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L’avortement
L’avortement du point de vue de
son Eminence l’Autorité religieuse Muhammad Hussein Fadlullah
Dans la conception islamique, la conception est
illicite à partir du moment où commence le processus de fécondation et
lorsque l’ovule fécondée s’implante sur la paroi interne de l’utérus
entamant ainsi le voyage de la vie. Ceci dit, l’avortement est illicite
par respect de la vie dès son déclanchement. A entendre par ‘la vie’ la
vie dans ses conditions naturelles telles qu’elles se présentent à
l’intérieur du corps de la mère.
Polémique jurisprudentielle au
sujet de l’avortement
Il y a deux cas qui ont fait
l’objet d’une polémique jurisprudentielle au sujet de l’avortement :
Le premier : « Si la grossesse induit un dégât
considérable pour la femme. Il ne s’agit pas du dégât ordinaire induit
par la nature de la grossesse, mais du dégât peu ordinaire. Et si la
grossesse pose un grand problème que la mère ne peut pas supporter. Dans
cette situation, certains de nos jurisconsultes, dont notre professeur
Abû al-Qâssim al-Khû’i, avec lequel nous nous accordons par ijtihâd*,
considère l’avortement comme licite, et ce à partir de la règle coranique
disant : ((Il (Dieu) ne vous a imposé aucune gêne dans la religion))
(Coran XXII, 78), dans la mesure où certaines grossesses sont difficiles
pour la femme et le fait de ne pas avorter peut lui causer des gênes et
des dégâts, alors que Dieu n’a imposé dans Ses prescriptions aucune
prescription qui pourrait causer des gênes et des dégâts. Il est donc
licite d’avorter dans une telle situation ».
Le second : « Si la grossesse constitue un danger pour
la vie de la mère. Certains jurisconsulte, dont As-Sayyid al-Khû’i aussi,
considèrent comme licite, pour la mère, de se défendre même en avortant.
Nous somme d’accord avec lui car il ne s’agit pas là d’un homicide
primaire mais d’un moyen de se défendre. Certains comparent cette
situation à celle où une personne inconsciente arrive et se jette
lourdement sur une personne endormie de sorte à constituer pour sa vie un
danger qu’elle ne peut écarter qu’en poussant l’attaquant d’une manière
qui pourrait même causer sa mort. Il est loisible, dans cette situation,
de le faire sous le titre de la défense de soi ».
« Certains autres jurisconsultes avancent que, dans
cette situation, il faut attendre le décret de Dieu à ce sujet,
s’empêchant ainsi de donner un avis au sujet de l’un ou de l’autre
problème ».
S’il fallait choisir entre la vie de la mère et celle
de son embryon, la décision revient à la mère. Elle a le droit de se
défendre en avortant, et personne d’autre n’a le droit de décider à sa
place, que ce soit le médecin, le tuteur de l’enfant ou le juge légal,
sauf à partir de l’avis de ce dernier pour lequel l’avortement est
licité. Mais il est loisible, pour le médecin de la faire avorter dans la
situation où l’avortement s’avère être le seul moyen de sauver sa vie. La
règle de la précaution doit être respectée dans ces conditions.
Si la femme est illicitement enceinte, par adultère ou
suite à un mariage secret (de jouissance ou autre), « il lui est permis
d’avorter, dans la situation où elle se sent en danger que lui cause la
grossesse, ou la société où elle vit, ou si elle est prise d’une grande
honte, ou d’une gêne ordinairement insupportable, mais à condition que le
fœtus n’ait pas encore atteint la phase dite de « l’insufflation de
l’âme. L’avortement n’est pas licite à ce stade sauf si la vie de la mère
court un danger certain ».
Pour ce qui est de l’enfant adultérin, par exemple, le
seul fait d’être ainsi « justifie la licité de le faire avorter ». Mais
cela n’est pas justifié légalement dans ce genre de situations. Il est
légal dans une seule situation, à savoir celle où la mère craint un
danger pour sa vie consécutif au fait de conserver l’enfant, comme dans
le cas où elle craint d’être tuée par sa famille ».
