Actualités >Communiqués-Archive de 2007 > Faire place au dialogue entre les Musulmans / Le 28 rajab 1428 H / 12 août 2007 AP . J. C.

Faire place au dialogue entre les Musulmans

Fadlallah appelle à mettre le terme « sacré » à l’écart du dialogue musulman / musulman

Fadlallah : Pour un dialogue sincère entre le chiisme et le wahhâbisme

Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah, a attiré l’attention sur le fait que les conditions actuelles que traverse la Nation sont parmi les plus graves et les plus complexes. Il mis en garde contre les allégations américaines selon lesquelles il y aurait des Etats qui se présenteraient comme « Sunnites » face à d’autres qui se présenteraient comme « chiites ».

Son Eminence a mis l’accent sur la nécessité d’entamer un dialogue sérieux entre tous les Musulmans à un moment où les conférences sont devenues des lieux où l’on échange des compliments à défaut de se quereller. Il a en outre appelé à un dialogue sérieux entre le wahhâbisme et le chiisme.

Son éminence a insisté sur la nécessité de mettre le terme « sacré » à l’écart du dialogue, car ce terme est confus alors que la logique coranique est une logique d’argument et de démonstration.

Ces affirmations de son Eminence font partie d’une déclaration où il a abordé l’échec des activités et des conférences qui se présentent sous les signes du dialogue à consolider l’unité islamique. Voici le texte de cette déclaration :

Le thème « dialogue » a été dernièrement à la base de la tenue d’innombrables conférences internationales, surtout au sujet du « dialogue des religions », et ce suite aux complications politiques et sociales qui se sont négativement reflétées au niveau des relations entre les adeptes de différentes religions et sectes.

Tout en affirmant l’importance de l’action visant à promouvoir le dialogue, surtout entre les religions et les sectes, sur les deux plans, international et local, nous attirons l’attention sur le fait que le terme « sacré » est entré dans le cadre des marchandages politiques et médiatiques. De leur côté, les conférences et les colloques qui se tiennent ici et là ne vont pas au-delà des compliments et des formalités. Leur but reste exclusivement médiatique, pour servir un but politique ou pour esquiver certaines pressions qui s’exercent parallèlement aux conflits entre les Etats sur la scène internationale.

Dans les conditions actuelles que traverse notre Nation, conditions qui sont parmi les plus complexes et les plus graves dans toute l’histoire de la région, les Etats arrogants tentent de diviser la région à partir de critères confessionnels qui servent des objectifs politiques graves qui profitent au projet américain et sioniste. Nous entendons des allégations politiques selon lesquelles il y aurait des Etats qui se présenteraient comme « Sunnites » face à d’autres qui se présenteraient comme « chiites ». Ces mêmes allégations émettent des insinuations selon lesquelles les Chiites soutiennent tel projet dans une telle situation, alors que les sunnites le soutiennent dans une autre situation, alors que les Sunnites et les Chiites s’opposent à l’occupation et aux projets que les occupants cherchent à imposer sur la région.

Dans ces conditions, nous estimons qu’il est nécessaire d’agir pour entamer un dialogue musulman / musulman qui ne resterait pas confiné aux tours d’argent, qui ne se consumerait pas dans le cadre des formalités, des compliments et des manœuvres médiatiques. Un dialogue qui se concrétiserait sur le terrain sous une forme efficace et productrice, à travers l’action des penseurs et des intellectuels sunnites et chiites ; un dialogue qui ne répondrait pas seulement à des besoins politiques de circonstance en liaison avec les plans des régimes et des politiques internationales, mais qui prenne naissance à l’intérieur du mouvement culturel et intellectuel qui considère le dialogue comme un mouvement d’ouverture culturelle et intellectuelle fondée sur l’esprit scientifique et objectif.

Tout en insistant sur ces considérations, nous estimons qu’aucun succès du dialogue musulman / musulman ne peur avoir lieu que dans les conditions suivantes :

Premièrement : La présence de bonnes intentions fondées sur la méthode de dialogue coranique, méthode définie par le Verset qui dit : ((Nous et vous, nous sommes sur la bonne voie ou dans l’égarement évident)) (Coran, XXXIV, 24). Dans ce dialogue, le subjectivisme des interlocuteurs doit faire place à l’esprit de dialogue n’ayant d’autre but que la vérité, et au dialogue qui est une action de recherche de la vérité.

