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Les conditions de l’imitation
Les conditions de l’imitation
Q: Mais on remarque que la
question de l’imitation est devenue un sujet principal ayant des
ramifications et où la référence exige que soient remplies des
conditions comme le fait d’être supérieur en connaissances scientifiques,
d’être en vie, d’être juste, d’être de sexe mâle et autres. S’agit-il là
de considérations déterminées par la raison ou exigées par l’évolution
naturelle des chapitres de la Jurisprudence ?
R: La question de l’imitation n’était pas compliquée
comme c’est dans la méthode qui prévaut de nos jours chez les savants
religieux. Les gens se référaient, comme nous venons de le dire, tout
naturellement et spontanément aux savants religieux, sans distinction
entre un savant en vie et un savant qui n’est plus en vie. Sans
distinction non plus entre un savant qui est absolument plus savant et
un savant qui ne l’est pas. Les gens se contentaient du fait que ce
savant fût persévérant et connaisseur des affaires de la loi, de sorte à
permettre au sujet responsable de se justifier devant Dieu, le Très-Haut.
Il leur arrivait de suivre les avis de savants qui
n’étaient plus en vie, non dans le sens où ils poursuivaient l’imitation,
antérieurement commencée, d’un savant qui n’est plus en vie, mais aussi
dans le sens où, du moment ils commençaient à imiter, ils imitaient un
savant qui n’est plus en vie. Les rapports qui nous sont parvenus nous
permettent de constater que l’école de « as-shaykh at-Tûsî » a survécu
très longtemps après sa mort tellement son influence était forte parmi
ses disciples. Il est bien sûr évident que les avis issus de son effort
intellectuel (ijtihâd) n’étaient pas adoptés par ses seuls disciples.
Ils étaient plutôt adoptés par beaucoup de gens parmi ceux qu’il
influençait leurs idées et leur vie.
De ce fait, nous n’avions aucun complexe en étudiant
le comportement des gens à l’époque. Ils se référaient tout
naturellement au savant en vie, au savant qui n’est pas en vie, au
connaisseur et au moins connaisseur, considérant que cette question est
innovée sur la base de l’idée de la référence suprême. Mais cela ne
signifie pas que certains jurisconsultes ne se penchaient pas sur
l’étude du savant plus savant, mais d’une façon différente de ce qui se
passe de nos jours. Nous pensons donc que l’imitation ne représentait
pas un problème pour eux : Ils la pratiquaient avec beaucoup de
simplicité. Par exemple, la question de l’intention (niyya) n’était pas
traitée par écrit de la part de nos anciens jurisconsultes. Elle l’a été
par les jurisconsultes tardifs. Certains jurisconsultes comme le Second
Martyre ont peut-être continué à traiter cette question selon l’ancienne
méthode.
La question de l’intention ne fait pas partie des
questions compliquées, car l’homme ne peut pas adorer Dieu sans
intention. Si l’on demande à un homme d’adorer Dieu sans intention, il
ne peut pas le faire. Nous savons que la prononciation de l’intention
est en relation directe et spontanée avec la question du rapprochement
avec Dieu. Mais la méthode rationnelle adoptée par les jurisconsultes
tardifs les engageait à traiter de questions d’autant plus virtuelles
que réelles, ce qui a compliqué -en raison de la polémique
jurisprudentielle, rationnelle et fondamentaliste- beaucoup de questions
qui furent auparavant beaucoup plus simples.
L’imitation de la référence en vie
Pour ce qui est de la question de la vie de la
référence, il est possible de la poser de la manière suivante : Comme la
pratique rationnelle issue de la légalité d’adopter les avis de la
référence qui n’est plus en vie, les profanes parmi les gens se
référaient partout et de tout temps aux savants, qu’ils soient en vie ou
qu’ils soient morts depuis des années et des années. La référence à un
savant, dans n’importe quel domaine scientifique, mais qui n’est plus en
vie est admissible du point de vue rationnel. Car être en vie dans le
sens physique n’est pas une condition pour la validité ou l’invalidité
de l’avis de l’homme.
