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Interviews - Archive de 2006
> Interview donnée par Fadlallah au ar-ra’y al `âmm
Fadlallah à « ar-ra’y al `âmm » :
La Conférence du Dialogue National au Liban est
arrivée à l’impasse,
Le président de la république achèvera son mandat
jusqu’à la dernière minute.
La résistance restera car il n’y a pas d’assurances
de la sécurité du Liban et nous n’avons pas été surpris par les plans
d’assassinat de Nasrallah car les leaders actifs sont toujours les
cibles des attentats.
Beyrouth, de Mustafa Yacine :
L’Autorité religieuse chiite, as-Sayyid Muhammad
Hussein Fadlallah estime que la Conférence du Dialogue National au Liban
est arrivée à l’impasse. Son Eminence a souligné que tout le monde sait
maintenant que le président de la république va achever son mandat
jusqu’à la dernière minute. Et il a ajouté que la résistance va se
maintenir car il n’y a aucune assurance qu’Israël n'assaillira pas le
Liban. Dans un entretien avec le quotidien Koweitien « ar-ra’y al-‘âm
m », son Eminence a affirmé qu’il n’a pas été surpris par le plan
d’assassinat du secrétaire général de Hezbollah, As-Sayyid Hassan
Nasrollah, et il a expliqué que : « ce type d’actions est prévisible à
tout moment, et tout les leaders actifs qui se dressent devant
l’hostilité américaine et israélienne sont une cible potentielle pour
toutes les armes et pour tous les attentats et il est possible que l’on
apprenne de nombreuses nouvelles informations au sujet d’autres
personnalités ».
En affirmant que les chiites dans le monde arabe et
musulman assument leurs responsabilités tout autant que tous les autres
citoyens, son Eminence a souligné que : « Ils n'ont pas de rapports avec
l’Iran, si ce n’est à travers l’aspect culturel ou leur accord avec la
politique Iranienne dans son opposition à Israël et aux Etats-Unis ».
Comme il a souligné la présence « d’un complexe historique contre les
Musulmans chiites, à travers les mentalités arriérées présentes dans de
nombreuses positions dans le monde musulman. De même, les positions que
les Chiites ont prises dans l’affrontement contre l’arrogance mondiale a
son effet dans la guerre qui est déclarée aujourd’hui contre eux par
ceux qui s’accordent, dans leurs politiques, avec cette arrogance ». As-sayyid
Fadlallah a démenti l’idée que ce sont les Chiites qui ont fait venir
l’occupation américaine en Irak en déclarant : « Les autorités
religieuses chiites refusent l’occupation, à tel point que As-sayyid Ali
Sistani a refusé dernièrement de toucher de sa main une lettre envoyée
par le président Américain G. Bush et il ne l’a même pas lue ». Son
Eminence a indiqué « Plus d’une partie dans le monde Arabe et musulman
veulent marquer des points contre les Chiites sans aucune étude
objective de la réalité que les Chiites ont vécue en Irak sous le régime
du tyran Saddam Hussein ». Fadlallah a considéré que « Les
excommunicateurs ne sont pas un problème pour les Chiites, mais pour le
monde musulman dans son entité » et il n’a pas écarté la responsabilité
de l’occupation américaine en Irak dans « un grand nombre de massacres
sauvages afin de prolonger sa présence dans ce pays » et il a indiqué
que la situation en Irak n’a pas atteint le niveau de la guerre civile.
Comme il a souligné la responsabilité des Etats Unis dans la crise de la
formation du gouvernement en Irak en précisant : « Le président G. Bush
a envoyé des lettres à Sayyid Abdelaziz Al Hakim et à de nombreux
leaders politiques les incitant à refuser la présidence d’Ibrahim Al
Jaafari du gouvernement car il ne voulait pas d’un Islamiste », et que
« l’occupation Américaine ne permettra à aucun gouvernement Irakien,
quel que soit son président, de réussir sur les plans de la sécurité et
des services ».
Fadlallah a affirmé que « les opérations entreprises
par les palestiniens sont des opérations martyres et de lutte car le
Palestinien ne peut résister à la sauvagerie Israélienne qu’en
transformant son corps en une Bombe qui explose dans la vie Israélienne.
