L’imitation fait partie de la culture

Le caractère obligatoire de l’imitation,
Aperçu historique

Q: quel est votre avis en ce qui concerne le point de vue prétendant que l’imitation est une question innovée qui ne figurait pas, par le passé, dans les livres de jurisprudence et, par conséquent, qu’elle ne fait pas partie des questions obligatoires pour le sujet responsable dans ses actions et échanges ?

R: Ce point de vue n’est pas rigoureux dans le sens réaliste de cette question. Car la question de l’imitation fait partie des questions évidentes vécues par les gens qui ignorent leurs responsabilités directes et indirectes dans la vie. Ils cherchent spontanément à se renseigner auprès de ceux qui connaissent ces questions et, se basant sur leurs renseignements dans leurs actions, ils font valoir ou justifier leurs choix.

Être musulman et ne pas posséder d’immenses connaissances sur l’Islam n’est pas chose rare. Mais chaque Musulman est responsable devant Dieu de la pertinence de sa foi et de la validité de ses actions en tant que Musulman. Cela veut dire qu’il sera interrogé par Dieu pour savoir s’il avait obéit ou désobéit à Ses recommandations, et qu’il aura à s’expliquer pour faire valoir ou justifier ses actions.

Pour cette raison, les gens s’adressaient aux savants pour se renseigner imitant ainsi la première génération qui s’adressait au Prophète (P) du fait qu’il est le porteur du Message et celui qui la connaissait le plus. Cela peut être prouvé par le Noble Coran et, notamment, par le versets où figure l’expression ((Ils t’interrogent)), ce qui veut dire que les Musulmans interrogeaient le Prophète (P) de façon spontanée au sujet de ce qu’ils voulaient savoir.

Le Noble Coran affirme le caractère naturel de cette question face à ceux qui se révoltaient sans se fonder sur des connaissances valables : ((Interroger ceux qui se rappellent si vous ne savez pas)) (Coran XXI, 7 et XVI, 43). Il l’affirme aussi en instituant la nécessité de ne pas imposer la participation à la guerre sacrée (jihâd) à certaines personne afin qu’ils puissent ((développer leurs connaissances religieuses et être à même, une fois leur compagnons de retour, de les initier à leurs devoirs et de les former à craindre Dieu)) (Coran IX, 122). Une telle initiation a certainement des conséquences positives au niveau de la vie de ceux qui recevront l’enseignement de la part de ceux qui auront développé leurs connaissances religieuses.

Les Musulmans se renseignaient aussi auprès des Compagnons qui connaissaient la jurisprudence et surtout aux Imâms (p) qui répondaient à toutes les questions légales et doctrinales. Et on peut dire que la majeure partie des Traditions qui nous sont parvenues des Imâms de la Famille prophétiques (p) et qui élucidaient les qualifications légales étaient des réponses à des questions plus qu’elles ne l’étaient exposées sous la forme de textes rédigés initialement pour fonder les règles détaillées de la jurisprudence.

La même méthode était en vigueur chez les Chiites imâmites qui posaient leurs questions concernant les affaires légales aux compagnons des Imâms (p). Et cette méthode a préparé le terrain à l’apparition de l’imitation.

Les Chiites imâmites ont continué à suivre cette méthode après l’Occultation Majeure en se référant à leurs savants dans ce domaine. Cette référence trouve son origine dans la tradition historique consistant à interroger les savants, mais elle a été institutionnalisée à partir des paroles de l’Imâm al-Mahdî (p) où il dit : « Pour ce qui est des événements à venir, référez-vous aux transmetteurs de nos Traditions ; ils sont les porteurs de mon argument » ou à partir de ses paroles dont la valeur comme fondement législative est discutée par certains même s’ils l’acceptent en tant que Tradition authentique : « Les gens appartenant au public sont autorisés à imiter le jurisconsulte qui se préserve de l’erreur et du péché, qui préserve sa piété, qui contredit sa passion et qui obéit à son Seigneur ».

On voit ainsi que les Chiites se référaient à leurs savants, mais l’existence n’est pas établie d’une référence suprême constituée d’une ou de plusieurs personnes et qui soit semblable à celle à laquelle se réfèrent actuellement tous les Chiites. Il en est ainsi car les conditions de l’époque ne permettaient pas la communication de tous les Chiites avec une seule référence et, de ce fait, il n’était pas possible pour les Chiites de se référer à tous les savants dans toutes leurs affaires.

Pour cette raison, les Chiites se référaient aux savants qui vivaient avec eux dans une même région. Certains savants étaient devenus célèbres dans ce domaine comme ash-Shaykh al-Mufîd ou as-Sayyid al-Murtadâ et les questions des Chiites leur parvenaient des contrées les plus lointaines. Pourtant et même si nous trouvons dans les livres de ash-Shaykh al-Mufîd ou as-Sayyid al-Murtadâ des questions comme « al-masâ’il at-tarabulussiyya » (les questions tripolitaines), cela ne signifie pas qu’il existait une référence (marja’iyya) dans le sens universel ou continu dans le temps.

L’imitation était donc limitée dans le cadre des endroits où vivaient les savants : Les Chiites d’Iran se référaient aux savants d’Iran, et les Chiites du Liban et d’Iraq se référaient à des savants de ces deux pays. Mais il arrivait aussi qu’une personnalité hors commun fasse son apparition et alors les gens accouraient vers elle sans toutefois s’y référer systématiquement, car ils se référaient aussi à d’autres personnalités dans des situations particulières ou d’urgence. Ainsi nous pouvons dire dans cet aperçu historique qu’il n’existait pas une référence suprême pour tous les Chiites, mais l’imitation, quant à elle, a toujours existé car la référence du profane au savant est une question naturelle dans la vie de l’homme.

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