Mais il existe des situations où la femme peut
avorter. Par exemple, une femme qui a subit un viol qui lui a causé des
tourments psychiques seulement n’a pas le droit d’avorter. Mais dans le
cas où une telle grossesse représente, pour la femme, une honte
insupportable du point de vue social, l’avortement reste loisible avant
l’insufflation de l’âme. Il existe des situations dans lesquelles une
femme subit un viol ou une tromperie et, tombant enceinte, elle se trouve
en danger d’être tuée ; il lui est loisible, dans cette situation
d’avorter pour sauver sa vie.
Pour ce qui est de l’homme, il n’a aucune
responsabilité à porter dans la question de l’avortement, que celui-ci
lui porte une atteinte ou un dégât ou non. La grossesse est une question
qui concerne la femme et les risques qui l’entourent concernent la femme
toute seule. Et de ce fait, la légalité et l’illégalité de l’avortement
sont l’affaire de la femme et non pas de l’homme.
La déformation du fœtus ne
justifie pas l’avortement
Nombreuses sont les personnes qui se trouvent
confrontées au problème de la déformation du fœtus. Selon la conception
islamique générale, l’avortement n’est pas loisible dans cette situation,
sinon cela nous aurait donné le droit du tuer les personnes atteintes
d’une malformation physique. Et pourquoi construire des hôpitaux pour
soigner ces personnes si le principe est le même ? Et si l’on se donne le
droit de tuer le fœtus en malformation, qu’est ce qui nous empêcherait de
le tuer quand il sera adulte ? Les deux cas sont problématiques aux yeux
des gens. Et pourquoi ne pas penser à la médecine qui peut évoluer et
contribuer, d’une manière ou d’une autre, à trouver une solution à ce
problème » ?
Quant à l’avortement par crainte de la malformation en
raison de l’exposition à un produit radioactif, il est illicite car « le
dégât qui justifie l’avortement est celui qui touche la femme enceinte et
non pas le foetus ».
Au sujet de l’avis pour lequel la médecine est capable
de procéder à un diagnostique rigoureux qui révèle la présence de
malformations physiques qui rendent le fœtus inviable, comme lorsqu’on
constate la présence d’un fœtus n’ayant pas encore de crâne, « cette
question peut avoir une liaison avec l’aspect éthique du problème, à
savoir la question de la vie. La vie de la créature est-elle une question
ordinaire qu’on peut soumettre à des conditions matérielles ? En d’autres
termes, est-il logique de dire qu’une créature va naître et je la tue car
je ne veux pas d’ennuis ? Cela d’un côté. D’un autre côté, nous pensons
que certains cas ne relèvent pas du domaine de l’impossible car la
médecine a fait des progrès dans ces domaines, ce qui doit nous inciter à
lui donner l’occasion de vivre. Et comme nous venons de le dire, si la
question est celle des ennuis qu’il peut nous causer, pourquoi alors nous
dépensons de l’argent pour soigner et entretenir les invalides et les
handicapés ? Même les personnes qui souffrent de maladies incurables ne
devraient-elles pas vivre et souffrir si l’on suivait cette règle ? Il
s’agit là d’une question de principe ».
D’autre part, il n’existe pas de diagnostic efficace à
cent pour cent. L’outil utilisé peut cacher une faille technique. Le
diagnostique lui-même peut être faux, et notre décision jurisprudentielle
ne peut pas être celle qui condamne toute personne que le diagnostic
considère comme malformée alors qu’il nous arrive, dans beaucoup de cas,
de nous rendre compte de la présence d’une erreur de diagnostic ayant
identifié des malformations. J’ai eu une expérience personnelle à cet
égard : Ma femme était enceinte et elle souffrait d’une certaine maladie.
Les médecins ont donc prévu la naissance d’un enfant malformé, mais il
était, à sa naissance, l’un des mes plus beaux enfants. En conclusion,
les lois générales ne peuvent jamais être universelles. Même les lois de
la médecine comportent soixante-dix ou quatre-vingt-dix pour cent de
justesse alors que les trente ou vingt pour cent qui restent n’entament
pas leur justesse. Si nous poussons vers les détails, nous pouvons
constater que les trente pour cent font la règle dans beaucoup de
situations. Pour cette raison, il nous faut, dans notre vie, accepter les
aspects négatifs dans l’application de la loi générale qui protège les
aspects positifs.
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