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Infaillibles (p) > Les Infaillibles - Les Gens de la Maison (p)
L’Imâm Muhammad Ibn ‘Alî al-Jawâd
L’Imâm miraculeux
Parmi les Imâms appartenant aux Gens de la Maison
(p), on compte l’Imâm Muhammad Ibn ‘Alî al-Jawâd (p). Si nous parlons de
sa vie, c’est pour apprendre comment vivre l’Islam à travers ces élus
purifiés que sont les Gens de la Maison (p). C’est pour apprendre à
faire face à notre présent à travers les lignes lumineuses de notre
passé. C’est pour construire notre avenir à tous sur la base de la
Révélation divine et des enseignements du Messager de Dieu (P),
enseignements qu’ont diffusés les Imâms appartenant aux Gens de la
Famille (P), qui ont concrétisé –par leurs paroles, leurs enseignements,
leurs actions et leurs faits et gestes- tout ce qui est révélé dans le
Livre de Dieu et tout ce qui est exprimé dans la Sunna du Prophète (P).
L’Imâm al-Jawâd (p), le miracle de l’Imâmat
L’Imâm al-Jawâd (p) est celui qui, très tôt, a été
ouvert à la ligne de l’Imâmat. On peut dire à son compte ce qui est dit
par Dieu en ce qui concerne la prophétie de Yahyâ (p) : ((Nous lui
avons donné la sagesse alors qu’il n’était qu’un petit enfant)) (Coran
XIX, 12). Après la mort de son père, l’Imâm ‘Alî Ibn Mûssâ ar-Ridâ (p),
l’Imâm al-Jawâd (p) a assumé toutes les responsabilités de l’Imâmat. On
peut donc l’appeler « L’Imâm miraculeux ». Car son Imâmat était ouvert à
toute la réalité alors qu’il était encore trop jeune. Il a surpris les
raisons tellement ses sciences étaient immenses, tellement il donnait
les réponses exactes aux questions les plus compliquées qu’on lui posait,
tellement il avait le pouvoir de montrer les qualifications de la loi
divine.
Dès sa tendre enfance, l’Imâm a pu prouver la
validité et l’efficacité de l’Imâmat. Muhammad Ibn Talha nous rapporte
le récit suivant : « Après la mort de son Père, ar-Ridâ (p) et
l’arrivée, un an après, du calife al-Ma’mûn a Bagdad, celui-ci, ayant
voulu aller à la chasse, il a pris un chemin au bout de la ville où des
enfants étaient en train de jouer et Muhammad al-Jawâd se trouvait parmi
eux. Il avait alors onze ans environ. A la vue du calife, les enfants
ont détalé loin, mais Abû Ja’far, Muhammad (p) n’a pas bougé de sa
place. Alors le calife s’est arrêté (…) et lui a dit : « Pourquoi,
enfant, n’as-tu pas cédé la place avec les enfants ? ». Muhammad al-Jawâd
(p) lui a répondu immédiatement : « Ô commandeur des croyants, le
chemin n’est pas étroit pour que je puisse le rendre plus large pour toi
en m’y retirant. Je n’ai pas commis un crime que j’aurais à craindre. Et
j’ai de toi une bonne pensée : Tu ne fais pas de mal à celui qui n’a pas
commis une faute. C’est pour cette raison que je suis resté »
(1).
Ces paroles sages et équilibrées révèlent une
connaissance profonde de l’homme qui est en confrontation avec le
pouvoir qui le menace, le terrorise et le contraint à s’éclipser. Mais
pourquoi avoir peur lorsqu’on n’aura pas commis un crime qui implique un
châtiment ? Pourquoi devrait-il céder la place si le chemin est assez
large pour le passage des autres ? Pourquoi devrions-nous avoir peur
lorsqu’on est innocent et lorsque celui qui détient le pouvoir est
équilibré et juste dans ses jugements et dans ses relations avec les
gens ? A cela s’ajoutent le courage de l’attitude, l’audace du discours
et la fermeté de la volonté, qui sont des choses qu’on ne trouve pas
ordinairement chez une personne qui n’a que la raison d’un enfant. Cela
révèle l’existence d’un esprit réfléchi et ouvert à la réalité grâce à
une faculté sainte et de provenance divine. C’est cette faculté qui a
obligé al-Ma’mûn et les gens qui l’entouraient à respecter l’imâm comme
nous le verrons plus tard.
‘Alî Ibn Ja’far, Safwân Ibn Yahyâ, Mu’ammar Ibn
Khallâd, al-Hussein Ibn Bashshâr, Ibn Abû Nasr al-Bîzantî, Ibn Qayâmâ
al-Wâsitî, al-Hassan Ibn al-Jahm, Abû Yahyâ as-San’ânî, al-Khayrânî,
Yahyâ Ibn Habîb az-Zayyât et beaucoup d’autres (2)
ont rapporté que l’Imâm Abû al-Hassan ar-Ridâ (p) a désigné son fils Abû
Ja’far al-Jawâd (p) comme Imâm après lui. On lit dans Târîkh al-Mas’ûdî
(Histoire de Mas’ûdî) qui le tient d’une chaîne de transmetteurs qui
finit par Muhammad Ibn al-Hussein Ibn Asbât, le texte suivant : «’Alî,
Abû Ja’far, était sorti à notre rencontre. Je me suis alors mis à le
regarder pour pouvoir le décrire à nos compagnons en Egypte. Il m’a dit :
‘Ô ‘Alî Ibn Asbât ! Dieu a donné des arguments en ce qui concerne
l’Imâmat tout comme Il a donné des arguments en ce qui concerne la
Prophétie. Il a dit à ce propos : ((Nous lui avons donné la sagesse
alors qu’il n’était qu’un petit enfant)) (Coran XIX, 12). Et ((lorsqu’il
a atteint l’âge adulte, Nous lui donnâmes la sagesse et la science))
(Coran XII, 22). Il est donc possible que la sagesse lui soit donnée
alors qu’il n’est qu’un petit enfant, ou lorsqu’il atteint l’âge de
quarante ans’ » (3).
Dans son livre « al-Irshâd », ash-Cheikh al-Mufîd a
écrit : « Constatant les vertus de Abû Ja’far (p) en dépit de son bas
âge, et le degré qu’il a atteint en matière de science, de sagesse, de
culture et de perfection d’esprit, degré qui n’était atteint par aucun
des savant de son époque, al-Ma’mûn en était tellement passionné et
admiratif qu’il lui a donné en mariage sa fille Umm al-Fadl. Abû Ja’far
(p) l’a emmenée avec lui à Médine entouré de toutes les faveurs et de
tous les respects de al-Ma’mûn ». Al-Hassan Ibn Muhammad Ibn
Sulaymân tient de ‘Alî Ibn Ibrâhîm Ibn Hâshim, qui le tient de son père,
qui le tient de ar-Rayyân Ibn Shubîb qui a dit : « Lorsque al-Ma’mûn
a décidé de donner sa fille Umm al-Fadl en mariage à Abû Ja’far,
Muhammad Ibn ‘Alî (p), les Abbassides ont eu connaissance de l’affaire
et en ont été terrifiés. Ils craignaient un aboutissement semblable à
celui qui a déjà eu lieu avec son père ar-Ridâ (p) (que al-Ma’mûn avait
désigné comme son héritier présomptif). Ils en ont donc discuté et
certains des plus proches parents de al-Ma’mûn se sont rendu chez lui et
lui ont dit : ‘Nous te demandons, au nom de Dieu, ô Commandeur des
croyants, de renoncer à cette affaire et de ne pas donner ta fille en
mariage au fils de ar-Ridâ. Nous craignons le voir nous déposséder de ce
que Dieu nous a donné, et nous ôter la gloire que Dieu nous a offert. Tu
connais toute l’hostilité, ancienne et récente, entre nous et les Banû
Abû Tâlib, et tu sais comment les califes bien dirigés (les Abbassides)
qui t’ont précédés les avaient éloignés et humiliés. Nous avions eu peur
de ce que tu as fait avec ar-Ridâ, et Dieu nous a épargné les soucis.
