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Réception par Fadlallah d’un diplomate américain

Fadlallah reçoit sans le déclarer un diplomate américain :

Une page de dialogue islamo-américain au sujet des affaires de la région

Dans les conditions de l’escalade des événements au Liban et dans la région, et dans le contexte des relations crispées entre les Etats-Unis d’Amérique et certains pays musulmans, une « gentille » rencontre de dialogue a eu lieu entre Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah, et un diplomate américain ayant vécu à cheval sur deux époques, ayant été membre éminent du Congrès américain durant plus de vingt ans, ambassadeur dans la lutte contre la faim, responsable d’un dossier humanitaire dont il a été chargé par le président Bush et militant pour la paix entre les Etats-Unis et le monde arabe.

La rencontre a tenté, parait-il, d’approcher, sous l’angle de la pauvreté et de la faim, le problème qui empire dans la région, et ce en plus du sujet que l’Autorité Fadlallah a mis en exergue en affirmant que l’administration américaine ne porte pas seulement la responsabilité des guerres et des discordes qui éclatent dans la région, mais aussi celle de l’appauvrissement de la région. Au début de la rencontre, as-Sayyid a souhaité la bienvenue au responsable américain et a salué sa mission tout en signalant que cette mission rejoint, d’une manière ou d’une autre, celle de l’ « Association des ‘mabarrât’ Islamiques pour les Œuvres Charitables » et son action pour aider les démunis, les sinistrés, les malades et les orphelins.

Son Eminence a affirmé : « Nous pensons que c’est le problème de la pauvreté qui conduit à l’effondrement de la situation politique et sécuritaire. Plus nous luttons contre la pauvreté, plus nous ouvrons des issus vers la paix. La lutte contre le terrorisme exige son traitement à partir de l’étude des vrais problèmes qui frappent les peuples déshérités et démunis tout particulièrement en Afrique. Le terrorisme ne peut pas être éradiqué par la force mais plutôt par l’action visant à comprendre ses causes et ses origines, car le terrorisme est l’œuvre de petits groupes qui se mobilisent ici et là et qui ne peuvent pas être combattus par les armées traditionnelles. L’étude doit prendre en considération les conditions sociales qui se reflètent sur la situation politique, mais aussi les problèmes sécuritaires et politiques et leurs répercussions sociales. Il est à noter à ce propos que l’occupation de l’Iraq a délivré les Iraquiens de la tutelle de Saddam Hussein, mais elle a fait du pays un terrain principal du terrorisme ».

L’hôte a jubilé en entendant as-Sayyid lui parler avec enthousiasme des maladies qui frappent l’Afrique comme le sida en premier lieu, de l’anarchie et de la pauvreté et de leurs conséquences au niveau de la situation politique, signalant la situation en Palestine et la responsabilité que portent les Etats-Unis pour ce qui est de l’appauvrissement des Palestiniens en offrant une couverture au blocus israélien. Fadlallah a affirmé à ce propos : « Il n’est possible de mettre fin au chaos en Palestine et à la violence exercée contre les Palestiniens qu’à travers un plan économique qui donnerait aux Palestiniens l’assurance de pouvoir vivre avec dignité et en paix. Nous nous interrogeons à cet égard au sujet du rôle que devraient jouer les organisations des droits de l’homme et autres ».

S’adressant au diplomate américain, son Eminence a ajouté : « La faute de votre administration est qu’elle a considéré la question palestinienne comme une question sécuritaire alors qu’elle est une question politique par excellence. Puis, le fait d’exiger la reconnaissance d’Israël reste irréaliste, abstraction faite de la légalité d’une telle exigence. La question qui doit être posée est celle de savoir si Israël est prêt à reconnaître le peuple palestinien et si les Etats-Unis jouent-ils le rôle qu’ils devraient jouer dans ce domaine ? Le problème est que la politique américaine et même celle du Congrès sont irréalistes et totalement partiaux pour le compte d’Israël. Elles ne prennent pas non plus en considérations les conditions difficiles subies par le peuple palestinien, alors que tout le monde sait que tant qu’une solution juste et indépendante du problème palestinien n’est pas trouvée, la région toute entière restera en état de tension politique et sécuritaire et les Etats-Unis perdront la rue arabe et islamique même s’ils gagneraient les régimes. Vous parlez toujours des démocraties et nous vous demandons lequel de ces régimes est arrivé au pouvoir par des moyens démocratiques ? ».

Son Eminence a évoqué avec le diplomate les allégations américaines tant de fois répétées sous le titre « Pourquoi nous haïssent-ils ?», et a dit à ce propos : « Les Arabes et les Musulmans ne haïssent pas le peuple américain. Nous n’aimons pas votre politique, et c’est pour cette raison que vous devriez agir selon un nouveau calendrier pour que les choses n’empirent pas et la relation entre nous et vous ne devienne encore plus compliquée ».

A été évoquée également la question du dialogue des religions. A ce sujet, Fadlallah a affirmé : « Nous appelons à la rencontre des religions, surtout le Christianisme, l’Islam et même le Judaïsme. En tant que Musulmans, nous reconnaissons Jésus-Christ. Il est un prophète de Dieu. Nous vénérons sa mère, la Vierge Marie et nous respectons l’Evangile et le considérons comme sacré autant que le Coran. Nous respectons aussi le prophète Moïse et considérons la Thora comme sacrée. Nous appelons au dialogue des religions sur la base de leur rencontre autour de ce qui est commun entre elles en matière de valeurs spirituelles, morales et humaines, et sur la base de leur dialogue autour des points de litiges dans le domaine théologique, doctrinale et autre. Nous n’avons, sur le plan religieux, aucun problème avec les Chrétiens et les Juifs. Notre problème est seulement avec Israël. Le problème est un problème politique et ceux qui ont persécuté les Juifs sont les Occidentaux, alors que, dans les pays musulmans, les Juifs n’ont jamais été persécutés ».

Fadlallah a conclu en disant : « Nous appelons à la paix mondiale sur la base des valeurs humaines communes entre tous les peuples ».

Avant la fin de la rencontre, le diplomate américain a demandé à son Eminence de lui permettre de réciter une invocation qu’il a inspirée de son amour pour Jésus Christ, disant : « Seigneur ! Béni soit ce grand homme et béni soit son peuple. Aide-nous à coopérer avec lui et à agir ensemble pour résoudre les problèmes qui nous séparent ».

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Le Bureau d’Information de son Eminence,

l’Autorité religieuse,

l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah.

Beyrouth, le 30 safar 1428 H /

20 mars 2007 AP . J. C.