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La vision religieuse du Marja’ Fadlallah au point de mire des cercles
salafites et arrogants
La vision religieuse du Marja’
Fadlallah au point de mire des cercles salafites et arrogants
De temps à autre, il nous rejoint avec sa majestueuse
barbe, son vif regard qui va au-delà des choses et des dimensions, et sa
conscience enracinée dans la religion, dans la culture et dans la pensée.
Il s’agit d’un penseur islamique encyclopédique et brillant dans tant de
domaines et qui, en parlant, fait le tour de l’histoire, puis revient au
présent et reprend la situation jurisprudentielle pour la dépoussiérer
et la débarrasser de la sclérose des vues salafites. Il la réconcilie
avec le temps et avec l’esprit de la civilisation. Il s’agit de son
Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah,
le jurisconsulte éclairé qui nous a habitués à ses avis courageux et à
ses fatwa libérées de l’emprise de la droite conservatrice et de
l’autorité du système réactionnaire à la hawza (l’université religieuse),
et surtout de ceux qui se classent comme les gardiens de la foi et les
empereurs de la jurisprudence salafite.
Une méthodologie gnoséologique
intégrale
Il s’agit de Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah qui, à
mon avis, applique la méthode de recherche archéologique dans l’histoire
et dans la tradition chiite, cette méthode qui est à même de percer tous
les agrégats accumulés à travers toute l’histoire et qui ont constitué
l’image complète de toute notre tradition, cette méthode caractérisée
par la tension, par le doute et par la recherche et qui peut nous
conduire vers cette lumière première qui a éclaté avec l’action
libératrice du Noble Prophète (P) et de ses partisans parmi les
compagnons de ‘Alî et de Fâtima. Cette lumière qui, par conséquent, nous
permet de dissiper les ombres accumulées à travers l’histoire… Dans la
mesure où elle se caractérise par le doute, par l’hésitation et par la
prudence vis-à-vis de la « vérité gnoséologique et historique », cette
méthode se montre courageuse quant à la fouille dans la tradition et à
l’étayage de la question.
Pour cette raison, son Eminence est considéré comme
l’un des plus éminents représentants de la ligne éclairée à la hawza, et
l’un des jurisconsultes qui maîtrisent des outils fondamentaux pour leur
travail de déduction, des outils qui permettent à la pensée religieuse
d’être plus réaliste et plus progressiste. Cela fait défaut chez les
autres parmi ceux qui se contentent d’une approche préétablie et
incontournable. Son Eminence constitue un élément puissant quant à la
force de son influence sur le processus de la construction de la fatwa
et de l’attitude religieuse. Il est également d’une présence remarquable
dans les questions d’actualité politiques, culturelles et autres… Il a
pu former toute une génération islamique consciente et éclairée. Il a
aussi donné naissance à une culture qui s’est solidement encrée chez la
jeunesse tout au long du monde arabe et islamique. C’est ainsi qu’ont
émergé le Hezbollah au Liban, le Hezb « al-Da’wa » en Iraq et à Bahreïn,
la jeunesse consciente et cultivée à Qatîf et ailleurs. Mais le résultat
le plus concret est celui qu’incarne le Hezbollah que son Eminence a été
et est toujours considéré comme le guide spirituel et le maître porteur
du massage pour ces principaux cadres. Lors de la dernière guerre de
juillet lancée par Israël contre le Liban, son Eminence Fadlallah était
présent dans la confrontation. Il parlait et prononçait des discours qui
répandaient dans le ciel du Liban l’appel de soutien à la Résistance, ce
qui lui a coûté le bombardement de sa résidence par Israël qui a tenté
de l’assassiner et de le liquider physiquement.
L’épreuve de la conscience et
de l’ouverture
Cette tentative de l’assassiner n’a pas été la seule.
Il y a eu, par le passé, d’autres tentatives de le liquider physiquement
parallèlement à d’autres tentatives de le liquider moralement conduites
par la pensée salafite qui a toujours cherché à le liquider moralement
et d’empêcher sa pensée éclairée d’atteindre les masses. Alors qu’il
luttait contre le colonialisme et l’impérialisme, à l’extérieur, et
contre l’ignorance, l’arriération et le despotisme, à l’intérieur, il
essuyait les tirs des excommunicateurs et des mystificateurs qui
prétendaient disposer d’un « certificat de propriété » et d’un « droit
d’héritage de la pensée chiite » et ce dans une guerre imposée qui a
mobilisé tous les éléments de sensibilisation affectives.
