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Le voile : réalité et problèmes
La fonction de régulation morale
Le voile est l’un des éléments constitutifs de
l’identité et de l’image de la femme musulmane. Quelle est la philosophie
de son adoption du point de vue législatif comme étant une
obligation religieuse?
* Pour saisir l’arrière-fond philosophique de la législation qui a
institué le port du voile en Islam, il faut répondre tout d’abord à la
question suivante : Est-il nécessaire de réglementer la relation entre
l’homme et le femme ? La relation entre l’homme et la femme
appartient-elle au cadre de la liberté individuelle de chacun d’eux,
relation qu’aucune personne et qu’aucune loi n’ont le droit d’y
intervenir ?
- Il y a une tendance dans les philosophies occidentales qui donne à
l’homme une liberté totale dans sa relation avec l’autre sexe. Ce point
de vue est fondé sur une considération selon laquelle la sexualité est
une affaire propre à l’homme et à la femme qui ont la liberté de la
pratiquer sans règles ou conditions.
Quant à l’Islam et aux autres religions et tendances de pensée, ils
posent certaines entraves à la liberté individuelle dans ce domaine. Car,
dans ce domaine, la liberté absolue est source d’anarchie, et cela se
reflète d’une manière négative au niveau de la société pour ce qui est de
la famille et de l’affiliation. D’où, l’Islam insiste, en même temps, sur
cet aspect du respect qu’on doit à la liberté individuelle, d’une part,
et prépare le climat psychologique nécessaire pour assurer la retenue de
l’être humain face à ses instincts, d’autre part. Cela est assuré au
moyen de plusieurs dispositions législatives. Dans cette situation, la
législation concernant le voile devient une obligation religieuse parmi
celles qui empêchent l’homme de vivre en état d’urgence permanent face à
l’appel de l’instinct sexuel. Elle prend également sa place dans la
hiérarchie des régulateurs législatifs qui s’intègrent pour faire de la
discipline morale une chose possible et réaliste.
* Comment le voile joue-t-il son rôle dans la
régulation morale ?
- Le voile crée le climat psychologique nécessaire pour résister à la
pression des climats extérieurs qui appellent à la déviation et pour
préparer, chez l’homme et la femme, une immunité face à ces climats. Le
voile invite la femme à se présenter comme un être humain et l’aide à le
faire en mettant les « parties fascinantes » de son corps à l’abri des
regards. En revanche, il appelle l’homme à ne regarder la femme qu’en
tant qu’être humain, en mettant son corps en dehors de son champ visuel.
Ainsi, le voile constitue un moyen de clôturer, dans une grande mesure,
les entrées qui favorisent le climat de la déviation.
Le voile matériel et le voile morale
* Quelle est la vraie image que doit prendre le
vrai voile de la femme en Islam ?
Le vrai voile consiste, pour la femme, tout d’abord, à cacher toutes
les parties de son corps à l’exception du visage et des deux mains, à ne
pas sortir tout en étant parée. Cela veut dire que le voile a un côté
matériel qui consiste à couvrir le corps. Il y a un autre côté qui est
moral et qui consiste, pour la femme, à ne pas montrer ses atours de
façon à attirer les regards vers elle. Le voile peut aussi prendre la
forme d’autres conduites dont les paroles. Dieu, le Très-Haut, dit à ce
propos : ((Ne vous rabaissez pas dans vos propos afin que celui dont
le cœur est malade ne vous convoite pas)) (Coran XXXIII, 34).
* Qu’est ce qui vaut mieux pour la femme :
Mettre le voile matériel et exclure le voile moral, ou mettre le voile
moral et exclure le voile matériel ?
La question de savoir ce qui lui vaut mieux ne se pose pas de cette
façon, car l’Islam considère le voile comme un tout indivisible en
prenant en compte ses deux dimensions, la matérielle et la morale, du
fait de leur profonde interaction. L’Islam appelle avec insistance à
respecter le voile moral qui protège la femme contre l’égarement, la
déviation et la chute morale, d’une part, et pratique, d’autre part. Il
en est ainsi car le voile et la nature du voile ont la vertu de créer
l’immunité psychologique face à tout ce qui menace la femme en fait de
déviations et de faux pas immoraux. C’est cette immunité qui justifie la
législation islamique concernant le voile matériel. D’autre part, l’Islam
insiste sur la nécessiter de respecter le voile matériel en tant que
protection pour l’homme et pour la femme contre la pression des
situations qui pourraient se refléter négativement au niveau de l’esprit
de l’homme et ses moralités.