Son Eminence a précisé que « sur la question du
mariage, il existe en effet un désaccord jurisprudentiel entre l’école
de Ahl al-Bayt et celle des compagnons. « Les Sunnites considèrent que
pour la validité du contrat de mariage, la présence de deux témoins
honnêtes est nécessaire. Alors que les juristes chiites voient que le
mariage représente un contrat personnel dont la validité ne nécessite
pas de témoins ». Il a souligné que : « le contrat de mariage dit « al-misyâr »
est valide à partir du moment où deux témoins sont présents et il en est
de même pour celui du mariage dit « friend », à condition que le contrat
soit approuvé par les deux époux sous la supervision de la famille ». El
il a considéré que les changements survenus dans le monde et surtout les
complications dans les questions sexuelles et celles concernant le
mariage et ses obligations ont fait que ces types de mariages deviennent
nécessaires pour les jeunes. Comme il a constaté « la présence de
désaccords entre les Sunnites et les Chiites autour du mariage
temporaire « al-mut’a », puisque les jurisconsulte sunnites (al-jumhûr)
ne le considèrent pas légal car, disent-ils, après l’avoir légiféré, le
Prophète (P) l’a abrogé. Alors que les savants chiites disent que c’est
le deuxième khalife ‘Umar qui l’a abrogé ». Son Eminence a ajouté que
« Le mariage temporaire peut être considéré comme une solution pour le
problème de la sexualité » et il a appelé à l’instauration d’une
assemblée (Majma`) sunnite-chiite pour étudier la question source de
désaccord de manière opérationnelle et pragmatique. Dans ce qui suit
l’intégralité du texte de cet entretien avec As-sayyid Fadlallah.
- Question : L’Assemblée Jurisprudentielle Islamique
(al-Majma` al-Fiqhî al-Islâmî) qui s’est réunie dernièrement en Arabie
Saoudite a donné une Fatwa (avis juridique) qui rend valide le mariage
dit de « al-misyâr » et de « Friend ». Quelle est votre position
vis-à-vis de cela ?
* Réponse : Nous étudions la question du point de vue
du fondement juridique. Le mariage est un contrat entre deux parties, et
il existe un désaccord jurisprudentiel (fiqhî) entre l’école de Ahl al-Bayt
(que la paix soit sur eux) et celle des compagnons, si on peut dire.
L’avis dominant chez nos frères parmi les Musulmans sunnites veut que
pour que le contrat de mariage soit valide, la présence de deux témoins
justes est obligatoire. Alors que dans l’école chiite, l’avis dominant
est celui des savants qui estiment que le mariage représente un contrat
personnel dont la validité n’est pas conditionnée par la présence de
témoins. En tout état de cause, pour le cas du mariage de « al-misyâr »,
si le contrat est réalisé entre les deux parties et si un témoin y était
présent, ce contrat est valable selon l’avis des Sunnites comme des
Chiites. Concernant la question de la pension alimentaire et les autres
droits de l’épouse, celle-ci peut en jouir pleinement et elle a le droit
de la revendiquer ou d’y renoncer. Du point de vue du droit religieux,
cette affaire ne concerne qu’elle. Et il en est de même pour le mariage
connu par « le mariage friend ». Si l’époux s’est entendu avec son
épouse sous la supervision de la famille et avec la réalisation des
conditions légales, que sont le contrat et l’approbation du tuteur « waliyy »,
alors le contrat est juridiquement valide. Ce type de mariage, sous ces
conditions, est donc valide juridiquement, mais il diffère de la nature
des fondements qui caractérisent le mariage (classique) en terme de
cohabitation, de stabilité, etc. Mais nous considérerons que l’origine
dans le mariage est la relation qui consolide la stabilité et la
continuité. Mais les changements survenus dans le monde, et notamment en
ce qui concerne les complications de la question sexuelle par rapport au
mariage et toutes ses implications financières et autres, ont fait que
ce type de mariage devienne un besoin nécessaire pour les jeunes. Un
mariage par lequel le jeune homme ou la jeune femme préserve sa chasteté
de manière légale, avec un allégement des obligations du mari dans ce
domaine.