Deuxièmement : Le dialogue doit constituer une priorité islamique générale qui englobe toutes les écoles sans exception, y compris celles où les relations réciproques font l’objet de tout une suite de complications doctrinales qui arrivent même à un niveau tel que les uns traitent les autres de mécréants ou d’égarés. Sur cette base, nous insistons sur la nécessité de conduire le dialogue sincère entre les Musulmans chiites, en particulier, et les courants salafites, tout particulièrement, le wahhâbisme, dont certaines propositions en matière d’ijtihâd prennent une forme irritée à l’encontre des Chiites et même à l’encontre de certains Sunnites. Cette irritation peut être amortie grâce à l’ouverture intellectuelle et culturelle fondée sur la parole divine qui dit : ((Si vous êtes en désaccord grave sur une affaire, déférez-la à Dieu et au Messager)) (Coran IV, 59). De la sorte, le Livre de Dieu et la Sunna de Son Prophète deviennent les bonnes références du dialogue autour des questions disputées.

Troisièmement : Le dialogue doit se faire d’une manière ouverte. Aucunes des choses sacrées pour telle ou telle école ne devraient pas l’empêcher. Chaque partie doit avoir le droit de tout discuter, car le dialogue productif et sérieux est celui qui se fait à l’abri des entraves préalables ; il est celui qui se fait sur la base de la parole divine qui dit : ((Dis : ‘Donnez votre preuve si vous êtes sincères)) (Coran II, 111).

C’est de cette manière que le Coran traite les questions que posaient les polythéistes ou autres. Il répond à toutes les accusations qu’on adressait au Prophète (P) et qui touchaient sa personne ou son Message. Il répond avec objectivité même à leurs fausses et ignobles présomptions au sujet de Dieu, le Très-Haut, sachant que tout cela est inclue dans la sphère du « sacré » pour tous les Musulmans. Il va de soi donc qu’il répond avec la même objectivité aux questions moins importantes.

ِQuatrièmement : Il est peut-être de notre devoir ici d’appeler à ne pas inclure le terme « sacré » dans les questions qui font l’objet du dialogue. Car ce concept est confus quant à ses significations, alors que la logique scientifique affirmée par le Coran et par tous les autres messages divins et une logique qui utilise l’argument, la démonstration et la preuve.

A partir de ce que nous venons de dire, nous pensons que la franchise scientifique doit prendre tout son élan dans les séances islamiques de dialogue, et ce sans aucune réserve quant à la discussion de toute question en rapport avec les désaccord, mais dans le cadre d’un agencement des priorités avec lesquelles le dialogue ne serait pas la victime d’une absence intellectuelle au niveau de la réalité. La réalité et la pensé doivent aller côte à côte afin de permettre au dialogue d’avoir ses échos au niveau de la réalité et son mouvement réaliste sur la scène de la pensée.

Cinquièmement : Il est indispensable de passer du dialogue fondée sur les écrits des anciens appartenant à telle ou telle école, au dialogue entre les penseurs islamiques contemporains, car très nombreuses sont les vues concernant l’autre et qui ont été imposées par les complications du mouvement de l’histoire par le passé, ou par les mentalités de ceux qui ont vécu dans ce passé, alors que le présent est différent du passé quant à son attitude en relation avec l’ijtihâd. La pensée de ceux qui ont vécu par le passé ne représente aucune sacralité même si ceux-là étaient d’une très grande valeur. Confiner le dialogue à la sphère de ce qui a été produit par les anciens ne pourra jamais fonder un mouvement de dialogue sérieux et vivant. Il restreint le dialogue à la seule sphère des points à marquer par une partie face à une autre partie. Il traîne le présent vers l’ambiance de l’histoire, sans que le présent, vu à travers ses éléments historiques ou en rapport avec l’ijtihâd, ne porte aucun trait réaliste.

