Actualités > Interviews - Archive de 2005 > Interview donnée par Fadlallah à l'hebdomadaire libanais "Magazine"

Interview donnée par non Eminence, l'Ayatollah M.H. Fadlallah à l'hebdomadaire libanais "Magazine", le a/10/1426H/11/11/2005.

Sayyed Mohammad Hussein Fadlallah

«Le dialogue sur la résolution 1559 n'aboutira pas»

«Une éventuelle utilisation de la force pour mettre en œuvre la 1559 risque de mélanger toutes les cartes au Liban. De même que la voie diplomatique n'aboutit pas aux résultats escomptés par la résolution, c'est-à-dire le désarment.» Pour sayyed Mohammad Hussein Fadlallah, une des plus importantes références chiites au Liban et dans le monde, le dialogue sur la 1559 n'aboutira pas à des résultats décisifs. Interview.

Existe-t-il réellement un projet visant à affaiblir la communauté chiite sur l'échiquier politique libanais?

Je ne pense pas que les choses soient aussi claires. Le rôle chiite au Liban s'est cristallisé autour du Hezbollah en tant que projet de résistance à l'occupation israélienne. Et le processus politique qui a précédé et suivi les élections législatives s'est articulé de manière à servir ce projet, aussi bien au niveau du discours interne qu'au plan de la confrontation externe. Les questions de politique interne libanaise n'ont jamais été traitées, de la part des forces chiites, indépendamment du projet de résistance. Les rapports entre ces forces et les institutions officielles et les autres partenaires politiques non-officiels ont toujours été conditionnés par le projet de résistance. Il n'y avait donc pas de plan visant à réduire le rôle des chiites. Mais nous observons, dans le climat actuel, une certaine méfiance et une peur vis-à-vis de la scène chiite, plus particulièrement après l'alliance conclue entre le Mouvement Amal et le Hezabollah.

L'influence des chiites n'a-t-elle pas été affaiblie par le retrait des troupes syriennes du Liban?

Les forces hostiles à la Syrie présentent les chiites comme une simple extension du rôle syrien au Liban. Il est vrai que les principales forces politiques de la communauté continuent d'appuyer le rôle de Damas, notamment les constantes défendues par le discours syrien sur l'occupation américaine de l'Irak et le et le dossier israélien. Encore une fois, je ne crois pas qu'il existe une volonté de réduire l'influence chiite au Liban. Au contraire, certaines parties craignent un renforcement de cette influence au niveau de la représentation des chiites au Parlement et au gouvernement et au plan populaire, comme l'a prouvé récemment la participation massive aux cérémonies marquant la journée al-Qods. Tout le monde s'intéresse au rôle chiite, surtout depuis que la question de l'armement du Hezbollah a été soulevée sur la scène internationale. Le «discours chiite» insiste sur la nécessité d'instaurer un dialogue au sujet des armes de la Résistance en partant du principe que les relations entre le Liban et Israël ne sont pas amicales, loin de là. Un examen du passé montera à quel point Israël est un Etat agressif qui n'a besoin d'aucun prétexte pour attaquer le Liban, comme cela s'est produit en 1982. le courant chiite tente de se mettre à l'abri de la résolution 1559 qui exige le désarmement des milices en partant du principe que la Résistance ne peut être considérée comme une milice. Je pense à cet égard que le dialogue sur la 1559 n'aboutira pas à des résultats décisifs. Car ceux qui souhaitent mettre en œuvre cette résolution par la force seront confrontés à plus d'un écueil.

Comment peut-on entamer un dialogue autour de la 1559? Et est-ce que les différentes parties libanaises se mentent mutuellement lorsqu'elles appellent au dialogue?

J'imagine qu'il est difficile d'entamer un dialogue politique réaliste au sujet des armes de la Résistance. La polémique autour de cette question se poursuivra sans résultat décisif. La mise en oeuvre de la 1559 est une source d'ennuis pour la communauté internationale, notamment les Américains et les Européens. Car une éventuelle utilisation de la force pour appliquer la résolution risque de mélanger toutes les cartes au Liban. De même que la voie diplomatique n'aboutit pas aux résultats escomptés par la 1559, c'est-à-dire le désarment.