- Question : Mais le terme même de « friend » qui
signifie l’amitié provoque des questionnements sur la validité d’un
mariage de ce type ?
* Réponse : Lorsque la question du mariage « friend »
a été soulevée, nous avons refusé cela et avons estimé que, même si ce
mariage est valide du point de vue juridique, lui donner ce nom risque
d’inspirer une légalité de la relation telle qu’elle est connue en
Occident, alors qu’elle n’a aucun fondement islamique légal. C’est pour
cette raison que nous avons refusé ce terme donné pour ce type de
mariage. Nous considérons qu’il n’y a aucun empêchement à ce qu’un jeune
homme contracte un mariage avec une jeune femme avec laquelle il vit, au
sein de sa famille et chez laquelle il va régulièrement. Le jeune couple
peut vivre pleinement sa vie commune sans aucun problème. Mais donner à
ce mariage le nom de l’amitié (friend) laisserait supposer une relation
similaire à celle que peuvent avoir des concubins. Et ceci est interdit
en Islam moralement et socialement.
- Question : Ce qui attire l’attention, dans les
programmes de l’Assemblée Jurisprudentielle Islamique (al-Majma` al-Fiqhî
al-Islâmî), c’est que le terme de « mariage moderne » y ait été
mentionné. Que signifie-t-il ?
* Réponse : Le terme de « moderne » ici signifie que
la chose n’était pas pratiquée ou connue par le passé, mais elle a été
instaurée suite à certaines nécessités ou considérations liées à la
question de la sexualité. Ce mariage est très proche du mariage de
jouissance « mut`a » ou le contrat temporaire « mu’aqqat », même si les
jurisconsultes sunnites ne le considèrent pas valide car ils estiment
que le Prophète (P) l’a abrogé après l’avoir légalisé. Mais les Chiites
ne croient pas en cette abrogation.
- Question : Quelle est la différence entre le
mariage de « al-misyâr », de « friend » et le mariage temporaire ?
* Réponse : Le mariage de « al-misyâr » est permanent
et n’a pas un délai limité, alors que le mariage temporaire (mut’a) est
limité dans la durée. De plus, dans ce dernier, l’épouse n’a pas droit à
la pension alimentaire, alors qu’elle y a droit dans le mariage de « al-misyâr »,
même si elle peut y renoncer. Pour ce qui est du mariage de « friend »,
il n’y pas de renoncement possible à la dot ni à la pension alimentaire,
sauf que le contrat peut comporter une close stipulant la possibilité de
renoncer à cette dernière. Nous disons que le problème entre le droit
chiite et le droit sunnite réside dans le fait que ce dernier ne voit
pas de légalité pour le mariage temporaire, car il considère que le
Prophète (P) l’a institué puis l’a abrogé. Cependant, les Chiites
pensent que cette abrogation fut la décision du deuxième Kalife, ‘Umar
Ibn al-khattâb. Et les récits, dont certains ont même été rapportés dans
certains ouvrages sunnites, rappellent ce que ce khalife a dit à ce
sujet : Deux (mut’a) jouissances étaient du temps du Prophète qui les a
légalisées et moi je les abroge et je punirai celui qui les commet. A
tel point que Abdallah Ibn ‘Umar et Abdallah Ibn ‘Abbâs rappelaient la
légalité du mariage temporaire et ils disaient : « Nous avons pratiqué
le mariage de la jouissance à l’époque du Prophète puis à celle de Abû
Bakr et pendant une partie de l’ère de ‘Umar. Et certains pensent que
‘Umar a abrogé ce mariage administrativement seulement et ne l’a pas
rendu Harâm (interdit) du point de vue du droit islamique. De nombreux
chercheurs chiites estiment que l’instauration du mariage temporaire
était dictée, au début, par la nécessité. Et la nécessité à présent est
plus imposante et plus insistante qu’alors. Il en est de même en ce qui
concerne les questions sexuelles à travers le monde, et la difficulté du
mariage permanent suite aux obligations matérielles et financières qu’il
implique. C’est pour cette raison que le mariage temporaire est
considéré comme une solution au problème sexuel, et aux difficultés du
mariage permanent. Et il nous a été rapporté de l’Imâm ‘Alî (p) que : « Si
ce n’est ce que ‘Umar a interdit le mariage de jouissance (mut’a),
n’aurait forniqué qu’un maudit ou un scélérat »
- Question : Et ainsi, les Sunnites ont eu leur
mariage inaccoutumé (al-misyâr, Friend) à l’instar des Chiites (mut`a)?
