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Des lettres ailées :

La révolution jurisprudentielle espérée

 

Article publié par le quotidien jordanien « Al-Liwâ’ », le6-2-2007

Par Bilâl Hassan El-Tall

Avant quelques jours, son Eminence, l’Autorité religieuse as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah, a prononcé un avis jurisprudentiel (fatwa) selon lequel il n’est pas loisible d’insulter les Compagnons du Prophète ou de leur porter atteinte quelles que soient les considérations. Malgré l’importance de cet avis, quant à son sujet et son auteur, il n’a pas fait l’écho qu’il mérite ni dans les moyens d’information ni dans les autres lieux concernés par l’observation des événements qui se passent dans nos pays et la direction de leurs vents. Il est devenu clair que ces moyens d’information et ces lieux concernés accueillent à bras ouverts tout ce qui attise les incendies de la discorde et approfondit les désaccords d’où qu’ils viennent, et passent sous silence tout ce qui contribue à l’étouffement de la discorde dans l’œuf et à l’unité des rangs de la Nation face à ses vrais ennemis.

Dans l’avis qu’il a prononcé, et à l’heure qu’il l’a prononcé, as-Sayyid fait un pas important sur la voie de l’étouffement de la discorde, d’une part, et de la réunification de la Nation d’autre part, car le fait de porter atteinte à certains Compagnons est resté parmi les questions en suspens qui causent des désaccords entre les adeptes des écoles sunnites et les adeptes des écoles chiites. Ces désaccords sont, au départ, des désaccords politiques qui se sont transformés, au cours du temps, en désaccords confessionnels, avant de se muter, pendant les siècles de l’arriération et de la décadence, en désaccords politiques qui ont été exploités pour déchirer l’unité de la Nation. Cela exige, de la part des savants religieux loyaux, de les affronter courageusement, chose qui est faite par son Eminence, l’Autorité religieuse as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah, dans son dernier avis jurisprudentiel, dans lequel il a déclaré illégal le fait de porter atteinte aux Compagnons quelles que soient les considérations.

Cet avis prononcé par son Eminence se présente dans le cadre d’une suite de positions distinguées qu’il a prises pour servir l’unité de la Nation, démarche à laquelle doivent répondre, de l’autre côté, des prises de positions courageuses. Nous devons reconnaître qu’il existe, de deux côtés, des ignorants qui échangent des insultes et des accusations de mécréance sans être fondés sur la science et la connaissance, ce qui a fait croître les divisions au sein de la Nation, surtout que certains de ces ignorants ont eu des facilités pour monter aux tribunes des mosquées et diffuser, le plus souvent pour des raisons politiques, leur ignorance qui conduit à l’ignorance de la Nation. D’où notre appel à ne pas utiliser les confessions à des fins politiques, car un tel usage transforme les différences confessionnelles qui sont des éléments d’enrichissement de la pensée de la Nation et de sa jurisprudence, en élément d’affaiblissement de son édifice politique, social et jurisprudentiel et, de la sorte, la différence qui est une grâce se transforme en supplice.

Tout en appréciant la fatwa de son Eminence, l’Autorité religieuse as-Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah, nous appelons les Autorités religieuses sunnites à prendre des attitudes semblables en vue d’unir les rangs de la Nation, et de remettre les différences jurisprudentielles à leurs vraies places pour qu’elles jouent leur vrai rôle en tant qu’éléments d’enrichissement de la jurisprudence et de la pensée de la Nation. Cela exige, en premier lieu, un examen sans faille de la compétence scientifique et en matière de connaissance de tous ceux qui montent aux tribunes des mosquées. Cela exige également un effort médiatique islamique efficace dans le domaine du rapprochement des écoles jurisprudentielles, pour faire sortir le processus de rapprochement de son cadre protocolaire ou politique et le placer dans son contexte scientifique jurisprudentiel. A ne pas oublier la nécessité de prendre une attitude ferme face à quiconque tente de transformer les différences d’avis confessionnels en causes de luttes intestines entre les constituantes de la Nation, afin d’aider ainsi la Nation à sortir de sa coquille historique responsable de l’éclatement des ses controverses politiques et de son usage de la jurisprudence pour justifier, voire approfondir, ces controverses. Cela signifie, en premier lieu, que la Nation a besoin d’une révolution jurisprudentielle qui s’attacherait à étudier et à résoudre ses problèmes actuels, pour que notre jurisprudence ne reste emprisonnée dans le passé, surtout pour ce qui concerne l’aspect politique ténébreux de notre histoire. Cette révolution jurisprudentielle a besoin de savants religieux courageux, audacieux et à même de se libérer de la tyrannie du politique en s’armant des vrais outils leur permettant de prononcer correctement des vrais avis jurisprudentiels nécessaires pour déclencher la révolution jurisprudentielle attendue dont la première des conséquences sera de reconsidérer les savants religieux afin qu’ils soient capables de jouer leur rôle de dirigeants.