Il suffit, pour la validité d’un avis, que celui qui
le prononce soit conscient et qu’il maîtrise ses connaissances, son
expérience et sa méthode de réflexion lorsqu’il donne son avis. S’il
tombe malade ou s’il meurt après avoir prononcé son avis, cela n’a aucun
impacte positif ou négatif sur son avis. C’est pour cette raison que les
gens se réfèrent aux avis des savants qui ne sont plus en vie,
continuent à le faire après la mort de ces derniers ou commencent à le
faire même si ces savants ne sont plus en vie. Cela explique le fait que
les vues des médecins et d’autres scientifiques restent vivantes des
générations après leur mort, car les gens continuent à avoir confiance
dans leurs connaissances dans les domaines de santé ou dans d’autres
domaines de leur vie. Nous remarquons aussi que nos anciens savants
prenaient en considération les avis des savants précédents sans se poser
de problèmes sur la validité ou l’invalidité de l’imitation du savant
qui n’est plus en vie.
De ce fait, nous considérons que la question de
l’imitation est une question naturelle qui trouve sa justification dans
la nécessité pour le profane ou l’ignorant de se référer au savant.
L’imitation n’est donc pas une affaire cultuelle légale car les gens de
raison considèrent que l’avis de tout homme expert dans une science
donnée est valide dans son domaine du point de vue de la raison. Nous ne
pensons pas qu’il y ait besoin d’une couverture légale dans ce domaine
car la preuve rationnelle suffit pour invalider l’erreur comme elle
suffit pour valider l’avis correct. Nous ne pensons pas non plus que
l’imitation du savant en vie soit exclusive et que l’imitation du savant
qui n’est plus en vie pose un problème dans ce domaine.
Si les jurisconsultes tardifs avaient considéré la
vie comme une condition pour la validité de l’avis jurisprudentiel,
c’est parce qu’ils posaient le problème d’un point de vie philosophique
qui nous fait pitié dans la mesure où leurs argumentations étaient
dépourvues du caractère scientifique nécessaire pour aborder toute
question. Ils se posaient des questions du genre : « La personne qui
n’est plus en vie a ou n’a-t-elle pas un avis ? », ou « Sa mort empêche
ou n’empêche pas la prise en considération de son avis ? », ainsi que
d’autres questions n’ayant rien à voir, de prêt ou de loin, avec le
sujet en question. Que l’âme du savant qui n’est plus vivant et son
opinion soient présentes ou non, cela n’a rien à voir avec ses idées
issues de son effort intellectuel fondé sur sa conscience scientifique
et sa présence jurisprudentielle, car les événements qui interviennent
après sa mort n’empêchent pas l’avis de rester quand même un avis.
L’avis du savant qui déploie son effort intellectuel (ijtihâd) est son
avis au moment où il avait déployé cet effort et non pas son avis liés à
l’état actuel de sa conscience et de sa perception sensible ou
rationnelle. Sinon comment considérer comme valide son avis à un moment
où il dormirait après avoir donné cet avis ? Et comment considérer comme
valide son avis lorsqu’il s’occupe complètement d’une autre affaire qui
l’empêcherait d’être attentif à l’avis qu’il avait auparavant prononcé ?
Nous savons, par ailleurs, que beaucoup de savants
qui ont déjà donné d’innombrables avis, fruits de leur effort
intellectuel, peuvent ne pas les avoir toujours présents à leur esprit
ou dans leur mémoire, et qu’ils consultent leurs livres pour se rappeler
de ce qu’ils avaient écrit pour répondre à des questions données. Il va
de soit que le savant ne peut pas, à un moment donné, se rappeler de
toutes ses connaissances.
Nous pouvons en prendre à témoin la parole divine qui
dit : ((Si vous ne le savez pas, interrogez les gens auxquels le Rappel
a été adressé)) (Coran XVI, 43), et celle qui dit : ((Pourquoi quelques
hommes de chaque groupe ne s’en iraient-ils pas s’instruire de la
religion afin d’avertir leurs compagnons lorsqu’ils reviendraient parmi
eux ? Peut-être alors prendraient-ils garde)) (Coran IX, 122). On
comprend de tout cela que la réponse donnée par le savant à celui qui
pose une question est valide pour lui et qu’il lui est loisible de la
communiquer en tant que telle à d’autres personnes. C’est comme si un
homme qui entend un avertissement ou un enseignement trouve naturel et
normal de continuer à les prendre en considération et à les communiquer
aux autres, à ses enfants et à sa famille, même après la mort de
l’avertisseur ou de la personne qui avait donné l’enseignement.