D’où, le fait pour la femme de ne pas porter le voile matériel
constitue une menace pour le voile moral : Cela prépare le climat de la
déstabilisation et de l’affaiblissement du voile moral et, par
conséquent, à sa déviation et à sa chute et vice versa. Sous cet angle,
le voile n’est plus considéré comme une question individuelle seulement,
mais aussi une question sociale, car tout ce qui protège l’individu
contre la chute et la déviation peut aussi protéger la société, et tout
ce qui conduit l’individu à la chute et à la déviation peut aussi menacer
la société dans la mesure où, en fin de compte, la société n’est que la
somme numérique de ses individus et le système de valeurs, de principes
et de législations qui régissent les relations entre ces individus.
En quoi consiste le voile de l’homme ?
* Pourquoi incombe-t-il à la femme de mettre le
voile à l’exception de l’homme alors que chacun d’eux est une source de
fascination et d’attraction pour l’autre.
- Nous ne nions pas que l’homme soit une source de fascination pour la
femme, tout comme c’est le cas de la femme par rapport à l’homme. Mais la
réalité historique a fait de la femme le symbole unique de la fascination
à l’exception de l’homme. Elle est éduquée dans toutes les sociétés
humaines sans exception, de telle façon à entourer son aspect extérieur
et son corps de soins particuliers dans la mesure où ils sont les
éléments essentiels de sa valeur à l’avenir. Cela est manifeste dans
l’intérêt que les jeunes filles portent, dès leur jeune âge, et dans
toutes les sociétés, à leur aspect extérieur.
Cette réalité vécue par la femme, qu’elle soit issue de sa structure
psychologique particulière ou de l’éducation sociale qu’elle reçoit, a
fait d’elle, et non pas de l’homme, une source d’excitation et de
provocation. C’est un fait qui n’est pas déterminé par les éléments
intrinsèques de l’objet, c’est-à-dire par les éléments de provocations
que possèdent chacun de l’homme et de la femme. Les facteurs de la
culture et de l’éducation ont joué un rôle essentiel dans sa
détermination au cours des âges. Cela a fait de la femme un élément
d’excitation dans l’esprit ou la conscience tout en étant un élément
d’excitation dans la réalité, alors que l’homme ne s’est pas transformé
d’un élément d’excitation dans la réalité en un élément d’excitation dans
l’esprit ou la conscience de la femme. Il est possible que cette
considération soit elle qui explique l’imposition par l’Islam du voile à
la femme et non pas à l’homme.
* Mais vous avez reconnu que l’homme est un
facteur d’excitation pour la femme. L’Islam ne lui impose-t-il pas ne
serait-ce qu’un minimum de voile ?
- L’islam n’impose pas le voile à l’homme, sauf dans les cas où il est
paré d’une manière qui devient un facteur de pression conduisant la femme
à la déviation, ou l’y conduisant lui-même, comme c’est le cas dans
l’homosexualité. Il est naturel dans ce genre de cas de ne pas pouvoir
formuler une règle pour instituer le voile, car il s’agit d’une question
qui change en fonction des circonstances qui résultent de telle ou telle
conduite. Mais dans tous les cas, l’Islam impose à l’homme de se
présenter en société en tant qu’être humain et non pas en tant qu’être
masculin. Il en est ainsi car la question de la masculinité et de la
féminité est une question particulière dont les limites sont celles de la
seule vie conjugale. Cela est pertinent au plan moral, mais au plan
matériel, le voile de l’homme n’est autre que couvrir les parties
intimes.
Le voile est une question d’éducation
* Que dites-vous au sujet du point de vue selon
lequel l’éducation et l’enseignement sont, à notre époque, en mesure de
créer un voile moral qui annule le besoin qu’on a de ce voile matériel
que l’Islam impose à l’homme et à la femme ?