* Réponse : Cette question est soumise à la
controverse jurisprudentielle autour du mariage de mut’a. A-t-il été
promulgué par le Prophète (P) et l’a-t-il abrogé après sa promulgation
ou non ? Sunnites et Chiites s’accordent en effet sur le fait que ce
mariage ait été décrété, mais ils divergent sur le fait qu’il ait été
abrogé ou non. Cette question doit être étudiée dans la jurisprudence et
de manière scientifique. Comme il ne faut pas qu’elle soit l’occasion de
marquer des points contre cette école juridique ou cette autre, car la
voie que Dieu nous a indiquée lorsque nous tombons dans un désaccord est
« … Puis, si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le à Allah
et au Messager, … ». Et nous appelons à une assemblée (majma`)
jurisprudentielle qui rassemblerait les Sunnites et les Chiites pour
étudier les questions sur lesquelles ils divergent.
- Question : De nombreuses critiques se sont élevées
contre ces formes de mariages et certains les qualifient de manière très
péjorative et ne les différentient pas du copinage ou du concubinage ?
* Réponse : Le mariage est un état personnel, et son
statut officiel est lié à sa forme administrative (tawthîq) et non pas à
sa légalité religieuse. Si un jeune homme et une jeune femme se marient
selon la loi de Dieu et celle de Son Prophète (P), avec toutes les
conditions juridiques du mariage, ils deviennent mari et femme devant
Dieu, même si ce mariage n’a pas été enregistré chez les autorités
civiles. L’enregistrement devient nécessaire pour préserver les droits
de chacune des deux parties par rapport à l’autre, ainsi que les droits
d’affiliation à la descendance que ce mariage engendrerait.
- Question : Pourquoi ce doute perpétuel en la
loyauté des Chiites envers leur arabité et leurs pays, et comment
considérez-vous ce qui a été dit dernièrement par le président Hosni
Mubarak à ce sujet ? Et ce qui interpelle aussi c’est votre réponse très
sereine à ses propos ?
* Réponse : Nous avons voulu discuter les propos du
président Hosni Mubarak de manière objective. Et nous pensons que les
rapports qu’il a reçus au sujet de la situation des Musulmans chiites
dans les pays où ils vivent, n’étaient pas très exacts sur cette
question. Car, lorsque nous étudions l’histoire des Chiites, nous
trouvons qu’en Irak, leurs autorités religieuses ont déclaré la lutte
sacrée (jihâd) contre les Britanniques lorsque ces derniers ont voulu
envahir le pays. Les Chiites ont lutté contre cette invasion, pour
défendre l’empire Ottoman qui dominait l’Irak. Ce gouvernement était un
gouvernement sunnite, et ses agissements avec les Chiites étaient loin
d’être corrects et justes. Mais les Chiites, à travers leurs autorités
religieuses, sont fidèles à leur Islam et à leurs pays. Et nous faisons
le même constat lorsque nous étudions les positions des Chiites au Liban,
où ils ont été les pionniers de la libération du pays, puisqu’ils
croient en la nécessité de délivrer leurs terres de l’occupant israélien.
Et il en est de même lorsque nous étudions les Chiites dans le Golfe et
dans toute autre région, comme au Pakistan ou en Inde ; nous les
trouvons en train d’assumer leurs responsabilités dans leurs pays au
même titre que tous leurs concitoyens. Et ils n’ont de rapport avec
l’Iran que dans l’aspect culturel ou à travers leur accord avec la
politique de ce pays dans l’affrontement contre Israël et les Etats-Unis
et, exactement comme le sont les autres Musulmans qui peuvent s’accorder
avec la politique de l’Iran, ou celle de l’Egypte ou de tout autre pays
musulman.
- Question : Le roi de la Jordanie, Abdallah II, a
précédé le président Egyptien en évoquant un croissant chiite ?
