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Des peuples condamnés à la mendicité

Le sommet de Rome sur la crise alimentaire s’est transformé en une tribune de démagogie afin de maintenir nos peuples en état de mendicité.

Fadlallah appelle à une coopération arabe et islamique pour faire face aux conséquences de l’alliance entre la mondialisation et l’arrogance.  

 

Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah, a rendu public un communiqué dans lequel il a commenté le sommet de Rome sur la crise alimentaire. Voici le texte de ce communiqué :

En allant côte à côte avec le renforcement du phénomène de l’arrogance mondiale, la mondialisation a créé un profond fossé, sur le plan économique, entre les grandes puissances et les pays pauvres et sous-développés. Ce fossé ne s’est pas traduit seulement par un accroissement sans cesse grandissant des taux de famine et de pauvreté, mais également par une hausse du niveau d’exclusion de toute valeur humaine. La spoliation des potentialités des peuples démunis et de leurs richesses est devenue un facteur qui marque l’activité économique mondiale contrôlée par les grandes puissances arrogantes, tantôt par l’intermédiaire de la Banque Mondiale et le Fond Monétaire International, tantôt par l’Organisation du Commerce International et les firmes internationales.  A tout cela s’ajoutent les résolutions qui émanent du Conseil de sécurité et qui couvrent beaucoup d’arrière-fonds économiques d’exploitation qui saccagent les richesses des peuples démunis et déshérités.

Nous avons constaté qu’à travers les discussions sur la crise alimentaire qui sévie actuellement sur le plan international, l’essentiel des motivations des pays qui contrôlent l’économie mondiale est de garantir la continuité de leur contrôle des marchés et celle de l’appauvrissement des peuples qui sont aux prises avec davantage de pauvreté et de faim, appauvrissement qui va de pair avec les dangers qui menacent les structures sociales et sécuritaires de ces peuples. Nous avons vu comment le sommet de la nourriture qui s’est tenue dernièrement à Rom s’est-elle transformée en une tribune de démagogie langagière dans les conditions de l’impuissance totale des Nations Unies. Cela se passe à un moment où les affamés du monde crient mais n’obtiennent, en réponse, que des communiqués démagogiques et des promesses sans fondement loin de toute véritable initiative réaliste sur le terrain car, dans la logique de l’arrogance mondiale, ce qui est recherché et d’assigner les peuples de ce qu’on appelle le Tiers-monde, y compris nos peuples arabes et musulmans, à l’état de mendicité malgré leurs gigantesques richesses soumises à la spoliation par les grands.

Nous pensons qu’une maladie est en passe de sévir progressivement dans le monde. Il s’agit du manque de justice et de valeurs morales et humaines dans la gestion des affaires de l’homme sur tous les plans. L’homme y est devenu un simple chiffre, une équation commerciale et les richesses du monde sont d’ores et déjà sous le contrôle des firmes monopolistes qui ne voient pas d’inconvénient à détruire beaucoup de ces richesses pour protéger le haut niveau de leurs prix, ou à épuiser la nourriture, au détriment de la faim des démunis, pour produire des biocarburants. La théorie islamique de l’intégration mondiale visant à maintenir l’équilibre de l’humanité est fondée sur un système de valeur qui ne se réduit pas à considérer dans les détails les affaires de l’individu, mais s’étend, à travers des institutions et des entreprises, pour couvrir toute évolution dans l’action de l’homme. C’est dans ce sens que nous comprenons les paroles de l’Imâm ‘Alî (p) lorsqu’il dit : « Dieu, a Lui la Grandeur, a associé les pauvres aux biens des riches. Aucun pauvre n’a faim que dans la mesure qu’un riche se réjouit de ce qu’il mange. Et ils seront interrogé à ce sujet par Dieu », ou lorsqu’il dit : « Je n’ai jamais vue une fortune sans voire à son côté un droit usurpé ». Mais ce qui est urgent de nos jours, ce n’est pas de promouvoir seulement la valeur du don, de la charité et du respect de l’humanité de l’autre, mais aussi de stopper la spoliation par les Etats arrogants des richesses des peuples démunis, en profitant de leur ignorance et de leur peu de connaissance en ce qui concerne le profit à tirer de leurs richesses dans le but d’améliorer leur situation.

Il est regrettable de voire les instances religieuses concernées par les valeurs et la morale ne plus se soucier, elles aussi, de l’instruction basée sur les valeurs morales et humaines. Elles s’emploient, directement ou indirectement, à couvrir, sous de nouvelles désignations, ce mode sauvage de conduite mondiale arrogante et exclusive de l’homme. Il est devenu aberrant de nos jours d’entendre parler des valeurs dans le monde au point que de nouvelles valeurs politiques, économiques et sécuritaires n’ayant aucun trait aux valeurs humaines et morales sont mises en place.

Nous demandons à nos peuples d’œuvrer avec conscience pour éviter d’être broyés davantage sous les modes économiques des grandes puissances, et trouver des issus pour sortir de la sphère de la consommation, surtout au niveau des produits de luxe. Ils devraient œuvrer, en tant qu’Etats et instances humaines et civiles, afin d’inventer des méthodes pratiques pour faire face à ce système économique sauvage. Ils devraient prendre en considération les particularités de chaque pays pour mieux utiliser leurs potentialités et leurs richesses afin que les autres aient besoin d’eux et afin de trouver les moyens de se développer en comptant sur eux-mêmes.

Il est à craindre de voir beaucoup de nos Etats et peuples ne plus pouvoir acquérir les facteurs de force sur le plan agricole et industriel et de se laisser influencer par des suggestions étrangères d’investir dans des domaines où ils ne possèdent pas assez d’expérience pour y réussir, ni assez de mécanismes pour les développer, ce qui les conduirait à ne plus pouvoir contrôler leurs économies au présent et surtout à l’avenir.

L’Islam considère comme priorité la sécurité alimentaire des peuples du monde. Il refuse tout chantage dans ce domaine et considère l’autosatisfaction économique comme une partie originale et intégrante de l’action des peuples en vue de défendre leurs indépendances, de protéger leur souveraineté et de préserver leur dignité. Ainsi, nous appelons les Etats islamiques et arabes, surtout ceux qui prospèrent grâce à la hausse des prix du pétrole, à une véritable coopération pour sortir de cette impasse, et de participer à aider les Musulmans à se débarrasser de leur pauvreté qui ne conduira qu’à davantage de problèmes sociaux et sécuritaires. Tous les Etats et leurs dirigeants devraient s’orienter vers les perspectives d’une réflexion portant sur l’intérêt de la Nation et des peuples, et considérer que tout ce que Dieu a donné à leurs pays en matière de richesses sont la propriété de la Nation toute entière, au présent et à l’avenir, et ne sont pas la propriété d’une seule catégorie ou d’un seul groupe. Dieu leur demandera à eux tous au sujet de leurs plans visant à investir ces richesses de manière à promouvoir la situation de leurs peuples.             

Le Bureau d’Information de son Eminence,
l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah.
Beyrouth, Le 09/06/2008 Ap. J. C. /  05 jumâdâ II 1429   H