- Lorsque nous étudions les déviations et les crises produites par
l’expérience de l’homme contemporain en dépit des lois et des règles
juridiques, nous constatons qu’il nous est obligatoire de reconnaître que
l’expérience de compter sur un garde-fou qu’est la barrière morale qui
siège à l’intérieur de l’homme et qui l’incite à se contrôler et à ne pas
nuire au groupe, de reconnaître que cette expérience ait échoué. Les
déviations qui sévissent dans les sociétés qui autorisent la liberté
sexuelle et qui considèrent l’engagement moral comme étant un engagement
individuel, sont beaucoup plus nombreuses que celles qu’on trouve dans
les sociétés où l’on porte le voile. Cela s’explique par le fait que
l’état extérieur de l’homme a de l’influence sur sa psychologie et ses
sentiments. Cela est naturel dans la mesure où l’homme qui s’approche du
feu finit inéluctablement par se brûler ou, au moins, par s’exposer à
être brûlé, sans distinction ici entre la brûlure matérielle et la
brûlure au niveau du désir. Il est très naturel pour l’homme qui a faim
et qui voit devant lui tous les éléments qui excitent son appétit de se
jeter sur les aliments et de les dévorer !
* N’est-il pas possible de dire, avec
l’Occident, que le fait de ne pas couvrir le corps est un facteur positif
qui fortifie la société contre les effets de l’excitation, étant donné
que la propagation du fait de se dénuder annule, à force de s’y habituer,
sa capacité d’exciter l’instinct charnel ?
- Ne pas couvrir le corps constitue un facteur direct d’excitation
sexuelle à travers ce qu’il présente aux yeux et ce qu’il suggère à
l’esprit. Il fait rappeler à l’homme la sexualité et les organes sexuels.
Cela en fait, même s’il est très répandu, une source d’excitation qui
conduit à des agissements illicites. Il n’est pas vrai que répandre le
fait de se dénuder annule sa capacité d’exciter l’instinct charnel. Cela
est une prétention fausse car, conformément aux statistiques réalisées en
occident, la réalité occidentale montre que dans la mesure où l’homme se
dénude davantage, même d’une manière incomplète, son instinct sexuel
devient encore plus ardent. Sinon comment expliquer le très grand nombre
de viols dans une société qui vit sous les signes d’une liberté totale au
point que la fille emmène son compagnon dans la maison familiale pour
faire l’amour avec lui au su et au vu de ses parents qui ne voient en
cela aucun problème. Nous pensons que le fait de se dénuder, même à des
échelles variées, a renforcé la vitalité et l’élan de l’instinct en
comparaison avec les sociétés encore réservées. Dans certains milieux de
la société orientale où la femme est complètement quasi séparée de
l’homme, la femme est grandement respectée par l’homme, et ce en dépit
des théories selon lesquelles la privation attise le désir qu’on a de
posséder l’objet du désir dont on est privé. Cela est vrai pour les
désirs qui ne sont pas éduqués par les valeurs. Quant aux désirs éduqués
par les valeurs, ils ne sont pas vécus de la même manière par l’être
humain.
Respecter la liberté de la femme et sa dignité
* Le port du voile, comme obligation religieuse,
par la femme, n’est-il pas une entrave qui limite la liberté de son
mouvement à l’intérieur de la société ?
- Pour répondre à cette question, il nous faut poser une autre
question : De quelle liberté s’agit-il ? S’agit-il de la liberté
absolue ? S’agit-il de la liberté de travailler, d’étudier et de
participer aux activités culturelles, politiques et sociales, etc. ?
La liberté en Islam veut dire que l’homme soit le maître de soi-même,
le maître de son action, dans les limites que Dieu l’engage à respecter.
Le voile que porte les femmes partout dans le monde n’annule pas leur
liberté. Comment peut-on dire que quelques pièces d’étoffe suppriment la
liberté de la femme ? Je ne pense pas qu’une pièce ou deux de plus, ou un
mettre d’étoffe ou deux de plus pourraient nuire à la liberté. La liberté
se détermine à partir de l’action de la femme et de son travail, ce qui
n’est pas en contradiction avec le voile.