Sixièmement : Il est nécessaire de s’écarter des polémiques et de l’effort visant à marquer des points de nature confessionnelle par une partie contre une autre partie. Cela exige l’étude de l’utilité de la couverture médiatique du dialogue, car certaines couvertures pourraient transformer le dialogue en un état de provocation des fanatismes qui provoquerait la rue musulmane sur le plan confessionnel au lieu de la côtoyer sur le plan intellectuel.

A partir de ces considérations, il est évident que le caractère sérieux de tout dialogue musulman / musulman en relation avec la rue musulmane sera défini à la lumière des résultats du dialogue et non pas à la lumière de son fonctionnement qui reste provocateur même s’il avance des éléments extrêmement objectifs et scientifiques. Il en est ainsi car nous savons que le mouvement des complications qui pourraient pénétrer dans les milieux populaires pourrait bloquer tout dialogue même s’il est très sérieux.

Septièmement : A partir de ce qui est dit au point précédent, nous estimons que l’élément essentiel qui est responsable de l’échec des précédentes conférences de dialogue, ou du caractère limité de leur résultats au niveau de l’instauration de l’entente entre les confessions ou de l’allègement des tensions, ne serait-ce que d’une manière provisoire, est le fait que ces conférences ne présentaient pas un haut niveau de sincérité dans la mesure où les résultats positifs des dialogues n’ont pas touvé leur chemin vers la rue où il fallait les transformer, par le biais des mécanismes d’instruction populaires, en une nouvelle culture islamique qui placerait le désaccord avec l’autre à l’intérieur du cadre de l’ijtihâd à l’intérieur de l’Islam et non pas à l’extérieur ou face à cet ijtihâd.

D’où, nous pensons qu’il est nécessaire d’effacer cette double polarisation dans le mouvement de dialogue musulman / musulman entre le fait de tenir à ces conférences et le fait d’instaurer la culture capable de descendre au niveau des peuples. Cela exige une révision de toutes les expériences d’instruction menées par les prêcheurs et les intellectuels qui occupent une place intermédiaire entre les dirigeants des conférences de dialogue islamiques et la mouvance populaire. Cela se justifie par le sentiment que nous avons sur l’existence d’une grande distance entre la façon avec laquelle ces dirigeants perçoivent l’autre à l’intérieur du cadre islamique et les vues des prêcheurs qui continuent à emprunter la voie les conduisant à traiter l’autre de mécréant ou d’égaré à partir de considérations obsolètes.

Nous avons le sentiment que ce point est particulièrement important et sensible, car tout dialogue au niveau islamique ne pourra jamais constituer un passage spécifique en avant tant que le dialogue ne serait pas le vecteur d’un climat général où les milieux dirigeants se mettraient à l’œuvre côte à côte avec les milieux populaires. C’est cette orientation qui permet d’amortir les pressions réciproques entre ces deux instances.

Enfin, l’arrogance mondiale se dresse toute entière contre l’Islam tout entier dans une campagne multilatérale et aux objectifs multiples qui ne se réduisent pas aux seules visées politiques et sécuritaires, mais qui fonde une entreprise de déformation culturelle et intellectuelle qui égarent tous les Musulmans dans l’ambiance des concepts brumeux, ce qui permettrait aux arrogants et aux oppresseurs de pénétrer dans les profondeurs de la conscience islamique en introduisant des divisions fondées sur une conception confuse de l’autre qu’on traite de mécréant, d’égaré ou de polythéiste. Notre situation serait alors l’incarnation du Hadîth prophétique qui dit : « Les nations sont sur le point de vous attaquer comme le font les mangeurs devant une écuelle ». Lui demandant si cela sera à cause du petit nombre des Musulmans, il a répondu : « Mais non ; vous serez très nombreux, mais comme l’écume du torrent ». Puis il a dit : « Dieu enlèvera des cœurs de vos ennemis la peur de vous combattre et mettra l’impotence dans vos cœurs ». Et s’expliquant, il leur a dit que l’impotence est « l’attachement à ce bas monde et la crainte de la mort ». (Voir : Sunan Abû Dâwûd, 2/313/4297).

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Le Bureau d’Information de son Eminence,

l’Autorité religieuse,

l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah.

Beyrouth, le 28 Rajab ’II 1428 H /

12 -8- 2007 AP. J. C.