* Réponse : Nous pensons qu’il y a un complexe
historique contre les Musulmans chiites à travers les mentalités
rétrogrades qui habitent de nombreuses régions du monde musulman, ceci
d’une part. D’autre part, la position des Musulmans chiites dans
l’affrontement contre l’arrogance mondiale pourrait avoir un rôle dans
cette guerre déclarée contre les Chiites par certains parmi ceux dont la
politique s’accorde avec les intérêts de l’arrogance mondiale.
- Question : Mais les Chiites font la trêve avec
cette arrogance en Irak ?
* Réponse : Nous pensons que la question de l’Irak
est des plus compliquées, et nous ne pensons pas que ce sont les chiites
qui ont fait venir les Américains et les Britanniques en Irak. En effet,
les Etats-Unis planifiaient pour occuper l’Irak depuis les années 1980
déjà, et ceci afin d’assurer les intérêts stratégiques dont leurs
gouvernements ont parlés à de nombreuses occasions. Et lorsque les
Etats-Unis ont décidé d’entamer l’invasion de l’Irak, leur slogan était
de lutter contre les armes de destruction massive. A tel point, qu’à
l’époque, ils n’ont pas évoqué l’oppression ni l’agression que
pratiquait le régime Irakien contre son propre peuple. Et ceci est dû au
fait que le régime irakien était un régime américain eu égard aux
rapports qu’entretenait Saddam Hussein avec les renseignements
américains. Il était, dans la région, l’exécutant de nombreux plans de
cette entité parmi lesquels figure même l’invasion du Koweït. Ce ne sont
pas les Chiites qui ont fait venir les Etats-Unis en Irak, mais le
renversement du régime de Saddam les a certes soulagés de la pression
inouïe que faisait subir ce tyran à toute la communauté musulmane chiite
et même sunnite comme les Kurdes et d’autres groupes encore. Et
d’ailleurs, nous avons tous constaté que les Chiites de Basra n’ont pas
accueilli l’occupation américaine avec des fleurs mais avec les armes.
Et nous savons que les autorités religieuses chiites, avec as-Sayyid
Sistâni à leur tête, ont refusé de recevoir les responsables américains.
Et lorsque le président Georges W. Bush a envoyé dernièrement une lettre
à as-Sayyid Sistâni, celui-ci ne l’a pas touchée de sa main et a même
refusé de la lire. Il est clair que les Chiites ne sont pas avec
l’occupation américaine, mais ils s’y opposent. Cependant, les
complications qui ont entouré la scène irakienne et l’inexistence
d’occasions de confrontation pendant cette étape, ont laissé percevoir
cette impression. On dit que les Chiites ont fait la trêve avec les
Américains, mais pourquoi ne parle-t-on pas des Sunnites kurdes et des
hommes politiques sunnites qui ont fait partie du conseil de
gouvernement temporaire et dans les différents gouvernements ? La
question est que dans plus d’une région dans le monde arabe et musulman,
il existe une politique qui veuille marquer des points contre les
Chiites sans aucune étude objective de la réalité vécue par ces derniers
en Irak. Et lorsque nous voulons analyser cette question, d’un point de
vue réaliste et objectif, nous ne parlons pas en terme d’école juridique.
Nous appelons à l’unité des Irakiens et à l’unité nationale et à l’unité
islamique en Irak. En terme de voie politique, nous sommes même contre
le fédéralisme en Irak.
- Question : Durant la précédente période, vous avez
exprimé des critiques assez vives contre ceux qui perpètrent des
attentats mortels qui ciblent les civils en Irak, vous les avez
qualifiés d’excommunicateurs et vous avez appelé à les combattre ?