Notre histoire islamique prouve que la femme a travaillé dans
l’agriculture, dans la couture et dans certaines branches de l’artisanat
sans que le voile n’ait d’effets négatifs sur son action. Elle a même été
plus performante que l’homme tout en mettant le voile. Cela est prouvé
aussi dans le présent où l’expérience nous montre que des femmes voilées
devancent des femmes non voilées dans certains milieux scientifiques
comme les universités, par exemple, ainsi que dans beaucoup d’activités
sociales et politiques. La femme voilée a pu, côte à côte avec l’homme,
faire face, en Algérie, au colonialisme français. Il en est de même pour
ce qui est de la femme iranienne qui, tout en mettant son voile, a joué
un rôle actif dans la révolution islamique en Iran. Cela prouve
effectivement que la femme voilée est capable de faire face au défis et
que le voile n’entrave en rien la liberté de la femme.
Contrairement à ce que laisse entendre la question, le voile affirme
le rôle de la femme dans la vie en tant qu’être humain. Le voile empêche
le fait de regarder la femme en tant que femelle et ce en mettant les
éléments d’excitation que présente son corps à l’abri des regards, et en
soumettant les échanges avec elle à son statut comme être humain. Enfin,
cela ouvre devant la femme une espace de liberté plus large et lui permet
de jouer un plus grand rôle dans l’activité sociale.
* Certains pensent qu’imposer le voile à la
femme est une violation de sa dignité comme être humain. Qu’en
pensez-vous ?
- C’est une fausse accusation. Le voile ne porte pas atteinte à la
dignité de la femme. Au contraire, il affirme son respect par les autres.
Car la femme qui sort de la manière que nous voyons ces jours-ci (non
voilée), est regardée le plus souvent en tant que femelle et non pas en
tant qu’être humain. Nous savons que dans toutes les sociétés, même
civilisées, il y a beaucoup d’atteintes aux droits de la femme en tant
qu’être humain, rien que parce qu’elle se montre en tant que femelle.
Parmi ces atteintes, on note les violes où l’homme exerce une agressivité
sexuelle directe à l’encontre de la femme, et ce en dépit de la présence
de la totale liberté sexuelle dans les sociétés mentionnées. Cela veut
dire que la nature de la façon avec laquelle la femme se présente dans
ces sociétés est responsable du fait que le regard de l’homme vis-à-vis
d’elle soit sexuelle en premier lieu. Cela se reflète à travers beaucoup
de manières où la féminité de la femme soit essentiellement investie en
raison de la place centrale qu’occupe la sexualité dans la manière de
regarder la femme qui exerce des activités qui commencent par le
secrétariat et finissent par l’espionnage.
- La problématique du voile et de l’arriération
* En raison du fait que le vole soit tant
répandu dans les pays du Tiers-monde, c’est-à-dire dans des pays où
règnent la pauvreté et l’arriération, certains établissent un rapport
entre le voile et les deux phénomènes mentionnées. Ainsi, le voile
devient quelque chose qui voile la misère de la femme, qui symbolise sa
précarité et qui s’utilise par les pauvres comme moyen de défendre les
valeurs salafites. Quel en est votre avis ?
- Je pense que les points soulevés par cette question sont
indéfendables. Dire que le voile est quelque chose qui voile la misère de
la femme et qui symbolise sa précarité nous met en présence de propos
semblable à un poème tragique. Si le voile est quelque chose qui voile la
misère de la femme et qui symbolise sa précarité, toutes les valeurs
portées par l’homme et qui l’empêchent de réaliser ses désirs seraient
alors des choses qui voilent sa misère.
Le respect par l’homme des valeurs qu’il porte dans sa vie et dans son
action impose des entraves à son action. Ces valeurs le privent de la
possibilité de réaliser certains de ses désirs, sans pour autant que cela
entamerait l’importance de l’existence des valeurs dans sa vie. Car la
présence de ces valeurs assure à l’homme, individu et groupe, des acquis
beaucoup plus permanents et beaucoup plus importants que celles entravées
par le respect de valeurs.
Tout engagement social représente un état tragique pour l’homme du
moment où cet homme se proposerait de s’approprier, du même coup, tout ce
dont il a besoin et tout ce qu’il désire. Ainsi, toute valeur morale et
sociale comme la chasteté, la sincérité, la citoyenneté et autres, et non
pas seulement le voile, deviennent dans ce sens des voiles qui voilent la
misère de l’homme.
