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La visite de Rice vise à brouiller les relations des Arabes avec l’Iran

Fadlallah : Jusqu’où le rôle des fonds arabes restera-t-il réduit à faire flotter les échecs du projet américain ?

Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah, a considéré que la situation actuelle de l’administration américaine la rend incapable de lancer aucune initiative pour résoudre les crises qui sévissent dans notre région arabe et islamique. Il a affirmé que la tournée qu’effectue actuellement dans la région la secrétaire d’Etat américaine a pour but de jouer sur les contradictions arabes intérieures, et ce dans le cadre de l’Autorité unique, comme c’est le cas en Palestine, et des relations extérieures, comme dans les relations arabo-iraniennes, dans le contexte des efforts déployés pour la promotion de la nouvelle stratégie de Bush en Iraq.

Son Eminence a signalé que « les Etats-Unis n’ont rien de nouveau à proposer au sujet de la question palestinienne, et que ce qui se passe ne va pas au-delà de simples consultations portant sur les limites des disponibilités à recommencer les efforts dans le cadre de la feuille de route selon la vision américaine qui propose un Etat palestinien incolore, sans saveur, inodore et qui n’avance en rien quant aux droits palestiniens. Il s’agit en outre d’une tentative de laisser passer le temps à un moment où le retour à la feuille de route ne jouit pas de l’accord des parties concernées ».

Son Eminence a attiré l’attention sur « les déclarations qui ont parlé dernièrement de la nécessité de soutenir l’Autorité palestinienne financièrement et sur le plan sécuritaire afin de lui permettre de prendre des mesures pratiques contre le gouvernement palestinien élu par le peuple et dirigé par Hamas. Il a affirmé que ces manœuvres pourraient renforcer la crise intérieure palestinienne, dans la mesure où elles provoquent un état d’hostilité au sein de la société palestinienne qui n’est profitable qu’à Israël et ses plans d’occupation ».

D’autre part, son Eminence a considéré que la tournée de Rice dans la région du Golfe est une nouvelle tentative américaine qui vise à brouiller les relations des pays arabes avec leurs voisins, iraniens en particulier, à un moment où nous savons que les relations arobo-iranniennes ne sont pas particulièrement mauvaises surtout que l’Iran a maintes fois affirmé aux Arabes qu’il ne prévoit pas la fabrication d’armes nucléaires et que son projet se réduit à profiter des connaissances nucléaires à des fins exclusivement pacifiques.

Son Eminence s’est attardé sur les allégations selon lesquelles la tournée de la secrétaire d’Etat américaine viserait à « assurer un financement arabe du nouveau plan de Bush pour l’Iraq, à un moment où ce plan se heurte à l’opposition des Démocrates au Congrès américain, opposition qui pourrait empêcher le financement de tout plan qui ne serait pas en harmonie avec le rapport Baker-Hamilton. Son Eminence a en outre attiré l’attention sur la déclaration du président Bush au sujet du danger qui menacerait les Arabes au cas d’une défaite des Etats-Unis en Iraq. Cette déclaration ressemble plutôt à une menace adressée aux pays de la région dans la mesure où le lien n’est pas clair entre la défaite des Etats-Unis en Iraq qui serait une défaite de l’occupation, et la défaite des Etats arabes qui n’ont rien à voir avec l’occupation de ce pays ».

Son Eminence s’est attardé sur « la méthode humiliante utilisée par Rice en rassemblant les ministres des affaires étrangères des huit pays islamiques d’une manière qui ressemble plutôt à une convocation, au lieu de consacrer une visite à chacun de ces pays de façon à préserver leur dignité et leur présence dans la politique de la région en général ».

Son Eminence a conclu en se demandant : « Est-ce une fatalité pour les fonds arabes et islamiques de n’avoir qu’une seule fonction, à savoir celle de faire flotter les échecs subis par les projets de l’arrogance mondiale dans la région arabe et islamique, et même -à l’exemple de ce qui se passait autrefois- les états de faiblesse dont souffrent les administrations américaines à l’intérieur de leur propre société !? N’est-ce pas que tout financement à l’heure actuelle des plans américains en Iraq renforcera la crise qui frappe le peule iraquien et les peuples de la région qui refusent l’occupation américaine en Iraq, comme ils refusent les projets arrogants d’hégémonie servis par cette occupation ? ».

Enfin, son Eminence a dit : « Les Etats arabes et musulmans sont appelés aujourd’hui à être à la hauteur de leurs peuples quant à leurs aspirations à la dignité et à l’indépendance. Car si les Arabes et les Musulmans ne prennent pas l’initiative de servir les causes liées à leur sort au moment où l’administration américaine est en proie à la faiblesse et aux contradictions intérieures, c’est à quel moment le feraient-ils alors ? ».

Le Bureau d’information de l’Autorité religieuse
As-Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah

Beyrouth, Le 25 dhû al-hijja 1428 H / 15 janvier 2007 ap. J. C.