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Le fléau confessionnaliste et les moyens de le traiter

La discussion objective recule pour être remplacé par l’état instinctif et sectaire qui bloque la raison et l’empêche de voir clairement.

Fadlallah : L’apparition des mouvements excommunicateurs a imposé la mentalité superficielle sur toute la réalité arabe et musulmane

La région arabe et musulmane passe actuellement dans un état de progression accrue d’excitation confessionnaliste entre les Musulmans, sunnites et chiites, et d’excitation religieuse entre les Musulmans et les Chrétiens. Cela atteint un niveau tel qu’il menace tantôt de provoquer une discorde, tantôt de provoquer une guerre civile, ce qui, par conséquent, se traduit par un danger qui n’épargne aucune partie, aucune confession et aucune religion.

La question qui se pose est de savoir pourquoi l’excitation confessionnelle, religieuse ou ethnique est-elle si facile dans notre monde, au lieu de l’ouverture vis-à-vis de la sphère plus large ici et là ? Pourquoi, dans ce contexte, le phénomène confessionnaliste constitue-t-elle le chaînon le plus faible pour l’intervention des services de renseignement régionaux, internationaux et locaux qui oeuvrent pour diviser et éparpiller les adeptes d’une seule et même religion, d’une seule et même patrie, afin de servir les intérêts de tel axe international ou régional ou de telle partie intérieure ? Et pourquoi les masses rejoignent-elles spontanément et immédiatement cette excitation, au point de faire de son action un danger pour elles-mêmes, pour ses peuples et pour ses patries ?

Pour répondre, nous abordons les trois points suivants :

Premièrement : L’instruction religieuse qui est l’affaire des dirigeants religieux, surtout de ceux qui travaillent au service de telle ou telle partie politique, ne tente pas d’attacher les gens à la raison, que ce soit dans la saisie des questions, dans la prise de positions ou dans la définition de la ligne à suivre dans l’action. Ce que, le plus souvent, nous le constatons dans le discours religieux, est qu’il évolue au niveau de la surface et non pas au niveau des profondeurs, au niveau de la forme et non pas au niveau du contenu. Cela conduit les masses à s’accoutumer à cet état des choses qui dévient une méthode qu’elles suivent systématiquement dans toutes leurs affaires.

S’il en est ainsi pour ce qui est des deux discours religieux et confessionnels, la majeure partie du discours politique ne se manifeste, quant à elle, loin du superficiel, du formalisme et de la prise à la légère des entendements des gens. Les gens sont ainsi intoxiqués par ce discours au point qu’ils traitent d’irréalisme et de trahison tous ceux qui vont vers les profondeurs, tous ceux qui s’adressent à l’entendement des gens et non pas à leurs instincts.

Le plus dangereux est que certaines parties parmi celles qui font office d’instructeurs religieux ou politiques, et qui ne possèdent pas la compétence nécessaire, exploitent la loyauté des masses et leur attachement aux grandes causes afin de les laisser au niveau de la surface, car au cas où les masses allaient vers les profondeurs, elles pourraient découvrir les failles de ces dirigeants et ne plus reconnaître leur légalité et leur sacralité.

Deuxièmement : Cette orientation qui a marqué la mentalité orientale ou la mentalité de ce qu’on appelle le Tiers-monde, fonde tous les cadres sociaux et politiques sur la base de les éloigner du rationalisme, ce qui fait fonder le lien avec la personne, le parti, le mouvement, la tribu, le clan, l’association et l’institution, sur la base de l’affectivité et de l’instinct tels qu’ils sont dictés par certains fanatismes historiques, politiques ou familiaux. Cela n’est pas fondé sur la considération de ces cadres comme des sources de richesse pour les individus à travers la diversité dans l’unité. Il est plutôt fondé sur la suppression de l’activité de la raison chez les individus en les faisant fondre dans ce cadre ou dans l’autre. Il n’est pas fondé non plus sur des projets ayant une valeur objective repérable à l’intérieur ou à l’extérieur du cadre donné. Dans ce sens, les cadres en question deviennent par deux fois négatifs dans la mesure où ils perpétuent le faux modèle d’instruction qui laissent les masses au niveau de la surface et non pas au niveau des profondeurs… Mais dans des cadres qui ont une apparence en conformité avec les produits de la civilisation des temps modernes.