Garde-toi donc, au nom de Dieu, de recommencer à nous inquiéter, renonce
à ce que tu as décidé au sujet du fils de ar-Ridâ et choisis, à sa
place, quelqu’un de ta propre parenté…
Al-Ma’mûn leur a répondu : ‘Pour ce qui est de
l’hostilité entre vous et les Banû Abû Tâlib, vous en êtes la cause. Il
aurait été mieux pour vous d’être justes à leur égard. Pour ce qui est
des agissements de ceux qui m’ont précédé à leur égard, ils ne faisaient
que manquer à leur devoir envers leurs proches et je demande abri auprès
de Dieu contre ces agissements. Par Dieu, je n’ai point regretté le fait
d’avoir désigné ar-Ridâ. Je lui ai demandé de détenir tout le pouvoir et
j’étais prêt à me destituer, mais il l’a refusé. Ce que Dieu a voulu a
eu lieu. Quant à Abû Ja’far, Muhammad Ibn ‘Alî, je l’ai choisi pour sa
suprématie, malgré son bas âge, en matière de vertu et de science par
rapport à tous ceux qui excellent dans ces domaines. Et pour tout ce
qu’il a de miraculeux. J’espère que les gens constatent ce que j’ai
constaté à son sujet et reconnaissent que j’ai eu raison en le
choisissant’.
Ils lui ont dit : ‘Cet enfant là te plait peut-être
pour ces qualité ; mais il n’est qu’un enfant sans savoir et sans
connaissance en matière de jurisprudence. Laisse lui donc le temps
d’apprendre les affaires de ce monde et tu verras plus tard ce que tu en
fera’.
Il leur a répondu : ‘Malheur à vous ! Je connais ce
jeune plus que vous ne le connaissez vous-mêmes. Il appartient à une
famille dont la science vient de Dieu qui les inspire. Ses pères ont
toujours été versés dans la connaissance de la science de la religion et
n’avaient pas besoin d’apprendre auprès de ceux qui n’ont pas atteint la
perfection. Si vous le voulez bien, examinez Abû Ja’far pour vous
persuader qu’il est tel que je viens de vous le dire’.
Ils ont dit : ‘Nous acceptons, ô commandeur des
croyant, pour vous et pour nous, de l’examiner. Laisse-nous donc choisir
un savant pour l’interroger, en ta présence, au sujet de la
jurisprudence de la loi. S’il donne des bonnes réponses, nous cesserons
de protester, et les gens sauront alors que le commandeur des croyants a
raison. Mais s’il se montre incapable de répondre, nous serons alors à
l’abri des problèmes’.
Al-Ma’mûn leur a dit : ‘Faites cela quand vous le
voulez ». Ils sont sortis et se sont accordés à s’en remettre à Yahyâ
Ibn Aktham qui occupait à l’époque la fonction de Grand juge (juge des
juges). Ils lui ont promis beaucoup d’argent et l’ont chargé de poser à
al-Jawâd (p) une question qu’il ne saurait y répondre. Puis ils sont
allés retrouver al-Ma’mûn auquel ils ont demandé de fixer une date pour
la grande rencontre, pour le grand duel.
Le jour convenu, ils se sont tous retrouvés et Yahyâ
Ibn Aktham était présent. Al-Ma’mûn a ordonné de préparer à Abû Ja’far
(p) un lieu pour s’asseoir sur un matelas avec deux coussins pour
s’accouder. Abû Ja’far (p) (il avait alors un peu plus de neuf ans) est
entré et a pris place entre les deux coussins face à Ibn Aktham. Al-Ma’mûn
a pris place non loin de Abû Ja’far (p) et chacune des personnes
présentes a pris, selon son rang, la place qui lui a été désignée.
Puis Ibn Aktham s’est adressé à al-Ma’mûn lui
demandant l’autorisation de poser ses questions à Abû Ja’far, ce qui a
été fait. Alors Ibn Aktham s’est adressé à Abû Ja’far et lui a dit :
‘Que je sois sacrifié pour toi, me permets-tu de te poser une
question ?’. Abû Ja’far (p) lui a répondu : ‘pose la question que tu
veux’. Alors, Ibn Aktham lui a dit : ‘Que dis-tu à propos d’un homme en
état de sacralisation (ihrâm) pour le pèlerinage mais qui aurait tué un
gibier !’.
Abû Ja’far a répondu : ‘L’a-t-il tué dans un
endroit sacralisé ou non ? L’a-t-il tué tout en sachant qu’il lui est
interdit de le tuer ou non ?L’a-t-il tué exprès ou par accident ? Le
chasseur était-il libre ou esclave, mineur ou majeur, pour la première
foi ou en récidivant ? Le gibier, etait-il un oiseau ou un autre
animal ? Etait-il un petit ou un grand oiseau ? Le chasseur l’a-t-il
fait avec insistance, ou bien s’en est-il repenti ? L’a-t-il tué de jour
ou de nuit ? L’état de sacralisation était-il celui du pèlerinage majeur
ou du pèlerinage mineur ?’.
Perplexe, Ibn Aktham ne savait pas quoi dire et il
s’est mis à marmotter. Toute la séance s’est rendue compte de son échec
et de sa honte. Al-Ma’mûn a donc pris la parole et a dit : ‘Gloire à
Dieu pour cette bénédiction et pour la justesse de mon choix’. Puis,
regardant les siens, il leur a dit : ‘reconnaissez-vous maintenant ce
que vous avez nié hier ?’.
Puis, se tournant vers Abû Ja’far, il lui a dit :
‘Veux-tu demander la main de ma fille, ô Abû Ja’far ?’. Recevant la
réponse affirmative, al-Ma’mûn lui a dit : ‘Que je sois sacrifié pour
toi ! Je te donne ma fille Umm al-Fadl en mariage, même si certains ne
le souhaitent pas’. Après cela, al-Ma’mûn lui a demandé de poser une
question à Ibn Aktham. Abû Ja’far (p) a dit à Ibn Aktham : ‘Puis-je te
poser une questions ?’. Il a répondu : ‘C’est à toi de décider. Je
saurais peut-être répondre, sinon tu me donneras la réponse’.