* Réponse : Nous considérons que les excommunicateurs
ne sont pas uniquement le problème des Chiites en Irak, ils ciblent même
les Sunnites qui ne s’accordent pas avec eux. Ainsi, les
excommunicateurs sont le problème du monde musulman. Sinon, que font-ils
en Arabie Saoudite, au Maroc, ou au Pakistan où nous avons été informés
qu’ils ont perpétré un attentat contre un rassemblement festif sunnite
qui commémorait l’anniversaire du Prophète (P). Le problème des
excommunicateurs s’étend à ceux qui ne partagent pas leurs points de vue
dans tout le monde musulman. Mais le problème est qu’il existe des
alliances entre les groupes excommunicateurs et certaines parties
Irakiennes, et nous n’écartons pas le rôle actif de l’occupant américain
dans de nombreux massacres, car il veut rester le plus longtemps
possible en Irak. Et il est tout à fait naturel que le maintien du
désordre sécuritaire lui offre cette occasion sous prétexte que sa
sortie de l’Irak plongerait le pays dans la guerre civile ; et c’est
ainsi qu’il reste pour soi-disant « préserver la sécurité des Irakiens »
- Question : Ne pensez-vous pas que ce qui se passe
en Irak est une guerre civile ?
* Réponse : Jusqu’à maintenant, la situation en Irak
n’a pas encore atteint le stade de la guerre civile. S’il y a certaines
réactions à ce qui se passe, elle n’ont pas encore atteint le niveau
global dans toutes les régions d’Irak.
- Question : A présent, il y a la crise de la
formation du gouvernement en Irak et il y a un refus d’Ibrahim Al
Jaafari comme chef de ce gouvernement ?
* Réponse : Lorsque nous étudions l’affaire Al
Jaafari avec une raison sereine, nous constatons que le président Bush a
envoyé une missive à Sayyid Abdelaziz Al Hakim, où il refuse la
présidence du gouvernement Irakien par Al Jaafari. Car les Etats-Unis ne
veulent pas un militant islamiste pour ce poste. Et, d’après nos
informations, les Etats-Unis se sont intervenus auprès de nombreux
hommes politiques Irakiens parmi les Kurdes et les Musulmans sunnites
pour manifester ce refus. Ils disent qu’Al Jaafari n’a pas pu résoudre
le problème de la sécurité. Mais tout le monde sait que par évidence, la
responsabilité de la sécurité en Irak revient aux forces de l’occupation
américaine qui n’a pas offert à l’armée irakienne les armes lourdes
développées, comme elle n’a pas offert à la police les armes dont elle a
besoin même pour se défendre. De plus, cette occupation garde sa
mainmise sur tous les appareils de sécurité intérieure. Comme il existe
une domination américaine et Israélienne sur toutes les sources et les
moyens de renseignement en Irak. Et enfin, les Etats-Unis n’ont pas
permis aux Irakiens de résoudre le problème des services. Les médias
américains nous ont même appris que, dans le domaine des services, des
entreprises américaines fictives ont eu des contrats valant des
milliards sans qu’elles ne fournissent quoi que ce soit. Et nous pensons
que l’occupation américaine ne permettra à aucun gouvernement, quel
qu’il soit, de réussir dans ce domaine. Car la réussite de ce
gouvernement signifierait qu’il demandera le retrait de l’occupant. Nous
imaginons que si Mr Al Jaafari venait à être écarté de la présidence du
gouvernement pour être remplacé par une autre personnalité, celle-ci ne
réussira pas plus. Car les Etats-Unis ne lui permettront pas la réussite
qui donnera à l’Irak sa stabilité.
- Question : Vous avez condamné les opérations qui
ciblent les civils en Irak et depuis quelques jours, il y a eu une
opération qui a touché des civils en Israël, ne voyez-vous pas que
cibler des civils où que ce soit est un acte répréhensible ?