Troisièmement : L’accoutumance à l’état confessionnaliste, ou sectaire en général, a créé un terrain propice qu’exploitent des parties politiques pour donner un caractère confessionnel aux conflits politiques dans le but de rendre brumeuse la vision des masses et les empêcher de voir clairement la réalité des choses. Cela se manifeste avec ardeur lorsque les pouvoirs en place perdent les éléments de leurs forces populaires et ne retrouvent plus leur légalité objective. Ils s’efforcent ainsi d’exciter la sensibilité confessionnelle, ethnique ou régionale dans le but d’acquérir une plus-value à travers la sacralité de l’appartenance confessionnelle, ethnique ou géographique des masses. De cette façon, l’état politique de la discussion objective des questions de la religion et de la patrie se met à reculer pour être remplacé par l’état instinctif et communautaire qui bloque la raison et l’empêche de voir clairement.

Quatrièmement : Ce qui a rendu la crise encore plus tendue, c’est l’apparition des mouvements excommunicateurs qui ont imposé leur mentalité superficielle dans la saisie du contenu religieux et la définition des règles et des moyens de l’action sur toute la réalité arabe et musulmane. Surtout que ces mouvements ont adopté la couleur confessionnelle comme un moyen pour exciter les masses, d’une part, et pour faire leurs le slogan de la résistance contre l’occupation, d’autre part, tout en profitant de certaines erreurs pouvant être commises par des éléments appartenant à la confession opposée. Cela a assuré à ces mouvements excommunicateurs une couverture populaire confessionnelle qui est restée, elle aussi, attachée à la surface, en paralysant toute critique ou refus qu’on pourrait leur adresser. Le plus dangereux est que les dirigeants de telle ou de telle confession ont d’ores et déjà peur de leurs masses : Elles évitent de se heurter avec elles par leurs discours religieux et confessionnel, ce qui fait de la base le vrai instructeur des dirigeants et non pas le contraire. Le comble est de voir, de ce fait, la sacralité octroyée à l’état fanatique fermé au lieu d’être donnée à la raison et à l’ouverture.

A partir de ces données, nous sommes tous appelés à assumer nos responsabilités et à œuvrer pour rationaliser la pensée religieuse et confessionnelle ainsi qu’à empêcher l’état religieux et confessionnel d’être un état de fermeture, de pétrification et de fanatisme, et ce en nous centrant sur les constantes communes, que ce soit au niveau du contenu religieux et confessionnel, ou au niveau des outils d’évaluation, pour faire du dialogue le moyen idéal de gérer la différence qui fait partie de la nature humaine. Cela permet de transformer le désaccord en un état de diversité et la discordance en un état d’enrichissement pour tous. D’autre part, la présence de ces constantes fait soumettre chaque évaluation aux éléments objectifs qui s’imposent pour ne pas mettre dans un même panier les lieux de corruption et les slogans confessionnels, ou les expressions de trahison et les slogans sectaires, ou encore la criminalité et le leadership politique, car la corruption n’a ni religion ni confession ni secte. Et il en est de même pour ce qui est de la trahison, du crime de l’oppression et de la déviation.

Il est nécessaire pour tous, tout au long de notre monde arabe et islamique, d’agir pour ne pas continuer de faire de l’appartenance à un parti, à un mouvement ou à toute autre organisation politique ou sociale un état fanatique qui réduit l’attachement au seul slogan ou au seul titre, annulant ainsi la diversité en son sein et s’enfermant ainsi par rapport à l’extérieur. Il faut agir dans le sens de l’attachement à la dimension intellectuelle de façon à permettre à ce cadre ou à l’autre d’inclure la diversité à l’intérieur de l’unité. De façon à permettre à l’individu de s’opposer à un projet ou à une idée émanant du cadre même auquel il appartient, et d’adopter un projet ou une idée sur la base de leur représentativité de l’intérêt général. L’engagement dans l’action politique ou sociale des partis et des ,mouvements est une forme d’organisation qui doit être régie par l’état de dialogue intérieur continu dans le cadre des constantes fondamentales qui font l’assise du parti, du mouvement ou de tel et tel autre cadre, ce qui constitue un élément de richesse pour les membres du parti et pour la société, ce qui lui permet aussi de produire ses propres dirigeants ainsi que les dirigeants de la patrie et de la nation.

Le Bureau d’information de l’Autorité religieuse
As-Sayyid Muhammad Hussein Fadlallah

Beyrouth, le 06 Moharram1428 H / 26 janvier 2007 ap. J. C.