Abû Ja’far (p) lui a donc posé la question suivante :
‘Que dis-tu au sujet d’un homme qui a regardé une femme au début de
la journée mais que son regard était illicite. Quelques moments plus
tard, la femme lui était licite. A midi, elle lui était illicite. Dans
l’après-midi, elle lui était licite. Au coucher du soleil, elle lui
était illicite. Au moment de la prière du soir, elle lui était licite. A
minuit, elle lui était illicite. A l’aube elle lui était licite. Qu’en
était-il de cette femme ? Et pourquoi elle lui était tantôt licite
tantôt illicite ?’.
Yahyâ a répondu : ‘Par Dieu, je ne connais pas la
réponse ! Peux-tu nous la donner ?’
Abû Ja’far (p) a dit : ‘Cette femme est une
esclave qui appartient à un certain homme. Un homme étranger l’a
regardée au début de la journée et son regard était illicite. Quelques
moments plus tard, il l’a achetée, et là il lui était licite de la
regarder. A midi, il l’a affranchie et il ne lui était plus licite de la
regarder. Dans l’après midi, il s’est marié avec elle et elle lui était
devenue licite. Au coucher du soleil, il a juré de ne plus la prendre
comme femme et elle lui était devenue illicite. Au moment de la prière
du soir, il a versé une expiation et elle lui était redevenue licite. A
minuit, il l’a divorcée et elle lui était devenue illicite. A l’aube il
s’est remarié avec elle et elle lui était redevenue licite’.
Alors, al-Mâ’mûn s’est adressé aux siens et leur a
dit : ‘Y a-t-il parmi vous quelqu’un qui saurait répondre à une telle
question ?’.
Ils ont tous répondu : ‘Par Dieu ! Que non. Le
commandeur des croyants sait mieux que nous ce qu’il y à faire’ »
(4).
Tout cela nous permet de dire à propos de l’Imâm al-Jawâd
qu’il est « l’Imâm miraculeux ». Avec toute cette science qui lui est
inspirée par Dieu, il est vraiment un miracle dans la mesure où les
savants de l’époque ne pouvaient pas l’égaler.
Plusieurs remarques sont à faire au sujet du rapport
que nous venons de relater :
Première remarque : Les Abbassides tenaient à ne pas
perdre le califat. Ils étaient donc très sensibles face à toute relation
que pouvait entretenir l’un des califes avec tel ou tel homme
appartenant aux Gens de la Maison (p), par crainte de voire le peuple le
soutenir en profitant de cette relation, ou de voir le calife lui-même
admirer les qualités spirituelles et scientifiques de cet homme et
penser à lui céder le califat, comme c’était le cas de al-Ma’mûn avec
l’Imâm ‘Alî ar-Ridâ (p). Mais al-Ma’mûn a fait face à ses proches en
leur montrant la valeur des Gens de la Maison (p) et leur distinction en
matière de science, de spiritualité, de piété et de proximité d’avec
Dieu. Cela veut dire que les Gens de la Maison (P) avaient la priorité
de détenir le califat. Il leur a parlé des injustices commises par les
califes qui l’ont précédé contre les Gens de la Maison (p), agissements
qui contredisaient les plus simples exigences de l’équité. Il a donc
demandé refuge auprès de Dieu exprimant ainsi son aptitude à ne pas
suivre l’exemple de ces ancêtres, puis il a réaffirmé la justesse de son
attitude en désignant l’Imâm ar-Ridâ (p) comme son héritier présomptif,
mais l’Imâm (p) l’a refusé et, mort avant al-Ma’mûn, l’affaire était
réglée.
Deuxième remarque : L’attitude de al-Ma’mûn montre
que les Gens de la Maison (p) jouissaient d’une grande notoriété dans la
société grâce à leurs qualités et à leurs vertus, notoriété reconnue
même par les califes qui ne considéraient les personnes qu’à travers
leurs relations avec le pouvoirs. C’est-à-dire, ils ne regardaient pas
les choses avec objectivité ce qui plaçait leurs attitudes dans la
sphère du fanatisme subjectif et non pas dans la sphère de la justice.
L’attitude de al-Ma’mûn montre aussi qu’il était équitable vis-à-vis de
l’Imâm al-Jawâd (p), ou au moins, qu’il sentait le besoin de se
débarrasser du passé encore récent lié à la mort de l’Imâm ar-Ridâ (p)
où il était soupçonné d’y être impliqué.
Troisième remarque : étant versé dans la science,
l’Imâm al-Jawâd (p) a défié ceux qui étaient considérés par les gens
comme des savants qui détenaient des pouvoirs exécutifs auprès des
autorités et dans le domaine juridique. Il voulait prouver devant
l’assistance qu’il possédait d’immenses connaissances dans le domaine de
la pensée et de la jurisprudence. Des connaissances qui lui permettaient
de répondre à toute question, malgré son bas âge qui a donné aux
Abbassides l’impression qu’il était encore incapable de réfléchir,
d’analyser ou de répondre aux questions qu’on pouvait lui poser. Ils
pensaient qu’il pouvait être droit et de bon caractère en raison de son
éducation, mais qu’il ne possédait pas la connaissance scientifique dont
l’acquisition a besoin de beaucoup plus de temps à consacrer aux études.
La surprise était pour eux de la taille du choc lorsqu’il a eu raison du
plus grand juge dans le pays bien que celui-ci avait préparé, sous
l’instigation des Abbassides, des questions difficiles pour montrer
l’incapacité qu’ils espéraient de la part de l’Imâm al-Jawâd (p). Mais
l’Imâm (p) a fini par l’emporter et celui qui lançait le défi en posant
ses questions a dû être questionné lui-même sans pouvoir relever le défi
qui lui a été lancé par l’Imâm (p).
Quatrième remarque : Les Imâms appartenant aux Gens
de la Famille (p) relevaient les défis, s’ouvraient sur le dialogue et
répondaient immédiatement aux questions qu’on leur posait sans demander
un délai pour la réflexion, la contemplation ou la consultation de tel
ou tel livre. Cela prouve que leur science pouvait donner des réponses à
toutes les questions qui pouvaient se poser dans l’esprit de ceux qui
les posaient. C’est cela même qui, à la différence des autres, les
habilitait à l’Imâmat et à la direction. Pour montrer la supériorité de
l’Imâm ‘Alî (p) par rapport aux autres, al-Khalîl Ibn Ahmad al-Farâhîdî
a dit : « Le fait que tout le monde avait besoin de lui alors qu’il
n’avait pas lui-même besoin des autres prouve qu’il était, lui, l’Imâm ».
C’est là la leçon que devraient retenir les dirigeants musulmans sur la
scène de la confrontation culturelle avec les intellectuels appartenant
au camp adverse. Le dirigeant doit posséder une immense connaissance à
même de lui permettre de relever le défi dans tout dialogue et face à
toute question pour ainsi prouver qu’il a les meilleurs arguments
susceptibles de faire plier les autres à la vérité par les moyens de la
seule pression scientifique.