* Réponse : Il y a une différence certaine entre les
opérations qui ont lieu en état de guerre et celles qui surviennent en
état de paix. Ce qui se passe en Irak ou ce qui est arrivé en Arabie
Saoudite, à Casablanca ou au Pakistan n’est pas justifié selon la
jurisprudence Islamique. Car ces attentats sont l’œuvre de groupes
excommunicateurs qui agissent ainsi contre tous ceux qui ne partagent
pas leurs points de vue et ceci sans qu’il y ait d’état de guerre. Alors
qu’en Palestine, il y a bien une guerre entre Palestiniens et Israéliens,
et nous savons que les Juifs ont occupé la terre de Palestine et ils
utilisent contre son peuple les armes les plus sophistiquées qui ne sont
utilisées que dans les grandes guerres. Ils ont tout fait pour détruire
l’infrastructure des Palestiniens, et ils poursuivent les arrestations,
les assassinats, la destruction des cultures, la confiscation des terres
et l’expropriation des gens de leurs maisons sans que les Palestiniens
n’aient aucun pouvoir pour affronter un tel arsenal militaire développé,
que les Etats-Unis ont fournit à Israël. Les Palestiniens vivent la
situation de légitime défense et il existe une lutte entre la sécurité
israélienne et la sécurité palestinienne, et l’une est comme l’autre. La
question est que les Palestiniens agissent en état de légitime défense
pour dire aux Israéliens : vous ne pouvez avoir de sécurité si nous n’en
jouissons pas nous-même. C’est pour cela que les opérations
qu’entreprennent les Palestiniens sont des opérations martyres et de
lutte. Le Palestinien ne peut résister à cette sauvagerie israélienne
qu’en transformant son corps en bombe qui explose dans le vécu israélien.
Et si certains évoquent les civils dans l’entité israélienne, il existe
aussi des civils palestiniens. Et nous savons que quand les guerres
éclatent, des civils innocents tombent comme victimes dans les deux
camps. Le fait est qu’il y a une guerre en Palestine, et les
Palestiniens ne veulent pas tuer l’enfant, la femme, le vieillard ou le
civil juif, et leur message aux Juifs est : Sortez de nos terres et plus
aucune balle ne sera tirée et plus aucune opération ne sera exécutée.
Mais à travers son alliance avec les Etats-Unis et, dernièrement, avec
l’Union Européenne, Israël ne parle pas de retrait des terres occupées,
mais poursuit ses opérations d’annexion des terres palestiniennes et
exproprie les Palestiniens de leurs maisons et les asphyxie par le mur
de séparation. Ce mur que la cour Internationale a décrété illégal. Nous
avons entendu les Etats-Unis, l’Europe, la Russie et l’Autorité
Palestinienne et même certains pays arabes, qui dénoncent l’opération
martyre qui a eu lieu à Tel-Aviv, Mais nous n’avons pas entendu une
seule voix qui dénonce les massacres commis contre les Palestiniens à
Gaza et en Cisjordanie. Ceci parce que, comme certains Rabbins juifs
l’ont dit : les Arabes sont des insectes…
- Question : Mais il existe une scission
palestinienne au sujet de ces opérations, le président Mahmoud Abbas les
a qualifiées d’infâmes, alors que le mouvement Hamas les a approuvées.
Comment est-il possible d’accorder ces deux logiques ?
* Réponse : Le point de vue de Hamas, que nous avons
entendu, dit que le monde, les arabes y compris, demande du nouveau
gouvernement palestinien de reconnaître l’Etat d’Israël. Mais il ne
demande pas à ce dernier de reconnaître les droits du peuple palestinien.
Comme ils demandent à Hamas de reconnaître l’initiative arabe qui a été
émise suite au sommet arabe de Beyrouth. Une proposition qui n'a même
pas encore été acceptée par les Etats-Unis qui ont estimé qu’elle serait
valable comme base pour les négociations, alors qu’Israël l’a
complètement rejetée par l’intermédiaire de son ex-premier Ministre
Ariel Sharon. Même plus, le gouvernement Sharon a confisqué cette
proposition et a fait comme si qu’elle n’existait pas. De plus, les
accords d’Oslo n’ont réalisé quoi que ce soit pour les Palestiniens.
Hamas dit : on exige de nous de reconnaître Israël et les négociations
qui n’ont abouti à rien. Le président américain a accepté ce que veut
Sharon, a reconnu l’identité juive de l’Etat hébreu et s’est opposé au
retour des réfugiés palestiniens à leurs maisons, et ceci malgré la
résolution 194 du Conseil de sécurité. Ainsi nous constatons qu’Israël
n’a exécuté aucun des accords auxquels les différentes négociations sont
parvenues. La même conclusion est à tirer en ce qui concerne les
Etats-Unis. Le président Bush qui a évoqué deux Etats : un palestinien
et l’autre juif, n’a pas fait un seul pas pour presser Israël à laisser
cet Etat palestinien se réaliser. Mais il connaît tout les projets
d’Israël dans la confiscation des terres et la construction des colonies
et du mur de séparation. Voilà une situation dans laquelle un Etat
palestinien ne peut être viable.
