Actualités > Interviews - Archive de 2006 > Interview donnée par Fadlallah au quotidien espagnol « El Mundo ».26 septembre 2006  

La guerre contre le Liban est une attaque lancée par Israël au nom des Etats-Unis 

Fadlallah : La résolution 1701 est un piège américain qui peut conduire à une nouvelle guerre

Comme l’affirme le chercheur en politique, Jamal Sanqari, dans son livre « L’émergence d’un dirigeant chiite extrémiste », Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah n’est pas seulement le plus important théoricien des mouvements islamistes au Liban, mais il peut être considéré aussi comme l’un des penseurs les plus influents dans le monde arabe.

Et comme le dit Sheikh Na’ïm Kassem, l’un des fondateurs de Hezbollah et le numéro 2 de ce parti, le nom du Sayyid Fadlallah lui a été très proche, tout au long des premières années de la genèse du parti. Il a été le symbole de beaucoup de concepts idéologiques ainsi que le visage de l’organisation en proposant une vision mûre de l’Islam.

Ayant reçu le titre d’Ayatollah en 1986, de la part de l’Ayatollah al-Khomeiny lui-même, Fadlallah a rédigé d’innombrables livres sur l’Islam sous des titres connus comme « L’Islam et la logique de la force » publié en 1976, où l’expression « Hezbollah » fut utilisée pour la première fois.

Le quotidien espagnol « El Mundo » a rencontré Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah qui lui a accordé l’interview suivante :

Question : Comment évaluez-vous la dernière guerre entre Hezbollah et l’armée israélienne ?

Réponse : La guerre contre le Liban était une guerre américaine qui a utilisé la machine de guerre israélienne. Les Américains avaient planifié pour frapper la Résistance car elle constitue une force qui a empêché la réussite de leur politique au Liban, sans parler des tentatives des Etats-Unis visant à faire d’Israël la force dominante dans la région, objectif qui est entravé notamment par la présence de la Résistance.

C’est pour cette raison qu’en visitant la région, Condoleewza Rice n’a pas parlé des deux soldats israéliens qui ont été capturés par Hezbollah, mais plutôt du plan américain concernant un Nouveau Moyen-Orient. Ils ont cru que cette guerre va leur permettre d’imposer leur plan et certains Israéliens sont même allés jusqu’à reconnaître qu’ils ont été utilisés par Washington.

Question : Quel est votre avis au sujet de la résolution 1701 qui a mis fin aux hostilités dans cette confrontation ouverte ?

Réponse : La résolution 1701 est un complot. C’est un piège américain. Nous pouvons dire qu’elle est un document ambigu qui permet à Israël de l’interpréter conformément à ses intérêts. C’est un texte qui peut conduire à une nouvelle guerre.

Question : Êtes-vous pour ou contre la présence de forces espagnoles au Sud Liban ?

Réponse : Nous respectons les Espagnols car ils adoptent une politique indépendante par rapport aux Etats-Unis. Cette politique est plus proche du peuple arabe que celles des autres pays européens. Pour cette raison, nous pensons que la participation espagnole à la Finul ne pose aucun problème, et nous sommes certains que la Résistance ne causera aucun tort aux soldats espagnols.

Question : Mais qu’est-ce qui se passera si ces forces se trouveront à un moment donné impliquées dans une tentative de désarmer le Hezbollah ?

Réponse : Toute tentative dans ce sens provoquera, de la part de la Résistance, une réplique collective. Et nous ne pensons pas que les forces internationales sont prêtes à voir leurs soldats entrer en guerre contre le peuple libanais. Ces soldats sont des soldats de paix et non pas des soldats de guerre.

Question : Sayyid Hassan Nasrallah a lui-même affirmé que s’il s’attendait à une réaction pareille de la part d’Israël, il n’aurait pas ordonné la capture des deux soldats. Cette action valait-elle la peine ?

Réponse : La Résistance avait, par le passé, marqué des succès dans des actions du genre. Même Ariel Sharon qui était plus enclin à la guerre a accepté des échanges de prisonniers. Nous croyons donc que l’opération du 12 juillet aurait pu ne pas conduire à une guerre.

Question : Le 5 août dernier, un penseur libyen réformiste du nom de docteur Muhammad Huni a adressé de fortes critiques sur le site électronique « Ilâf » tout en soulignant que le terme « Résistance » est utilisée dans la région de manière abusive, ajoutant qu’elle n’a apporté à la région que la destruction. Qu’en pensez-vous ?