Au sujet du bas âge de l’Imâm al-Jawâd (p) lorsqu’il
a remplacé son père, l’Imâm ar-Ridâ (p)
1- Une Tradition rapportée par ‘Abdullah Ibn Ja’far
dit : « je me suis rendu avec Safwân Ibn Yahyâ chez l’Imâm ar-Ridâ
(p). Son fils Abû Ja’far (p) était debout et il avait trois ans. Nous
lui avons dit : ‘Que nous soyons sacrifiés pour toi ! Si quelque chose
t’arrive, qui sera l’Imâm après toi ?’. Il a répondu en le désignant du
doigt : ‘Mon fils que voici’. Nous lui avons dit : ‘Même à cet
âge ?’. Il a répondu : ‘Même à cet âge. Dieu, le Très-Haut, a
investi Jésus alors qu’il avait deux ans’ » (5).
2- On lit dans « al-Irshâd » : « Abû al-Qâssim,
Ja’far Ibn Muhammad, qui le tient de Muhammad Ibn Ya’qûb, qui le tient
de al-Hussein Ibn Muhammad qui le tient de al-Khayrânî, qui le tient de
son père, m’ a dit : ‘Je me trouvais debout devant Abû al-Hassan ar-Ridâ
(p) au Khorasan. Quelqu’un lui a dit : ‘Maître ! Si
quelque chose t’arrive, qui sera l’Imâm après toi ?’. Il a
répondu : ‘Mon fils, Abû Ja’far’. Celui qui a posé la question
paraissait insatisfait eu égard à l’âge de Abû Ja’far. Alors Abû al-Hassan
(p) lui a dit : ‘Dieu a envoyé Jésus, Fils de Mariyam, en tant que
messager et prophète porteur d’une loi sans précédent alors qu’il
n’avait pas l’âge de Abû Ja’far’ » (6).
3-Abû al-Qâssim, Ja’far Ibn Muhammad, qui le tient de
Muhammad Ibn Ya’qûb, qui le tient de Muhammad Ibn Yahyâ, qui le tient de
Ahmad Ibn Muhammad Ibn Îssâ, qui le tient de Mu’ammar Ibn Khallâd qui a
dit : « J’ai entendu ar-Ridâ (p) dire alors qu’on parlait des signes
grâce auxquels on reconnaît l’Imâm : ‘Vous n’avez pas besoin de cela.
Voici Abû Ja’far ; je l’ai mis à ma place. Nous sommes d’une Maison où
nos petits héritent toutes choses de nos grands’ » (7).
Nous remarquons que dans ces textes, l’Imâm ar-Ridâ
(p) qui voulait affirmer la capacité de l’Imâm al-Jawâd (p) de tenir
l’Imâmat en dépit de son bas âge, voulait aussi montrer aux personnes
qui l’interrogeaient à ce sujet qu’il existe dans l’Imâmat un élément
invisible, qui provient de l’Au-delà et qui ne se soumet pas aux
critères habituels reconnus par les gens. Il voulait les porter à le
comprendre à travers les facultés sacrées qui paraîtront à l’avenir et
qui prouveront la validité de son Imâmat.
On lit dans « al-Kâfî » dont l’auteur le tient de
Muhammad Ibn al-Hassan Ibn ‘Ammâr qui dit : « Je me trouvais à Médine
chez ‘Alî Ibn Ja’far Ibn Muhammad, où j’ai passé deux ans à écrire ce
qu’il avait entendu de son frère, Abû al-Hassan (p), lorsque Abû Ja’far,
Muhammad Ibn ‘Alî ar-Ridâ est entré dans la Mosquée du Messager de Dieu
(P). ‘Alî Ibn Ja’far a couru vers lui, sans souliers et sans cape et
s’est mis à lui baiser les mains en lui montrant beaucoup de signes de
respect. Abû Ja’far (p) lui a dit : ‘Assieds-toi, oncle, Que Dieu
aie miséricorde de toi’. Il a répondu : ‘Maître ! M’asseirais-je
alors que toi, tu es debout ?’. Au retour de ‘Alî Ibn Ja’far à sa
place, ceux qui étaient assis avec lui se sont mis à le réprimander en
disant : ‘Tu es l’oncle de son père ; comment agis-tu de la sorte
avec lui ?’. Il leur a répondu : ‘Taisez-vous’. Puis, tenant
sa barbe dans sa main, il leur a dit : ‘Si Dieu, à Lui la Grandeur et
la Gloire n’a pas honoré cette barbe mais qu’Il a honoré ce jeune homme
et l’a placé là où Il l’a placé, puis-je alors nier ses mérites ? Je
demande refuge auprès de Dieu contre ce que vous venez de Dire. Je ne
suis que l’esclave de ce jeune homme !’ » (8).
Ce témoignage émanant d’un homme honorable et digne
de confiance, ‘Alî Ibn Ja’far, un homme avancé en âge et dont les
mérites et la sincérité sont reconnus, prouve que l’Imâmat de l’Imâm al-Jawâd
était connue et admise par les plus grands hommes parmi les Banû Hâshim.
C’est pour cette raison qu’il lui a montré tout ce respect et qu’il a
agi avec humilité devant son statut d’Imâm en disant « Je ne suis que
l’esclave de ce jeune homme !’ ». Cela constitue un grand témoignage
en faveur de son Imâmat. Quant à ceux qui était assis avec ‘Alî Ibn
Ja’far, ils ont considéré la situation sous l’angle de l’âge et du
statut familial (Il était l’oncle de son père). Mais il leur a répondu
en leur montrant que la question est celle de la grâce de Dieu qui lui a
donné son statut d’Imâm qui le rend supérieur à son oncle. C’était comme
s’il leur disait que le critère de l’Imâmat n’est pas soumis aux
considérations qui dominent leur mentalité et qui explique leur
évaluation.
Lettres de l’Imâm ar-Ridâ (p) à son fils l’Imâm al-Jawâd
(p)
Lorsque l’Imâm ar-Ridâ (p) séjournait au Khorasan
alors que son fils l’Imâm al-Jawâd (p) se trouvait à Médine, il lui a
écrit la lettre suivante : « Au nom de Dieu, le Clément, le
Miséricordieux. Que Dieu te donne une longue vie et qu’Il te protège de
ton ennemi, ô mon fils, que ton père soit sacrifié pour toi. Je t’ai mis
au courant de ce que je possède comme biens alors que je suis encore en
vie dans l’espoir de voir Dieu augmenter tes biens dans la mesure où tu
te montres généreux par rapport à tes proches et aux serviteurs de Mûssâ
et de Ja’far (Al-Kâzim et as-Sâdiq). Dieu a
dit : ((Qui donc veut consentir un prêt gracieux à Dieu ? Dieu le
multipliera pour lui à l’infini)) (Coran II, 245). Il a dit aussi :
((Dieu fera succéder l’aisance à la gêne)) (Coran LXV, 7). Dieu
t’a donné beaucoup de biens, que je sois sacrifié pour toi. Ne me cache
donc rien par amour de ces bien car tu risques alors de perdre tes
chances, et que la paix soit sur toi » (9).