- Question : Depuis l’assassinat du président Rafik
Hariri, le Liban vit une véritable crise sur tous les plans. Et
aujourd’hui, tous les regards se tournent vers la Conférence du Dialogue
National. Une conférence qui s’est arrêtée devant les deux articles
relatifs à la présidence de la république et aux armes de la Résistance,
quels sont vos commentaires à ce sujet ?
* Réponse : Nous pensons que la Congrès du Dialogue
National est arrivée à une impasse, car les deux points restant à
l’ordre du jour sont : premièrement, la question de la présidence, et
maintenant tout le monde sait que le président va achever son mandat
jusqu’à la dernière minute. Le deuxième c’est la question des armes de
la Résistance. Celle-ci appelle le club politique libanais ainsi que le
gouvernement à présenter un plan complet pour défendre le Liban devant
les possibilités d’invasions Israéliennes avec tous les moyens et les
armes dont cette entité dispose et dont l’aviation est quotidiennement
en mouvement sur les frontières libanaises. Ainsi, nous pensons qu’il
n’y a aucune garantie pour le Liban qu’il ne subira pas les attaques
d’Israël, même pas de la part des Etats-Unis, dont le président a
déclaré à son homologue Libanais qu’il voulait un Liban libre, souverain
et indépendant. Mais il n’a pas dit un mot contre l’occupation
Israélienne. Et ce qui est connu comme étant la société internationale
s’est précipitée pour insister sur l’exécution de la résolution 1559.
Cette résolution qui est en faveur des intérêts d’Israël, et c’est
l’ancien ministre des affaires étrangères Israélien Silvan Shalom
lui-même qui a reconnu cela. Il a déclaré que cette Résolution a été
préparée en Israël, et les Etats-Unis l’ont adoptée et l’ont imposée au
Conseil de sécurité. Nous pensons qu’il n’existe pas de communauté
internationale. Il y a les Etats-Unis et leurs alliés. Alors que le
monde, que représente les Etats de la majorité des peuples, a été écarté
de toute prise de décision. Car les Etats-Unis ont confisqué la prise de
décision du monde entier dans l’intérêt de leur empire arrogant.
- Question : Au cours de la Conférence du Dialogue,
il y a eu lieu la tentative d’assassinat du secrétaire général de
Hezbollah as-Sayyid Hassan Nasrollah ?
* Réponse : Une telle affaire est prévisible à tout
moment, et tous les leaders actifs au Liban, comme ceux qui se dressent
contre l’hostilité israélienne et américaine, sont les cibles
potentielles d’agression et d’attentats. Cette tentative ne nous a pas
surpris et il se pourrait bien qu’on ait à faire face à d’autres
entreprises similaires contre d’autres personnalités
- Question : Quels sont, selon vous, ces objectifs
politiques ?
* Réponse : Il se pourrait bien que cette opération
ait été pensée dans le cadre de la provocation de la discorde entre
Sunnites et Chiites, puisque certains ont dit que ces gens qui
préparaient l’attentat appartenaient à un groupe musulman différent.
Mais nous savons que les Musulmans du Liban, qu’ils soient sunnites ou
chiites vivent l’unité islamique au niveau de leurs autorités
religieuses, politiques comme au niveau de leurs rapports de citoyenneté.
- Question : Sur la question de la discorde entre
Sunnites et Chiites on entend beaucoup dire, que ce qui se passe en Iraq
va se refléter au Liban ?
* Réponse :- Le Liban possède une immunité contre ce qui se passe
dans le monde arabe. Les guerres au Liban ont éclaté suite à la
planification américaine. La dernière guerre était, en effet le fruit
des stratégies de l’ancien ministre américain des affaires Etrangères
Henri Kissinger et ceci afin de liquider la cause palestinienne. En
revanche, en ce qui concerne la situation actuelle et dans l’avenir
proche, le Liban a, bel et bien, dépassé l’état de guerre.
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