Réponse : La Résistance a jeté les assises d’une politique forte et à même de faire face à Israël et aux Etats-Unis. Les Arabes pensaient, jusqu’à ce moment, que l’armée israélienne est invincible. Ils avaient peur. Mais la Résistance a pu remporter une victoire éclatante face aux troupes israéliennes d’élite. Les hommes de la Résistance ont écrit de nouvelles pages de gloire dans l’histoire du monde arabe.

Cela explique les gigantesques manifestations de solidarité qui sont descendues dans les rues dans d’autres pays de la région où les citoyens critiquent les attitudes de leurs régimes. Il est vrai que les Libanais ont subi beaucoup de destruction, mais les Israéliens ont subi une destruction semblable. Les gens qui parlent à la manière de cet intellectuel représentent l’Arabe fainéant qui n’a jamais gagné une guerre, et cela est la règle pour beaucoup de régimes dans la région.

Question : Huni a notamment critiqué le recours aux attentats suicides affirmant qu’il s’agit là d’une méthode de guerre barbare… ?

Réponse : Nous pensons qu’une organisation qui s’attaque à des objectifs civils est une organisation inhumaine. C’est pour cette raison que nous avons prononcée une fatwa qui condamne les attentats du 11 septembre, bien que nous soyons opposés à la politique des Etats-Unis. Il n’est pas possible de justifier ce genre d’actions. Nous avons également condamné les attentats de Madrid, de Londres et de Casablanca. Mais il faut établir clairement une distinction entre ces actions et la résistance contre l’occupation, comme la résistance menée par les combattants palestiniens et celle à laquelle nous assistons en Iraq et au Liban. L’histoire est pleine d’exemples qui légitiment la défense de la Nation et de la liberté.

Il faut ajouter à cela qu’il est indispensable de condamner les agissements de Georges Bush qui, lançant ces guerres préemptives et affichant son soutien à Israël, donne des ailes au terrorisme international.

Question : L’un de vos ouvrages est intitulé « Dialogue entre Islam et Christianisme ». Pensez vous qu’il devrait y avoir un plus large échange entre les deux civilisations pour empêcher ce qu’on appelle « le choc des civilisations ? ».

Réponse : Le dialogue est le meilleur moyen pour faire dissoudre les désaccords entre les peuples. La violence ne fait que compliquer les choses. C’est pour cela que nous nous opposons au terrorisme. Nous devons à l’occasion exprimer nos remerciements pour l’attitude civilisée prise par le premier ministre espagnol, José luis Rodriguez Zapatero, qui a adopté une politique de rencontre entre Chrétiens et Musulmans.

Question : Aviez-vous été surpris par la crise qui a éclaté suite à l’affaire des caricatures du Prophète Muhammad (P) ?

Réponse : Ce qui a été prouvé par cette affaire est que beaucoup de gens en Occident ignorent la vérité sur l’image du Prophète (P) et de l’Islam. Nous leur disons donc qu’ils devraient essayer de connaître l’Islam à partir de ses sources authentiques, et non pas à partir de ce qui est écrit par les ennemis de cette religion. Nous demandons également aux Musulmans qui vivent dans les pays occidentaux d’expliquer et de montrer la vraie image du Prophète Muhammad et de l’Islam.

Question : Dans la bibliothèque connue ouverte dans la banlieue sud de Beyrouth, on trouve des livres de politiciens israéliens comme Benyamin Netanyahou, ou de communistes comme Karl Marx. Pourquoi ces Livres ?

Réponse : Nous pensons qu’il est impossible de comprendre la relation entre le monde occidental et l’Islam sans savoir ce qui se passe sur la scène internationale. Il nous est donc nécessaire de connaître notre ennemi, ce qui nous permettra de lui faire face.

Question : Après l’attentat perpétré contre les sanctuaires chiites sacrés dans la ville iraquienne de Samarra’, attentat qui a accentué le conflit intérieur qui frappe le pays, vous avez affirmé que la guerre civile est encouragée par les Etats-Unis. Comment justifiez-vous cette accusation ?

Réponse : Il existe des informations qui prouvent que les Américains soutiennent les terroristes pour trouver des prétextes leur permettant de rester pour une longue durée dans le pays et de contrôler son pétrole, car l’Iraq est le pont des Etats-Unis dans la région. Les Américains sont responsables de tout ce qui se passe, y compris le meurtre de milliers de civils.

Question : En 1970, vous avez déclaré que la révolution en Iran est le plus grand rêve de ceux qui ont consacré leur vie à l’action pour l’Islam. Cette révolution n’a-t-elle pas commis des erreurs ?

Réponse : On ne peut pas parler d’erreurs. Ce qui s’est passé est que certains objectifs -comme c’est le cas de toute révolution qui se propose de réaliser des grands buts- n’ont pas été atteints. Mais le résultat final reste très positif.