Dans cette lettre, L’Imâm ar-Ridâ (p) demande à
l’Imâm al-Jawâd (p), tout jeune qu’il était, d’assumer ses
responsabilités en se montrant généreux envers ses proches. Elle insiste
sur l’importance du respect des droits des proches, ainsi que du rôle
qu’il devait jouer en occupant, à Médine, la place de son père qui était
absent. Il lui demande aussi de le mettre au courant des évènements qui
se déroulaient à Médine. Nous signalons son expression « Que je sois
sacrifié pour toi » qui révèle l’amour profond et l’affection paternelle,
surtout que l’Imâm al-Jawâd (p) était son fils unique qu’il aimait de
tout son cœur.
Il lui disait dans une autre lettre : « Ô Abû Ja’far !
J’ai entendu dire que lorsque tu sors, les serviteurs te font sortir par
la petite porte. Ils le font par avarice. Ils ne veulent pas que tu
donnes de l’argent /à ceux qui attendent devant la grande porte/. Je te
demande au nom du respect que tu me dois de ne plus sortir et de ne plus
entrer que par la grande porte. Chaque fois que tu sors, il faut que tu
ais de l’or et de l’argent pour donner à tous ceux qui t’en demandent.
Celui qui parmi tes oncles te demande de l’argent, ne lui donne pas
moins de cinquante dinars, et tu en auras beaucoup plus. Celle qui parmi
tes tantes te demande de l’argent, ne lui donne pas moins de vingt-cinq
dinars, et tu en auras beaucoup plus. Je veux que tu sois élevé par Dieu ?
Dépense et ne crains pas ; le Maître du Trône n’est pas parcimonieux »
(10).
Cette lettre demande à l’Imâm al-Jawâd (p) de ne pas
se laisser guider par ses serviteurs et ses partisans qui ne voulaient
pas voir les gens et les proches de l’Imâm (p) lui demander des aides.
Ils essayaient donc de l’éloigner de la société et des relations
humaines dont il avait tant besoin dans ses fonctions comme Imâm à
l’avenir. Son père (p) lui a donc demandé de ne pas se plier aux désirs
de ces serviteurs qui l’entouraient mais de s’ouvrir aux autres en leur
donnant tout en ayant confiance en Dieu qui compense ceux qui dépensent
leur argent pour aider les autres, et qui élève leur rang auprès de Lui
et auprès des gens.
Les responsabilités et les instructions de l’Imâmat
Malgré son jeune âge, lui qui n’a vécu que vingt-cinq
ans, l’Imâm al-Jawâd (p) a émis des hadiths qui ont été rapportés par un
grand nombre de savants. As-Sayyid al-Amîn (Que Dieu aie son âme) les
dénombre en disant : « Al-Khatîb al-Baghdâdî a écrit dans ‘Târîkh
Baghdâd’ –l’Histoire de Baghdâd- Muhammad Ibn ‘Alî al-Jawâd a rapporté
les Hadîths de son père, ar-Ridâ. Il est écrit dans le livre intitulé
‘al-Manâqib’ : ‘Son portier était ‘Uthmân Ibn Sa’îd as-Sammân’. Parmi
ses hommes de confiance, on comptait Ayyûb Ibn Nûh Ibn Darrâj al-Kûfî,
Ja’far ibn Muhammad Ibn Yûnus al-Ahwal, al-Hussein Ibn Muslim Ibn al-Hassan,
al-Mukhtâr Ibn Ziyâd al-‘Abdî al-Bassrî et Muhammad Ibn Al-Hussein Ibn
Abû al-Khattâb al-Kûfî. On comptait parmi ses compagnons Shâdhân ibn
Khalîl an-Naysâbûrî, Nûh Ibn Shu’ayb al-Baghdâdî, Muhammad Ibn Ahmad al-Mahmûdî,
Abû Yahyâ al-Jurjânî, Abû al-Qâssim Idrîs al-Qummî, ‘Alî Ibn Muhammad,
Harûn Ibn al-Hassan Ibn Mahbûb, Ishâq Ibn Ismâ’îl an-Naysâbûrî, Abû
Hâmid Ahmad Ibn Ibrâhîm al-Murâghî, Abû ‘Alî Ibn Bilâl, ‘Abdullâh Ibn Muhammad
al-Husaynî et Muhammad Ibn al-Hassan Ibn Shimûn al-Basrî. L’auteur des
‘Manâqib’ a écrit dans un autre endroit : ‘Beaucoup d’auteurs ont
rapporté ses Hadîths. On en compte Abû Bakr Ahmad Ibn Thâbit dans son ‘Târîkh’,
Abû Ishâq, dans son ‘Tafsîr’ et Muhammad Ibn Mandah Ibn Muharbidh, dans
son ‘Livre’ (11).
Entouré des gens et de ses compagnons, l’Imâm al-Jawâd
(p), a assumé les responsabilités de l’Imâmat. Ils enseignait aux gens
et les habituait à être tolérants et ouverts. Il le faisait même avec
ceux qui n’avaient pas les mêmes avis que lui, surtout lorsqu’ils
étaient de ses proches. Quelqu’un lui a écrit une lettre dans laquelle
il lui disait : « Mon père est l’un des Nawâsib (ceux qui haïssaient
les Gens de la Maison). Il entretient des vues ignobles. Il vous hait,
vous insulte et vous considère comme des ennemis. Il me cause beaucoup
de peine et il me fait souffrir. Invoque Dieu pour moi si tu le trouves
bon et penses-tu (Que je sois sacrifié pour toi) que je dois le côtoyer
ou m’opposer à lui ? ». L’Imâm al-Jawâd (p) lui a écrit la réponse
que voici : « J’ai compris ce que tu as dit dans ta lettre au sujet de
ton père. Je prierai pour toi, si Dieu le veut. Le côtoyer vaut mieux
que de t’opposer à lui. Il se peut qu’il finisse par s’incliner vers toi
et, après cela, vers tes vues. La facilité vient après la difficulté.
Sois patient car ceux qui craignent Dieu auront ce qu’ils désirent. Que
Dieu te raffermit sur la voie de la reconnaissance de l’Autorité de ceux
que tu reconnais. Nous sommes, nous et vous, confiés à Dieu qui ne perd
pas ce qu’on Lui confie » (12).
Plus tard, cet homme a dit que son père a fini pour
s’ouvrir vis-à-vis de lui. Il ne le contredisait en rien grâce à la
prière de l’Imâm et ses instructions.
L’un de ses compagnons, à savoir Abû Hâshim al-Ja’farî
a dit : « J’ai entendu Abû Ja’far dire : ‘Le Paradis a une porte
dont le nom est ‘le Bien’ et elle n’est franchie que par ceux qui font
le bien’. J’ai alors remercié Dieu en mon secret et j’étais
content en raison des services que je rendais aux gens. Il m’a alors
regardé et m’a dit : ‘Continue de faire ce que tu fais ; ceux qui font
le bien dans ce bas-monde sont les gens de bien dans l’autre monde’ ».
Si tu fais du bien dans ce bas monde, Dieu fera que tu sois parmi les
gens du bien au Paradis et t’y fera entrer par la porte du Bien.