Une intervention israélienne pour donner un coup de pouce à la mission de Terje Roed-Larsen vous parait-elle plausible?

Je pense que l'utilisation de la force pour mettre en œuvre la 1559 entraîera Israël, la politique américaine et les forces qui composent le mouvement du 14 mars dans les marécages libanais. Pire encore! L'utilisation de la force plongera le Liban dans le chaos.

Comment évaluez-vous le rapport Mehlis et quelle pourrait être, selon vous, l'issu de cette enquête?

De la lecture du rapport Mehlis et des informations dont je dispose sur certaines des personnes arrêtées, je pense que l'enquête n'aboutira pas à des conclusions décisives. Le résultat sera: «Nous avons arrêté la victime, mais n'avons pas pu identifier les assassins.»

Approuvez-vous les apples à la destitution du président de la République?

Nous appelons à la «destitution» de la méthode avec laquelle les hommes politiques gèrent le pays. Le problème du Liban n'est pas lié à telle fonction officielle. Le problème, c'est qu'il n'y pas d'instituions. C'est un Etat pour des individus. Le Liban n'a pas été créé pour être un Etat, mais une scène pour plusieurs communautés. De nombreux hommes politiques savent très bien comment geler la situation politique pour servir leurs propres ambitions.

Certaines informations font état de l'intention des Américains de construire une base militaire au Liban. Pensez-vous que cela voit vrai?

Ces informations ne sont pas fondées car les Etats-Unis possèdent une grande base en Israël. Aussi n'ont-il pas besoin d'e construire une autre au Liban. Les Américains se sont enlisé dans les sables mouvants irakiens. S'ils s'enfoncent dans les marécages libanais, ils seront confrontés à des difficultés encore plus grandes. Je ne vous pas comment les Américains pourront réussir là où les Israéliens ont échoué.

Existe-t-il des divergences entre les Etats-Unis et la France sur le dossier libanais?

Il y a des différences entre les américain et français dans notre pays. La France souhaite retrouver son influence au Liban et reprendre une partie de son rôle en Syrie même. les Etats-Unis ont une autre vision: pour Liban constitue un poumon à travers lequel respirent tous les problèmes de la région. Washington considère que le rôle delà France est en marge et non pas en parallèle au sien.

Le Liban est-il, comme le prétendent certains, à la veille d'une guerre civile ou d'un chaos généralisé?

Le Liban a surmonté la guerre civile qui était un projet américain à l'instigation de l'ancien secrétaire d'Etat Henry Kissinger pour liquider la cause palestinienne. Mais l'intifada (en Palestine) a fait avorter ce plan et a privé les Américains de la victoire, les obligeant à parrainer l'accord de Taëf. A mon avis, il n'existe au Liban aucune force, chrétienne ou musulmane, prête a provoquer une guerre civile. De même que ni l'Amérique, ni l'Europe, ni Israël intérêt à encourager un tel conflit. En dépit de tous leurs projets politiques, les Etats-Unis souhaitent un Liban stable.

D'aucuns accusent les chiites de lutter contre l'occupation au Liban et de tolérer en Irak. Est-ce vrai?

Les Irakiens dans leur ensemble sont hostiles à l'occupation. Mais Saddam Hussein, qui est un projet américain depuis 40 ans, a été imposé dans toute son horreur au peule irakien. Sa répression était dure, notamment contre les chiites. Puis l'Amérique a envahi l'Irak sous prétexte de le débarrasser du dictateur et les Irakiens chiites ont été entraînes dans ce climat. Toutefois nous savons que les chiites sont opposés à l'occupation où qu'elle se trouve. D'ailleurs, des figures importantes du chiisme irakien ont combattu l'occupant et d'autres collaborent avec la résistance.

Interviewé  par Télé Liban
Jeudi, 18 cha’bân 1426 de l’Hégire, 22/09/2005 ap.J. C.