Nous considérons que la vie posée comme condition
fait partie des questions sans importance pour ce qui est de sa validité
rationnelle et, en conséquence, jurisprudentielle, sa seule
particularité étant dans son usage comme preuve ou comme justification.
Les gens raisonnables prennent en considération cette question de la
preuve et de la justification dans toutes leurs affaires et dans toute
leur vie. Nous ne sommes pas les premiers à adopter ce point de vue. Des
grands savants comme al-Muhaqqiq al-Qummî, auteur du livre intitulé
« al-Qawânîn » (Les lois) considérait comme valide l’avis du savant qui
n’est plus en vie, et comme valide le fait de continuer à l’imiter ou de
commencer à l’imiter après sa mort. Et si certains ont recours au
consensus (ijmâ’), eh bien le consensus n’a rien à dire dans cette
question car cette question n’est pas évoquée comme étant principale
dans les livres des anciens. Nous considérons cette question comme
faisant partie des questions qui ont été compliquées par les tardifs
avec leurs méthodes philosophiques qui ont pénétré dans le domaine de
l’ijtihâd jurisprudentiel sans avoir des assises fermes dans ce domaine.
D’où procède notre point de vue disant qu’il est valide de continuer à
imiter le savant qui n’est plus en vie et de commencer à l’imiter même
après sa mort.
La Sclérose de l’évolution jurisprudentielle
Q: Certains disent que la validité d’imiter un savant
qui n’est plus en vie ou de commencer à l’imiter après sa mort
conduirait à la sclérose de l’évolution jurisprudentielle. Qu’en
dites-vous ?
R: Si certains considèrent que cela représente une
sclérose de la jurisprudence, du fait que la référence aux savants qui
ne sont plus en vie pourrait entamer le courage des savants en vie à
pratiquer l’ijtihâd, car la société n’aurait plus besoin de leurs avis,
eh bien ce point de vue n’est pas correct. Il en est ainsi car ce qui
motive l’homme à chercher et à apprendre est une motivation innée issue
du désir qu’a l’homme de se perfectionner. Beaucoup de savants le sont
parce qu’ils désirent connaître car cela leur procure un statut social
ou mieux la possibilité de se rapprocher de Dieu.
D’autre part, la validité de l’avis du savant qui
n’est plus en vie ne signifie pas que cet avis est définitif. En, effet
la question reste ouverte devant tout le monde à la discussion, c’est à
dire à la possibilité de la compléter par l’avis des savants en vie.
Rien n’empêche ainsi les gens de d’adopter l’avis du savant en vie
surtout que beaucoup de savants en vie sont capables de donner des avis
distingués ou de grande valeur au moyen de l’ijtihâd.
La référence des gens à un ou à deux savants ne
bloque pas la possibilité de se référer à un troisième savant sans qu’il
y ait une différence entre savants en vie et savants qui ne sont plus en
vie. Ce problème ne condamne pas la porte de l’ijtihâd et de l’imitation.
Par ailleurs, les questions restent innombrables que
les anciens savants n’ont pas traitées. Il y a en outre d’innombrables
questions nouvelles qui rendent indispensable et tout à fait naturelle
la référence aux savants vivants. La science ne s’arrête donc pas au
niveau des seuls avis donnés par les anciens car il y a à chaque époque
de nouvelles ramifications, de nouveaux problèmes et de nouvelles
épreuves qui font que les gens se trouvent dans le besoin de se référer
aux savants pour les consulter. Cela nous est suggéré par la Tradition
rapportée de l’Imâm al-Mahdî (p) disant : « Pour ce qui est des
événements à venir, référez-vous à leur question aux transmetteurs de
nos Traditions ». Il existe en effet d’anciens événements au sujet
desquels les gens demandaient aux Imâms (p) ou aux savants leurs avis,
comme il existe de nouveaux événements au sujet desquels on a besoin de
connaître les avis des savants.
Pour toutes ces raisons, la question de l’imitation
n’a pas été sclérosée au cours de l’histoire. Cette question s’ouvre
toujours à de nouvelles conditions et à de nouveaux besoins ? C’est la
réponse que nous donnons à ceux qui disent que l’imitation du savant qui
n’est plus en vie empêche les gens de savoir comment se comporter
vis-à-vis des événements nouveaux. Toutefois, nous ne disons pas que la
référence aux savants qui ne sont plus en vie est obligatoire, mais nous
disons que cette référence est valide et que nous l’autorisons.
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