| Pour un dialogue entre toutes les parties libanaises |
Fadlallah exprime sa crainte de voire la pace libanaise en proie à des dissensions issues des divisions arabes.
Fadlallah : Pour un dialogue entre toutes les parties libanaises à même de mettre en échec le retour des secousses sécuritaires et politiques à leur niveau précédent.
Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah, a rendu public un communiqué dans lequel il a commenté les dernières évolutions dans la région. Voici le texte de ce communiqué :
Beaucoup de choses changent dans la région. Des changements majeurs au niveau mondial commencent à peser sur la situation dans la région. Cela se reflète sur la situation au Liban d’une manière ou d’une autre. Mais le problème est que tout cela se passe en l’absence de tout plafond politique et sécuritaire qui empêcherait les changements d’apporter avec eux des événements dramatiques notamment sur le plan sécuritaire.
Nous nous attendions à ce que les changements mondiaux, surtout ceux qui ont frappé de plein fouet les Etats-Unis et leur projet impérial, donnent lieu à une entente dans les relations interarabes. Cependant, nous avons constaté, au contraire, que certains axes internationaux font des pas en avant vers tel ou tel Etat arabe ou islamique, alors que les Etats arabes font des pas en arrière quant au ravalement de leurs relations. Ces Etats ont lancé une nouvelle phase de dissensions au milieu de paris de plus en plus poussés sur l’espoir de voir la tension politique et les secousses sécuritaires aboutissent à un recul de la position de tel ou tel Etat, ou même à un effondrement de leur engagement. Ce qui a surgi est l’apparition d’un fossé qu’est ce vide sécuritaire face à Israël. De plus certains parient sur ce vide en espérant qu’il ouvre une fissure dans le mur politique par laquelle les intermédiaires internationaux pourraient s’introduire sous les signes de l’établissement de nouvelles relations entre les Etats arabes et Israël, sans que les relations interarabes ne retrouvent leurs cours normal.
D’aucuns parient, peut-être, sur l’éventualité de voir Israël revenir à établir avec les Etats arabes des relations semblables à celles de l’étape antérieure à condition que ces relations soient fondées sur la règle d’une reconnaissance arabe définitive et entière de l’entité ennemie et d’un renoncement total à revendiquer les droits des Palestiniens.
Il est vraiment désolant de voir les relations interarabes sombrer ainsi dans l’abîme, à un moment où les responsables sionistes, avec en premier lieu leur Premier ministre démissionnaire, reconnaissent la faillite totale de l’Idée du Grand Israël, le caractère caduc de la guerre classique, et l’impossibilité de changer l’image qu’est celle de la défaite d’Israël et de son recul même si Israël avait engagé toute son armée dans la guerre de juillet 2006.
Ce qui est flagrant, dans le tableau actuel du monde arabe, est la reconnaissance -par ceux qui sont classés dans la catégorie des ennemis historiques de la Nation- de leur impuissance et de leur faiblesse, et -par ceux qui sont classés dans la catégorie de la conspiration arrogante contre la Nation depuis des décennies- de leur échec, de leur recul et de la chute de leur projet, sans que tout cela n’incite en rien tel ou tel Etat arabe à se redresser, à prendre la partie des causes de la Nation, à rassembler les potentialités et à penser sérieusement aux moyens qui permettraient à la présence arabe d’occuper le devant de la scène, de s’intégrer avec une plus sensible présence islamique et de tracer une image vivante d’une Nation qui a un besoin pressant de prendre part à la décision internationale, surtout à cette étape où s’écroulent des puissances mondiales, se déstabilisent les relations internationales et oscillent la confiance des axes de l’arrogance les uns aux autres.
Ce qui est encore plus extravagant c’est cette vision dramatique qui continue à nicher dans les arrière-fonds de certaines forces politiques arabes, ces forces qui ne voient un rôle arabe qu’en marge des rôles des autres, ces forces qui ne se mettent pas en action pour forger une stratégie à même de défendre les causes arabes et islamiques tout en aspirant à un rôle arabe qui se proposerait de récupérer son efficacité à travers la confrontation avec Israël ou à travers la formation d’un front réunissant même toutes les contradictions et tous les contrastes. Nous avons entendu il y a quelques jours un responsable arabe appeler à la formation d’un front politique régional qui réunirait les Arabes, Israël, l’Iran et la Turquie !
Nous remarquons que les Arabes, vus à travers la plupart de leurs modèles politiques officiels, ont décidé d’abandonner l’espace de l’action pour rejoindre l’espace de l’inaction face aux évolutions en cours dans le monde. Ils ont décidé de se révolter contre toute forme de communication entre eux et de s’entendre pour bâtir, entre eux, des citadelles d’adversité et d’animosité, ce qui fait craindre non seulement la chute rapide de la ligue arabe, le recul, la perte du rôle, de l’influence et de l’aspiration à ressusciter l’action arabe, mais aussi l’effondrement de la scène libanaise, dans la mesure où les messages ne portent aucune sorte d’affection à ce pays qui redevient un terrain ouvert aux conflits arabes, à ce pays où le discours récupère son niveau primaire pour solliciter les retour des Arabes aux modes de relations précédentes, alors que les Arabes s’adressaient à certains Libanais leur demandant de reprendre raison, de forger leur unité et de préserver leur pays.
Face à cette réalité, nous appelons les Libanais à l’action sérieuse et responsable en vue de préserver leur unité et leur pays, à partir du dialogue entre toutes les parties, dialogue appelé à préparer une phase de véritable entente qui ruine tous les paris intérieurs et extérieurs sur le retour du déséquilibre sécuritaire et politique à ses niveaux antérieurs. Cette entente barre la route à tous ceux qui cherchent à profiter de la situation et des conditions régionales actuelles pour s’introduire dans la place intérieure. Ne pas se hâter de trouver des solutions à travers le dialogue intérieur conduira à un vide qui sera exploité par les opportunistes et les choses pourraient atteindre un niveau où les dissensions interarabes pourraient miner le consensus des Libanais et leur entente intérieure.
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Le Bureau d’Information de son Eminence,
l’Autorité religieuse,
l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah.
Beyrouth,
Le 05/10/2008 Ap. J. C. / 06 shawwâl 1429 H
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