Le Chiisme « salafite » s’efforçait frénétiquement et
s’efforce toujours de faire avorter toutes les tentatives visant à
renouveler la pensée religieuse, renouvellement visant lui-même à aller
au devant du Chiisme « salafite » en tant que pensée produite dans des
conditions sociales et dans un contexte historique figés et en état de
sclérose.
Dans ces conditions, maints facteurs s’interpénètrent
pour provoquer ces conflits pacifiques d’apparence mais qui sont
intérieurement peuplés de violence. Il y a des conflits de pouvoir et un
désir de le monopoliser par les tenants de ce courant « salafite ». Il y
a aussi l’artère économique qui assure à ce courant la force, le
contrôle et même la domination. Enfin, il y a la psychologie de la
répression et de l’oppression, comme nous l’avons dit. La communauté qui
vit une telle réalité fait tout pour assurer la cohérence des partisans
et des adhérents. Elle a recours à des moyens qui font ressusciter le
sentiment d’identité en créant un ennemi imaginaire ou en traitant comme
ennemis ceux qui ne s’accordent pas avec elle, même s’ils sont de la
même appartenance qu’elle. Il me semble que c’est cela qui est arrivé à
son Eminence, as-Sayyid Fadlallah, dans les épreuves qu’il a subies avec
les experts de la sacralité parmi les « savants religieux » avant que le
cercle de la provocation et de l’exclusion ne devienne encore plus large
en rassemblant des personnalités éminentes et influentes dans le milieu
chiite.
L’humanité de la compréhension
et la sacralité de la religion
Nous avons dit que le problème de cette pensée « salafite »
consiste dans l’autorité des « anciens » et la sacralisation de la
compréhension humaine de la religion. Le texte religieux immuable ne
peut pas être appliqué si les mécanismes d’interprétation ne sont pas
pris en considération. Il n’est pas possible de proposer des approches
d’application sans désacraliser les produits de l’interprétation
religieuse des anciens, même si ces produits sont l’un des outils qui
servent à cristalliser une vision rigoureuse et réaliste. Mais le
monopole de la production de la pensée religieuse par ceux-là et leurs
acolytes peut contribuer à démolir toute vision religieuse se proposant
de se référer au texte et à la réalité à la fois.
Il y a une accumulation de la compréhension humaine
de la religion. A chaque étape surgissent des tendances dans la pensée
religieuse et dans l’interprétation du Texte allant de l’extrême gauche
à l’extrême droite. Pourtant le salafisme chiite s’impose dans toutes
les étapes de l’histoire de l’Islam et reste le plus solide et le plus
influent dans la mesure où le renouveau implique une grande capacité
jurisprudentielle, un grand courage et une audace qui ne sont pas à la
disposition de tous et qu’on ne trouve ordinairement que chez une
minorité de penseurs. Lorsque nous parlons du courage intellectuel et de
l’audace nous désignons les qualités de ceux qui font face à la légende
même si elle prend chez les gens la force de la doctrine. Aucune
personne censée ne peut que remarquer que les savants religieux chiites
ont besoin de ce courage et de cette audace beaucoup plus que les autres
car ils ont toujours été présents pour lutter contre le fait établi.
Nous avons besoin de penseurs qui possède la capacité et le courage de
purifier l’imaginaire religieux de toutes les déformations qui l’ont
atteint durant les diverses étapes de sa formation. Nous n’avons pas
l’intention de prendre des attitudes gratuites sans références et sans
preuves. Ce qui est demandé est l’activement du dialogue scientifique
basé sur la preuve, sur l’efficacité de l’ijtihâd et de la raison. Il
faut donner une place aux spécialistes dans les domaines de la recherche,
de l’édition et de la révision, car « nous sommes les enfants de la
preuve ; là où elle s’oriente, nous nous orientons ». Mais tout cela
doit se réaliser dans les conditions du respect, de la loyauté
scientifique loin de toute exclusion et excommunication.
