Actualités > Divers - Archive > Le 29-12- 1429 H / 08-01-2008 Ap. J. C.

Message aux peuples arabes et musulmans à l’occasion du nouvel an hégirien

Fadlallah : La phase actuelle est la plus critique dans notre Histoire ; Nous devons ne pas nous contenter de blâmer le monde extérieur !

Son Eminence, l’Autorité religieuse, l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah, a adressé un message aux peuples arabes et musulmans à l’occasion du nouvel an hégirien. Voici le texte de ce message :

Pour nous, les Musulmans, le calendrier hégirien représente notre histoire dynamique avec laquelle il nous est indispensable de nous rappeler toutes les étapes de la marche islamique. Par conséquent, l’adoption de ce calendrier acquiert le sens d’un dynamisme islamique que nous devons adopter et nous y engager sans complexe face aux autres calendriers. A l’occasion du nouvel an hégirien, nous aimerions nous arrêter devant certains faits :

Premièrement : l’hégire, l’Emigration, reflète, sous son aspect comme réalité historique, l’état des épreuves difficiles et des grands défis qui ont été lancés au Prophète et aux Musulmans parmi ses compagnons, à un moment où l’islam prévoyait d’entamer une nouvelle phase dans la perspective de l’Appel, de la culture, de l’action, de l’édification de l’Etat, de la confrontation avec les défis et de la gestion du conflit, avant que l’Islam n’eusse pu imposer sa présence dans la réalité arabe à côté des autres parties et puissances. Cela nous exige, nous qui sommes le prolongement de cette marche, d’assumer nos responsabilités afin de reconstruire l’histoire et non pas de nous réduire à ressasser les pages glorieuses de cette histoire, surtout que notre situation actuelle est ouverte à plus d’une dégringolade alors que Dieu dit : ((C’est une communauté de jadis ; à elle ses acquis, à vous les vôtres. Vous n’avez pas à répondre de leurs actions)) (Coran, II, 134).

Deuxièmement : La phase actuelle que nous vivons est l’une des plus critiques dans notre histoire islamique. L’arrogance et le mal se proposent de détruire l’Islam, sa politique, son économie et sa culture. C’est une phase qui a enfoncé toute la réalité islamique dans les labyrinthes de la politique internationale et de l’économie mondiale arrogante. C’est une phase qui a mis les Musulmans aux prises avec d’innombrables problèmes mineurs et marginaux qui risquent de ne laisser à l’Islam aucune force qui lui permettrait de participer à déterminer le sort du monde, de le détourner d’être un régime ouvert à la vie des Musulmans afin de mettre au point leurs lois et leurs réglementations. C’est une phase dans laquelle la simple revendication de mettre l’Islam en application devient un délit pour lequel on est conduit devant les tribunaux même dans les pays musulmans.

Pour toutes ces raisons, les Musulmans doivent récupérer les perspectives de l’Emigration afin de pouvoir redonner à l’Islam son dynamisme dans la conscience des générations et dans les rapports de la réalité. Les Musulmans doivent unifier leurs positions, leurs attitudes et leurs aspirations afin d’affirmer la force réelle dont ils disposent grâce aux richesses naturelles qui gisent dans leur sous-sol, grâce aux situations stratégiques de leurs pays, grâce à la pensée qui anime leurs potentialités, grâce à l’esprit qui sublime la matière et grâce aux valeurs qui se répandent dans la vie réelle. Ils doivent refuser l’arrogance, toute l’arrogance, d’un refus absolu sous toutes ses formes. Nous devons émigrer de la situation de faiblesse vers la situation de force, de la situation d’impuissance vers la situation de puissance, de la marge de l’histoire vers l’efficacité dans la construction de l’histoire.

Troisièmement :

Nous devons ne pas nous contenter, en réaction à la dégringolade de notre réalité intérieure, de blâmer le monde extérieur, même s’il est le principal auteur de cette dégringolade. Nous devons ne pas être inattentifs à nos points faibles dont l’ignorance, le fanatisme, la fermeture et l’extrémisme qui portent certaines catégories à excommunier, à assassiner, à perpétrer des attentats et à détruire. Cela a fait que les Musulmans soient devenus comparables à des pièces déchirées ; ils ne s’ouvrent pas les uns vis-à-vis des autres et les uns ne soutiennent pas les autres. Nous devons rentrer vers le Livre de Dieu qui dit : ((Si vous vous disputez en quoi que ce soit, renvoyez-le devant Dieu et le Messager)) (Coran IV, 59). Nous devons rentrer vers le Messager de Dieu (P) qui a dit : « Le Musulman est, par rapport à l’autre Musulman, comme un édifice serré de plomb : Chacune de ses parties renforce les autres ». Le Messager de Dieu (P) a dit aussi : « Le Musulman est, par rapport à l’autre Musulman, entièrement illicite : Son sang, ses biens et son honneur ». Ce sont ces déchirures qui sont à l’origine de la perte de la Palestine et qui continuent à nous faire perdre ce qui est au-delà de la Palestine. Ce sont elles qui ont préparé à l’occupation un climat favorable pour s’installer et rester pour longtemps dans nos pays tout en exploitant les moyens qu’utilisent certains groupes excommunicateurs en montrant l’Islam sous l’image d’une religion qui adopte la violence, qui encourage la terreur et qui ne respecte ni la justice ni la paix. On a ainsi déformé beaucoup des concepts spirituels, moraux et humains de l’Islam, ce qui conduit à le regarder comme une religion peu digne de la vie et peu apte à construire une civilisation humaine.

Quatrièmement : Si le début de notre calendrier hégirien nous ouvre à ‘Achoura’, nous appelons à faire de cette occasion une occasion islamique ouverte aux causes de l’unité avec le rejet de toutes les méthodes de sensibilisation basée sur l’excitation, méthodes qui pourraient porter atteinte à l’Islam, à son unité et à son avenir. Il en est ainsi car les valeurs revendiquées par al-Hussein (p) n’ont été que celles de l’Islam au niveau desquelles se rencontrent tous les Musulmans. Prenons donc de l’histoire ses valeurs telles qu’elles s’expriment dans l’action de ses grands auteurs qui sont à suivre comme exemples, et laissons tomber ses particularités dont les auteurs en sont les seuls responsables.

Enfin : Les premiers Musulmans ont, de toutes leurs forces, assumé leurs responsabilités envers l’Islam afin de nous le transmettre. Ils y ont contribué, chacun selon son expérience et sa culture pour ce qui est de la construction de l’histoire. Quant à nous, nous qui sommes le prolongement de toutes les générations islamiques, nous devons considérer l’Islam comme un dépôt divin qui est mis entre nos mains en tant que pensée, en tant qu’esprit, en tant que méthode d’action et en tant que loi. Nous devons assumer nos responsabilités en le sauvegardant en tant que doctrine, en tant que loi, en tant que valeurs et en tant que méthode d’action. Nous devons faire de nos différents une source de richesse à activer par le dialogue, une source de fierté à partir de l’unité autour de nos causes communes et un point de départ de l’action pour relever les défis. Cela nous est indispensables à cette phase pour construire une nouvelle histoire qui assurerait à la Nation sa fierté et qui redonnerait à l’Islam son dynamisme et sa vivacité.

Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux

Le Bureau d’Information de son Eminence,

l’Autorité religieuse,

l’Ayatollah Muhammad Hussein Fadlallah.

Beyrouth, le 29-dhû al-hijja -1428 H /

08-01-2008 ap. J. C.