As-Sadûq rapporte de ‘Alî Ibn Mahyâr ce qui suit : « J’ai
dit à Abû Ja’far II (l’Imâm al-Jawâd) (p) : ‘Que signifient des paroles
divines comme ((Par la nuit qui couvre tout ! Par le jour en son
éclat)) (Coran XCII, 1-2), et ((Par l’étoile quand elle décline !))
(Coran LIII, 1) ? Il m’a répondu : ‘Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire
jure par toute chose parmi Ses créatures ; Ses créatures n’ont le droit
de jurer que par Lui, à Lui la Grandeur et la Gloire’ »
(13).
Al-Kulaynî rapporte de ‘Uthmân Ibn Sa’îd, l’un des
habitants de Hamadân, qui le tient de Abû Thumâma, qui a dit : ‘ J’ai
dit à Abû Ja’far II (p) : ‘Je veux aller vivre à la Mecque ou à Médine
mais je suis endetté ; qu’en penses-tu ?’. Il m’a répondu : ‘Va
d’abord et rembourse tes dettes et fais ton possible pour rencontrer
Dieu sans que tu sois endetté, car le croyant ne trahit jamais’ »
(14).
On allait vivre à la Mecque ou à Médine par dévotion.
L’Imâm al-Jawâd (p) a affirmé qu’une telle entreprise ne justifie pas à
cet homme le fait de ne pas rembourser ses dettes, car cela constitue
une trahison alors que le croyant ne trahit jamais.
Parlant du fait d’écouter les autres et de faire
attention à ce qu’ils disent lorsqu’ils parlent des concepts et des
principes, l’Imâm al-Jawâd (p) a dit : « Celui qui écoute quelqu’un qui
parle ne fait que l’adorer. Si celui qui parle rapporte ce que Dieu dit,
celui qui écoute adore Dieu. Si celui qui parle le fait comme s’il était
le Diable, celui qui écoute ne fait qu’adorer le Diable ». Lorsque tu
écoutes de tous tes sens quelqu’un qui parle, ce que tu fais est une
sorte d’adoration. Si celui qui parle rapporte ce que Dieu et Son
Messager (p) ont dit, alors tu adores Dieu car tu es attiré par les
paroles de Dieu et de Son Messager (p). Mais si celui qui parle le fait
à la manière du Diable qui ne fait que parler des discordes, des péchés
et du mal afin de provoquer les gens et le diriger dans un sens qui
n’est pas celui voulu par Dieu, alors celui qui l’écoute ne fait
qu’adorer le Diable. Pour cette raison, lorsque vous écoutez un orateur,
vous devez savoir ce qu’il représente en parlant, s’il prononce les
paroles de Dieu ou celles du Diable.
Au sujet des qualités du croyant, l’Imâm al-Jawâd (p)
a dit : « Le croyant a besoin de trois qualités : Une bonne direction de
la part de Dieu, un bon sermonneur de la part de soi-même et un bon
accueil des conseils qu’on lui fournit ». Dieu entoure le croyant de Ses
grâces qui lui ouvrent la raison, qui lui enrichissent le cœur et qui le
conduisent sur la voie de la bonne Guidance. Il s’approprie ainsi la
conscience, l’équilibre et la droiture ainsi que l’aptitude à rendre des
comptes à soi-même, à penser au temps qu’il a vécu et s’il l’a vécu en
faisant du bien ou du mal. S’il l’a vécu en faisant du bien, il continue
de faire le bien. S’il l’a vécu en faisant du mal, il arrête de le
faire. Pour se faire, il lui faut beaucoup d’objectivité et de
rationalisme qui incitent le croyant à s’opposer à ses passions. Il lui
faut beaucoup de connaissances relatives à la réalité où il vit pour
faire la part des choses négatives et des choses positives au niveau de
la destinée. Il lui faut aussi accepter le conseil. Il y a des gens qui
viennent vers toi pour te fournir des conseils nécessaires pour ta vie
dans ce bas-monde et dans l’Autre monde, pour te montrer tes erreurs et
t’indiquer la bonne voie. Tu dois accepter le conseil de celui qui te
fournit des conseils. Tu dois donner le bon exemple à toi-même et
invoquer la grâce du Seigneur.
Ne pas être un ennemi de Dieu
Après cela, l’Imâm (p) dit : « Ne sois pas l’ami de
Dieu en public et Son ennemi en secret ». C’est pour certains le fait
d’être, en la présence des gens, un homme de bien, un croyant qui porte
un chapelet et qui psalmodie ; mais dès qu’ils se trouvent seuls, ils
deviennent les ennemis de Dieu en agissant de manière à ne pas plaire à
Dieu, le Très-Haut. D’où, l’homme doit être sincère dans sa relation
avec Dieu. Ce qu’il a dans son for intérieur doit être conforme à ce
qu’il a en public. Il ne faut pas y avoir contradiction entre ce qui est
affiché et ce qui est dissimulé, car cela est une expression d’un
déséquilibre qui conduit à la perte d’une telle personne qui passe ainsi
dans la sphère de l’hypocrisie. Hypocrite, il encoure la colère de Dieu
qui traite les homme à partir aussi de ce qu’ils dissimulent, de ce qui
constitue le fond de leur personnalité.
Il dit aussi : « L’homme est suffisamment traître
lorsqu’il est fidèle aux traîtres ». Il l’est lorsqu’il les défend,
protège leurs secrets et justifie leur traîtrise. Cela fait une grande
traîtrise, car la différence est nulle entre celui qui trahit et celui
qui procure de la force aux traîtres. La traîtrise consiste dans la
mentalité traîtresse qui ne se réduit pas au seul comportement de
l’individu mais va au-delà de cette limite en fournissant de l’aide aux
traîtres.
L’Imâm (p) nous apprend que, lorsque nous vivons dans
le temps, nous ne devons pas attribuer les évènements au temps. Un homme
est venu voir l’imâm (p) lorsqu’il a épousé Umm al-Fadl, la fille de al-Ma’mûn,
et lui a dit : « Maître ! La bénédiction de cette journée nous est
très grande ! ». L’Imâm (p) lui a répondu : « Ô Abû Hâshim ! C’est
la bénédiction de Dieu qui nous est très grande cette journée ». L’homme
lui a dit : « Oui, maître. Que devrions-nous dire au sujet de cette
journée ? ». L’Imâm (p) lui a dit : « On devrait en dire du bien
pour y retrouver du bien ». C’est que les hommes ont l’habitude
d’attribuer la bénédiction au temps. En vérité, le temps ne fait rien
avancer ou reculer. Mais si quelque chose de bien arrive tel ou tel
jour, il faut l’attribuer à Dieu, le Très-Haut, car c’est Lui qui donne
et qui prive. Il faut toutefois considérer le temps avec optimisme.
L’optimisme lui-même doit être tiré de la confiance qu’on a en Dieu, le
Très-Haut. Dieu ne déçoit jamais son serviteur croyant, et dans la
mesure où le serviteur s’attend à ce que du bien lui vienne de la part
de Dieu, Dieu le récompense pour ses bonnes pensées et lui fait du bien.