La diversité de pensée chez les
Chiites
Il est étrange que tous ces tirs et ces attaques « peu innocents et
peu scientifiques » soient dirigés contre son Eminence à lui seul, rien
que parce qu’il a posé une question au sujet de la Côte, ou parce qu’il
a adopté certaines vues peu familières. Il n’est pas le premier à
énoncer ces avis rejetés de nos jours par ce Chiisme « salafite »,
narcissiste et encastré dans l’idolâtrie de soi. Ash-Shaykh at-Tabarsî
n’a pas confirmé dans son livre « I’lâm al-wara bi a’lâm al-hudâ » (L’information
des gens au sujet des images éminentes de la guidance) qu’on a fait
avorter az-Zahrâ’. De son côté, ash-Shaykh al-Mutahharî a rejeté
l’histoire des « Quarante » de fond en comble. Avant eux, as-Sadûq a
proposé un point de vue audacieux au sujet de l’infaillibilité, lui qui
était plongé dans les polémiques scientifiques avec d’autres savants, et
personne ne l’a accusé d’égarement ou de mécréance. Ash-Shaykh al-Mufîd
a même riposté en écrivant quelques livres pour critiquer les livres de
as-Sadûq. La liste est assez longue à ce sujet.
Faillite morale
Notre étonnement va grandissant lorsque nous apprenons que ces
campagnes injustes n’ont eu lieu que très tard après l’apparition de ces
attitudes courageuses. As-Sayyid lui-même était une personne de
confiance pour les géants de la Hawza scientifique à Najaf, comme as-Sayyid
al-Khûî, et à Kom, comme l’Imâm al-Koméyni, ainsi que pour d’autres
savants. Pourtant, nous n’avons pas entendu les experts de la sacralité
et les gardiens des rites parmi les « savants religieux » adresser une
accusation ou quelque chose qui pourraient rabaisser ce grand penseur,
contrairement à ce que nous entendons de nos jours en matière
d’accusations grotesques qui prouvent la faillite morale de ces inconnus
parmi « les savants religieux », ou parmi la populace qui tire profit
des discordes, de l’ignorance et de l’intégrisme.
Ces campagnes farouches nous rappellent l’Inquisition en Europe et
l’exécution de Galilée et des autres savants qui ont osé faire face à
l’ignorance et dire haut leurs croyances scientifiques qui ont été les
flambeaux de la Renaissance et de l’Age des Lumières. La réaction a été
tellement violente que la répression n’a pas touché la religion toute
seule ou les religieux tous seuls, mais a touché aussi la totalité des
moralités.
Pour toutes ces raisons, as-Sayyid Fadlallah a pris en considération
tous ces dangers et défis. Il est resté ferme et a relever le défi tout
en adoptant en même temps une attitude réconciliante. Il est resté
attaché à sa pensée, à sa ligne et à sa méthode, sans peur, sans crainte
et sans laxisme. Il a continué son combat contre l’injustice mondiale, à
l’extérieur, et contre la pensée utopique, l’abrutissement et le
despotisme, à l’intérieur, au point que certains l’ont comparé à « un
rocher sur lequel se brisent les vagues les plus ardentes avant de
retourner douces et calmes pour couler loin de lui semblables à une
coulée d’eau fraîche ».
Malgré la renaissance à laquelle nous assistons maintenant, et malgré
la réactivation de la pensée salafite chiite, nous avons l’espoir de
voir s’évanouir cette étape de misère où les géants du renouveau se
trouvent acculés à faire face à ces fatwa gratuites visant à leur porter
atteinte, fatwa de bas niveau que leurs promoteurs espèrent gagner la
célébrité grâce à elles. Espérons voir cette étape s’évanouir pour que
la quiétude puisse pénétrer le corps de la Nation y apportant un système
doctrinal et une vision intellectuelle rationnelle et réconciliée avec
elle-même, avec le moment vécu et avec les œuvres de la pensée humaine.
Par, as-Sayyid Nazîr al-Mâjid
Extraits d’un article paru sur
le cite « ar-Râsid ».
Au nom de Dieu, le Clément, le
Miséricordieux
Le Bureau d’Information de son
Eminence,
l’Autorité religieuse,
l’Ayatollah Muhammad Hussein
Fadlallah.
Beyrouth, le 14 rabî’ premier
1428 H /
2 avril 2007 ap. J. C.
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