation conjugale, ou la trahison du gouverneur envers son peuple ou sa patrie, et à finir par la trahison du chef militaire envers sa nation, ou par la trahison du peuple envers ses intérêts, ses principes et ses grandes causes , ou par la trahison de la personne envers ses causes et son pays et son être. Est-ce que nous parlons, lorsque nous parlons de toutes ces trahisons, d’un problème moral qui est éloigné des problèmes sociaux ?! Nous pensons que la défense des causes des gens face au pouvoir corrompu, ou face à tout ceux qui s’emparent des biens des gens par le vol ou le gaspillage, ou à face à tous ceux qui suivent les promesses mielleuses utilisées par le gouverneur pour anesthésier les masses en vue d’attenter à leurs droits et de leur dérober leur liberté et leurs richesses, représente une action cultuelle et morale. Une telle action ne se caractérise seulement pas, du point de vue islamique, par sa légitimité politique, mais elle constitue aussi l’un des fondements de la religion et l’un de ses objectifs sublimes pour lesquels elle s’active dans la vie des gens afin d’établir la justice et de supprimer toutes les formes d’injustice…

Pour cette raison, nous considérons que la valeur du traitement des causes de la Nation, par les savants religieux ou par l’avant-garde consciente, consiste dans leur effort visant à les enraciner dans les profondeurs de l’homme et dans sa pensée, comme un moyen pratique de défendre les droits de l’homme. Sa valeur consiste aussi dans la construction intérieure de l’homme afin de refléter tout cela au niveau de sa vie pratique… Nous avons été témoins, à travers la réalité religieuse historique et contemporaine, de beaucoup d’attitudes formidables où des hommes et des femmes ont défendu les positions de la vérité et de l’héroïsme défiant toutes les séductions qui ont été mises en œuvre afin de le dévier loin de leur marche dans la confrontation visant à supprimer l’injustice et à faire triompher la vérité. Ceux-là ont résisté et n’ont jamais échoué face aux épreuves. Ils ont plutôt réussi à préserver ce qu’ils portent comme principes et valeurs et ce qu’ils respectent comme responsabilités et obligations. Il en était ainsi car les moralités religieuses ont pu les doter d’une construction intérieure solide et conséquente, une construction intérieure qui résiste aux bouleversements et aux vent violents.

En insistant sur cet aspect, nous ne donnons pas des jugements au sujet de toutes les approches religieuses et de leurs diverses façons d’approcher les problèmes moraux. Certaines de ces approches se sont montrées arriérées quant à la présentation de l’idée en insistant sur l’aspect abstrait au lieu de partir d’une lecture rigoureuse de la réalité. Ou en se limitant à un aspect étroit de l’action humaine individuelle qui ne va pas au-delà de la vie privée, ce qui conduit à isoler l’homme ainsi que ses concepts moreaux loin de la vie publique et, par conséquent, à isoler les concepts moreaux eux-mêmes loin de la vie.

Nous condamnons ce genre d approches car elles pétrifient l’idée au lieu de la dégager et de l’animer. Il se peut que ces approches soient responsables de l’idée pessimiste portée par certains au sujet de la religion et du fossé qui sépare la théorie et la pratique. Et c’est pour cette raison que nous avons toujours insisté, en nous adressant aux militants dans le cadre du projet islamique, ou de tout autre projet de changement, sur la nécessité pour eux d’être contemporains, actuels, dans leur diagnostique du problème et dans leur tentative d’y trouver des solutions réalistes, et de vivre le flux de l’époque contemporaine dans leur action culturel, politique et scientifique, au lieu de divaguer dans l’abstrait ou de ramasser, dans la tradition, quelques mots ou idées avant de les projeter, sans les comprendre, sur la réalité sans même se donner la peine d’étudier cette réalité.

Nous sommes, au Liban, comme dans beaucoup de nos autres pays arabes et musulmans, en proie à un grand problème en rapport à la moralité politique, à la crédibilité politique, et ce à tel point que le responsable politique est capable de se délier de ses engagements nationaux ou de ses responsabilités au niveau de la pratique politique, sans craindre toute poursuite populaire ou judiciaire. C’est dans ce sens que la politique s’est mutée chez nous en un jeu de hasard ou en une aventure dont les frais sont le plus souvent payés par la patrie. La Nation paye un prix exorbitant suite à cette chute intérieure qui se traduit en faiblesse face aux autres.

Nous entendons, ici et là, des discours qui insistent sur la nécessité de ne pas agir à l’égard des autres comme s’ils étaient des ennemis. Mais que dire au sujet du discours qui fait de nous-mêmes des ennemis de notre pays, de notre terre et de notre Nation ? Pourquoi nous n’entendons pas des discours disant que nous devrions être en accord avec nos causes en liaison avec notre libération des autres et tout particulièrement d’Israël et de ceux qui oeuvrent pour son compte parmi les Etats de la tutelle extérieure dont on nous demande d’écouter les conseils au détriment de notre cause-mère et au détriment de notre véritable indépendance, de notre liberté et de notre dignité ? Nous devons retrouver un peu de crédibilité quant aux valeurs représentées par l’Islam et par le Christianisme dans sa dimension profonde sur le plan humain et sur le plan des valeurs. Nous devons être en accord avec la moralité politique qui devrait dominer nos conduites et nos attitudes dans l’intérêt de la liberté de la patrie, de son unité intérieure et de sa fermeté face à Israël et à tous les convoiteurs qui aspire à diviser les Libanais, à déchirer leur unité et à supprimer leur entité politique et nationale.

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