La colère pour Dieu face à la déviance
L’Imâm al-Jawâd (p) rapporte une Tradition émanant du
Commandeur des croyants, ‘Alî (p) qui, pour consoler Abû Dharr lorsqu’il
a été expulsé de Médine, la ville du Messager de Dieu (P) où il avait
passé toute sa vie au service de l’islam, lui a dit : « Tu t’es révolté
pour Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire ; aie donc confiance en celui
pour qui tu t’es révolté. Ils ont eu peur de toi pour leur vie d’ici-bas,
et tu as eu peur d’eux pour ta vie de l’Autre monde. Même si les cieux
et la terre étaient complètement fermés devant un serviteur qui craint
Dieu, Dieu lui trouverait un moyen d’en sortir. Ne te laisse attirer que
par le vrai et n’aie de la répulsion que pour le faux ». En effet, Abû
Dharr n’a pas été en colère parce qu’il était lésé personnellement. Pour
lui le problème n’était pas un problème personnel qui lui aurait causé
désespoir, abattement et vexation. Au contraire, Il a été en colère pour
Dieu ; pour Dieu qui domine toute chose. Il a été en colère car il a vu
comment on désobéissait à Dieu, et c’est pour cela qu’il a déconseillé
le mal. Il a vu comment on désobéissait à Dieu, et c’est pour cela qu’il
a ordonné le bien. Sa colère était pour Dieu, et c’est pour cela qu’il
devait avoir confiance en celui pour qui il était en colère.
C’est une leçon à l’intention de toute homme de bien
lorsqu’il subit l’oppression de la part des déviants et des injustes.
Tout homme qui s’irrite pour la cause de Dieu aura à subir l’oppression,
la cruauté et la déformation, rien que parce qu’il s’est irrité pour
Dieu. Cet homme ne doit pas reculer. Il doit avoir confiance en Dieu, à
Lui la Grandeur et la Gloire. La différence entre toi et ces gens-là est
qu’ils appartiennent à ce bas-monde et qu’ils ont dévié par rapport au
droit chemin, alors que toi tu cherchais à les ramener vers la bonne
voie. Mais s’ils rejoignent la bonne voie et abandonnent la voie de la
déviance, ils perdent beaucoup des privilèges matériels et moraux qu’ils
avaient acquis. Quant à toi, tu n’agis pas parce que tu cherches les
privilèges de ce bas-monde, pour recouvrer un rang supérieur que tu
aurais perdu ou pour t’emparer d’un bien que tu aurais souhaité. Tu agis
plutôt à partir de ta crainte pour la religion ; de ta crainte de voir
les gens faire dévier la religion loin du droit chemin.
En lui disant « Même si les cieux et la terre étaient
complètement fermés devant un serviteur qui craint Dieu, Dieu lui
trouverait un moyen d’en sortir », il voulait lui ouvrir, à lui et à
tous ceux qui luttent pour la cause de Dieu, toutes les portes de
l’espoir. Et en lui disant « Ne te laisse attirer que par le vrai et
n’aie de la répulsion que pour le faux », il le lui disait à lui, mais
aussi à nous tous.
Lorsque les gens s’écartent de ceux qui agissent pour
le vrai, ceux-là ne se sentent pas abandonnés, car le vrai est alors
pour eux un compagnon dont ils désirent la compagnie. Et le vrai est
Dieu, tandis que ceux qu’ils invoquent en dehors de Dieu sont le faux.
L’homme qui s’attache au faux reste dans la solitude même si tous les
hommes lui tiennent compagnie. Lorsque le faux s’empare de quelqu’un,
celui-ci reste étranger jusqu’à la folie.
Sous l’œil protecteur de Dieu, en dépit de tous les
défis
Ce sont des choses que tous ceux qui militent ou
combattent pour Dieu doivent en être profondément conscients. Ils
doivent être profondément conscients du fait que le vrai est leur seul
compagnon dont la compagnie leur est tant désirable. Et du fait que le
faut est la chose pour laquelle ils n’ont que de la répulsion. Cela leur
ouvre les grandes portes de l’espoir dans la vie, et c’est de cela que
le Commandeur des croyants, ‘Alî (p) parlait lorsqu’il a dit : « Que les
gens soient très nombreux autour de moi ne me procure pas davantage de
gloire ; que je sois abandonné par les gens, cela ne me fait pas sentir
que je suis seul et délaissé » (15). Il disait à ces
partisans : « N’ayez pas, en empruntant la voie du vrai, le sentiment
que vous êtes seuls et délaissés, rien que parce que ceux qui empruntent
cette voie sont peu nombreux » (16). L’attitude de
l’Imâm ‘Alî (p) qui a défié les pouvoirs qui ont interdit tout contact
avec Abû Dharr en prenant partie pour lui et en le soutenant nous
apprend comment soutenir les opprimés qui suivent la voie du vrai
lorsqu’ils sont persécutés par les pouvoirs.
Un certain homme a dit à l’Imâm al-Jawâd (p) : « donne-moi
un conseil ». Il lui a répondu : « Tu l’accepterais ? ». Obtenant
une réponse positive, il lui a dit : « Que la patience soit ton coussin
et que l’indigence soit ton collier ; renonce à tes désirs, lâche tes
envies et sache que tu es toujours sous l’œil de Dieu ». Nous devons
ainsi dormir dans le lit de la patience pour ne pas faiblir face aux
défis et aux épreuves de la vie. Nous devons être patients si nous nous
trouvons aux prises avec la pauvreté. Nous devons supporter la douleur
et la privation en attendant les dons de Dieu. Nous devons renoncer à
nos désirs car ils nous conduisent loin du vrai, nous font perdre notre
équilibre et nous engouffrent dans l’Enfer. Nous devons lâcher nos
envies et ne pas espérer voir nos ambitions se réaliser. Sinon, nous
devons les examiner et les lâcher si nous trouvons qu’ils nous éloignent
du vrai et nous emportent loin de la voie de Dieu.
Là où vous vous trouvez, vous êtes toujours sous le
contrôle de Dieu. Vous êtes en même temps sous l’œil protecteur de Dieu.
Vous devez vivre en vous contrôlant face à chaque option, grande ou
petite, car Dieu vous contrôle. Face au désespoir et à la vexation, vous
devez savoir que vous êtes sous l’œil protecteur de Dieu. Voyez donc
comment vivre et agir.
Une quantité d’étoffe de grande valeur a été une fois
envoyée à l’Imâm al-Jawâd (p) ; mais des pilleurs s’y sont emparée en
route. La personne qui la transportait a écrit à l’Imâm (p) pour le
mettre au courant de l’affaire. Pour répondre, l’Imâm (p) a écrit de sa
propre main ce qui suit : « Nos âmes et nos biens sont des dons que Dieu
nous donne en les déposant en notre possession. Il nous laisse en jouir
tout en étant contents et satisfaits, mais Il peut les récupérer et Il
nous inscrit des bonnes œuvres pour nous récompenser notre privation.
