Actualités >Communiqués-Archive de 2007 > Le 11 shawwâl 1428 H / 22 octobre 2007 Ap. J. C.

Les médias et la provocation d’une discorde sunnite/chiite au Liban

Fadlallah trouve étranges les allégations de certains sur une discorde sunnite/chiite inexistante au Liban

Fadlallah appelle les instances, les associations et les savants sunnites et chiites à travailler ensemble dans une seule équipe

Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah, a publié un communiqué dans lequel il a répliqué aux allégations qui ont circulé ces derniers temps prétendant qu’il existe au Liban une discorde sunnite/chiite. Voici le texte de ce communiqué :

Parmi les choses qui font poser des points d’interrogation, on signale les allégations qui ont circulé ce dernier temps au sujet d’une prétendue discorde sunnite/chiite au Liban, chose que certains hommes politiques insistent à vouloir mettre au devant de la scène à toute occasion et même à défaut d’occasion. Certains de ceux qui s’activent dans le cadre religieux n’hésitent même pas à répéter ces allégations comme si la question était devenue un fait établi et que ses conditions et ses données sont déjà présentes.

Face à la provocation voulue de ces questions, nous nous interrogeons :

Qu’y a-t-il entre les Sunnites et les Chiites au Liban ? Les Sunnites et les Chiites libanais ont constitué, depuis le début de la question palestinienne, un front uni contre l’ennemi sioniste. Ils ont été le fer de lance face à son projet et à ses ambitions. Ils ont, côte à côte, adhéré à la résistance palestinienne. Ils l’ont aidée en lui offrant des combattants et du soutien matériel. Ils l’ont défendue et, ensemble, ont porté sa cause au monde au niveau des slogans et de l’action. Ils ont réagi positivement à l’Intifada palestinienne et à toutes les causes du monde musulman avec une conscience islamique et arabe vivace, active et ouverte. Même les provocations qui ont eu lieu pendant la guerre libanaise n’ont pas pu créer un problème dans le milieu islamique, sunnite et chiite, même dans les conditions de certaines guerres ambulantes que certains provoquaient pour servir leurs intérêts égoïstes.

Les Sunnites et les Chiites libanais agissent dans le cadre de la diversité politique générale qui marque la vie politique au Liban. Certains d’entre eux soutiennent les loyalistes, alors que certains autres soutiennent l’opposition à l’intérieur d’un processus de diversité intérieure d’appartenance. Certains d’entre eux embrassent tel parti politique ou tel courant politique dans un processus d’interpénétration qu’aucun observateur n’y voyait un engagement sur la voie des dissensions confessionnelles. En effet les choses suivent un parcours dans le sens inverse. Des composantes de chacune des deux parties se trouvent ensemble dans les rangs des loyalistes ou de l’opposition (d’après la terminologie employée par les mass médias au Liban). La communication et les échanges entre les Sunnites et les Chiites sur le plan des soucis quotidiens et des causes du monde islamique, ainsi que l’interpénétration sur tous les plans peuvent constituer un modèle islamique d’unité très singulier dans le monde arabe et musulman. A cela s’ajoutent les alliances matrimoniales entre les familles sunnites et chiites grâce auxquelles sont nées des générations qui sont allées au-delà des sensibilités sectaires qu’on cherche à provoquer dans les conditions des projets américains dans la région. Tout cela va dans le sens de l’identité islamique et arabe unifiée qui met les Sunnites et les Chiites côte à côte dans la défense des causes arabes et musulmanes.

Dès son surgissement, la crise libanaise a été une crise politique et elle le restera. Toutes les questions concernant le khalifat, l’imamat ou les autres questions historiques n’ont rien à voire avec la crise actuelle au Liban. Ce qui pourrait arriver entre les Sunnites et les Chiites, ou à l’intérieur de chacun de ces deux groupes, est arrivé à l’intérieur des autres confessions et catégories. Pour cette raison, et alors que nous trouvons étranges certaines déclarations et attitudes qui brandissent la discorde confessionnelle, nous craignons que cela ne participe aux tentatives médiatiques et politiques qui visent à préparer le terrain à une discorde inexistante, ou à faire installer des conditions et des climats qui ne profitent qu’à l’administration américaine, à Israël et à des parties occidentales qui s’efforcent d’attiser les feux de la discorde dans le monde arabe et musulman pour permettre au deux occupations, américaine et israélienne, de sortir de leur impasse en Palestine et dans la région.

Nous disons à tous ceux qui appellent la discorde de craindre Dieu lorsqu’ils parlent et lorsqu’ils lancent leurs provocations. Nous leur demandons d’être responsables au niveau du discours et au niveau de l’action, et ce pour ne pas être, eux-mêmes et les autres, le combustible de la discorde recherchée par l’administration américaine néoconservatrice. Nous demandons aux Sunnites et aux Chiites d’agir, au niveau des associations, des instances populaires et des savants religieux, pour constituer une seule équipe afin de barrer la route à tous ceux qui guettent leur unité et à tous ceux qui tentent de provoquer des sensibilités à l’intérieur du milieu musulman. Nous demandons aux Sunnites et aux Chiites d’agir dans le sens de défendre l’unité nationale au Liban, en préservant leur unité islamique. Il en est ainsi car nous pensons que le point de départ pour défendre l’unité nationale et pour préserver la paix civile est l’unité des Musulmans, cette unité qui défend les autres et qui s’efforce de construire une patrie où tous les citoyens assument leurs grandes et multiples responsabilités, surtout à ce stade de la vie du Liban et de la région.

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Le Bureau d’Information de son Eminence,

l’Autorité religieuse,

l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah.

Beyrouth, Le 11 shawwâl 1428 H /
22 octobre 2007 Ap. J. C.