Celui dont la mortification due à leur perte est plus grande que sa
patience, se verra perdre la récompense ; nous demandons refuge auprès
de Dieu contre une telle perte » (17). Cela veut
dire que nos âmes qui sont crées par Dieu nous sont données comme
emprunt pour un délai donné. Nos biens sont donnés aussi pour un temps
prédéterminé. Nous en jouissons dans les limites qui nous sont offertes
et nous nous en réjouissons. Lorsque Dieu les récupère, nous les
considérons comme déposés chez Dieu et nous en aurons une récompense.
Cette Tradition est une leçon adressée au croyant lui
demandant de ne pas s’attrister et s’affliger lorsqu’il subit des pertes
matérielles. Il doit, au contraire, considérer la vie sous un angle plus
conscient et penser que les circonstances peuvent lui assurer des gains
ou des pertes qui, tous les deux doivent être acceptés avec le minimum
possible d’émoi ou d’excitation. Il doit se tourner vers sa foi en Dieu
et comprendre que les biens sont des empreints que Dieu met en notre
possession et qu’Il peut les récupérer à chaque moment en vertu des lois
universelles et historiques que Dieu met en actions avec toutes leurs
conséquences positives ou négatives dont le but est d’habituer les
hommes à être équilibrés face aux évènements. Le Noble Coran en parle en
disant : ((Ainsi ne regrettez pas un bien qui vous échappe, ni ne
vous réjouissez à l’excès de celui qui vous échoit)) (Coran LVII,
23). Ce sont ces évènements qui permettent à l’homme de vivre
l’expérience de la patience, expérience à travers laquelle Dieu nous
donne de la force. Sans cette force issue de la patience, l’homme se
trouve dans un état de mortification ne lui permettant pas de relever
les défis de la vie, chose que Dieu n’accepte point pour l’homme qui
doit assumer ses responsabilités à l’égard de la vie sur tous les plans
ayant besoin de la force de la volonté, de la conscience de la réalité
et de la fermeté de l’attitude.
Les enseignements de l’Imâm (p)
et ses instructions à ses compagnons
Il a écrit à l’un de ses compagnons qui était chargé
de gérer certaines de ses affaires en relation avec le collecte des
biens légaux, à savoir ‘Alî Ibn Mahziyâr ad-Dimashqî, ce qui suit : « Ô
‘Alî, que Dieu te procure la meilleure des récompenses, qu’Il te donne
une demeure au Paradis, qu’Il éloigne de toi la honte dans ce monde-ci
et dans l’Autre monde et qu’Il te fasse ressusciter avec nous ! Ô ‘Alî,
je t’ai mis à l’épreuve expérimenter et je t’ai observé pour savoir à
quel point tu m’offres des conseils, à quel point tu m’obéis, à quel
point tu me sers, à quel point tu me respecte et à quel point tu remplis
tes tâches. Si je dis que je n’ai pas vu quelqu’un qui te valait, je
pense que je serais sincère. Que Dieu te récompense en te donnant le
Paradis comme habitat. Je savais tout ce que tu faisais ; je me rendais
compte de toutes tes activités, le jour et la nuit, par les temps froids
et par les temps chauds. J’implore Dieu de t’allouer une miséricorde qui
te procurerait beaucoup de joie lorsqu’Il rassemblera Ses créatures pour
la Résurrection ; Il entend les implorations » (18).
Cette lettre prouve que l’Imâm al-Jawâd (p) utilisait
une méthode avec laquelle il encourageait les personnes fidèles parmi
ses compagnons. Il avait confiance en eux et il évaluait leurs activités
pour savoir dans quelles mesure ils étaient loyaux, obéissants et bons
conseillés. Il le faisait pour les rendre encore plus obéissants, et
pour leur signifier que leur Imâm sait ce qu’ils font et apprécie leurs
bonnes et loyales conduites. Tous les dirigeants musulmans doivent
suivre l’exemple de l’Imâm dans ce domaine en témoignant de leur
satisfaction à l’égard des conduites et des bonnes initiatives de la
base.
L’Imâm al-Jawâd (p) encourage les bonnes actions
L’un des partisans de l’Imâm (p) lui a demandé
d’écrire à un gouverneur au service des Abbassides qui était aussi un
partisan des Gens de la Maison (p), mais qui maltraitait les autres
partisans des Gens de la Maison (p) en leur imposant trop de redevance
au profit des Abbassides. L’Imâm (p) a pris un parchemin et lui a écrit la
lettre suivante : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux. Et
après, celui qui te transmettra cette lettre t’a loué en disant qui tu
agis convenablement. Sois donc bienfaiteur à l’égard de tes frères et
sache que Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire, te demandera compte au
sujet de quantités petites comme les fourmis et les grains de moutarde »
(19).
Nous remarquons que cette lettre envoyée par l’Imâm
(p) à ce gouverneur ne porte pas sur la seule dimension personnelle de
la question. Elle porte, en plus, sur la dimension en relation avec la
conduite à suivre par le gouverneur qui doit faire des bonnes actions.
Le pouvoir dont il dispose ne doit pas devenir une affaire personnelle
ou un privilège qui lui donnerait un rang supérieur aux autres. Le
pouvoir est plutôt une charge qui implique, de la part du gouverneur,
des pratiques, par tous les moyens, à travers lesquelles ses frères et
tous les gens constatent qu’il est bon et bienfaiteur à leur égard. La
lettre lui demande, en outre, d’être précis dans ses calculs et d’être
persuadé que Dieu lui demandera des comptes sur les grandes et les
petites affaires. Cela montre que l’Imâm al-Jawâd (p) suivait de près
les activités de ses partisans qui détenaient des fonctions publiques
afin de pouvoir les orienter à être des bons modèles de croyants
responsables, de bien mener leur travail, de demander des comptes à
eux-mêmes et de faire des bonnes actions en faveur de leurs frères.
Bibliographie
(1)- Kasf al-Gumma,
tome 4, p. 187
(2)- Al-Irshâd
de ash-Sheikh al-Mufîd, p. 297
(3)- Ithbât
al-Wassiyya, p. 312
(4)- Al-Irshâd
de ash-Sheikh al-Mufîd, p. 281 sq, édition, Beyrouth.
(5)- Kifâyat
al-Athar, p. 324
(6)- Al-Irshâd,
p. 279
(7)- Ibid, p.
276
(8)- Al-Kâfî,
tome I, p. 233
(9)- Tafsîr
al-‘Ayyâshî, tome 1, p. 131
(10)- ‘Uyûn
Akhbâr ar-Ridâ, tome 2, p. 8
(11)- Fî
Rihâb A’immat Ahl al-Beit, tome 4, pp. 169-170
(12)- Bihâr
al-Anwâr, tome 5, p. 55
(13)- Al-Ghayba,
tome 3, p. 376
(14)- Al-Kâfî,
tome 5, p. 94
(15)- Nahj
al-Balâgha, livre 36
(16)- Ibid,
deuxième sermon, p.201
(17)- Tuhaf
al-‘Uqûl, p. 479
(18)- Kitâb
al-Ghayba, p. 226
(19)- Al-Kâfî,
tome 5, p. 111
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