Pour ce qui est de la thèse prétendant que le voile est un moyen
utilisé par les pauvres pour défendre les valeurs salafites, il nous est
permis de demander à ceux qui le prétendent quelle est l’explication
qu’ils donnent au port du voile par les femmes de conditions favorisées
et qui sont assez nombreuses ? Nous savons à ce propos que la femme
civilisée qui vivait dans les sociétés islamiques avant d’être
influencées par la civilisation occidentale, était tout autant attachée
au voile que la femme de condition défavorisée.
* Les Occidentaux établissent un lien entre le voile et l’arriération
qui frappe les sociétés orientales. En revanche, ils considèrent le non
voilage comme un indice du progrès de leurs sociétés. Y a-t-il un rapport
entre la coexistence des deux phénomènes de l’arriération et du voile
dans la société orientale, d’une part, et entre le non voilage et le
progrès technique dans les sociétés occidentales ?
- Je ne comprends pas comment le voile peut-être considéré comme un
signe d’arriération. Les hommes couvrent la totalité de leurs corps à
l’exception de la tête. Cette façon de se couvrir est-elle pour l’homme
un signe d’arriération ? En réalité, aucune différence n’existe entre
l’arriération et le fait, pour la femme, de se couvrir le corps, entre le
progrès et le fait, pour la femme, de ne pas se couvrir le corps. Il en
est ainsi car l’arriération est en rapport avec toutes les formes
d’action qui portent atteinte à la conscience de l’homme, à sa relation
avec les autres et à ses activités dans la vie. Est-ce que le fait, pour
la femme, de se couvrir le corps, remplit-il des fonctions de ce genre ?
Assurément, aucun être raisonnable ne peut répondre par l’affirmative,
car ni l’expérience, ni les critères éthiques, ni la nature des choses ne
le confirment. C’est l’inverse qui se présente comme vrai car, en se
trouvant dans un ardent climat instinctif, l’homme peut dépenser beaucoup
de ses potentialités dans des domaines qui ne développent pas la raison
et qui ne satisfont pas à l’intérieur de l’homme la beauté de
l’affectivité et les sublimes sentiments humains. Le seul souci qui reste
à l’homme dans une telle situation n’est autre qu’un pur souci de
consommation. Il dort en pensant à ce qu’il consommera le lendemain et se
réveille pour réaliser ce à quoi il pensait. Et s’il lui arrive de penser
et de créer, il ne va pas au-delà du monde de consommation. D’autre part,
pour la culture de l’époque moderne, l’homme est libre d’agir comme il
l’entend. Les femmes voilées pensent que le voile fait partie de leur
engagement moral et social. Pourquoi alors considérer un tel choix comme
un signe d’arriération ?
Par contre, le progrès technique en Occident n’est pas un résultat du
refus qu’il opposent au voile, et ce dans la mesure où le progrès est le
fruit de transformations intellectuelles en relation avec la
compréhension de l’univers, de la vie et des secrets de la nature. Le
progrès est aussi une tentative de reformuler le monde, de le récréer à
l’image de ces transformations, et d’ouvrir la voie devant les
spécialistes et les personnes expertes notamment dans ces domaines. Et
tout cela n’a aucun rapport avec le fait, pour la femme, de se couvrir ou
de ne pas se couvrir le corps. Il n’a non plus aucun rapport avec
l’action de la femme qui participe à la construction de la civilisation,
que cette action soit menée par des femmes qui portent le voile ou par
des femmes qui ne le portent pas, par des femmes qui ont la poitrine nue
ou couverte. La question du voile est, comme nous l’avons toujours dit,
une question relative, c’est-à-dire qu’entre le fait de se couvrir la
tête et le fait de se couvrir la poitrine, le fait de se couvrir le corps
ou de ne pas se le couvrir, il n’y a aucune différence. Si nous voulons
discuter cette question sous un angle moral, il nous faut rester dans ces
limites, car nous pouvons dire que, dans notre histoire, le progrès
technique a eu lieu sans être entravé par le voile, ce qui pourrait
permettre de dire que le fait, pour la femme, de porter le voile, est une
condition du progrès.
La réalité de l’arriération en présence dans le monde arabe et
islamique et liée à la sclérose scientifique, d’une part, et aux
conditions politique qui lui ont imposé l’arriération et qui ont
déstabilisé la région entière par des guerres, des conflits et toutes
sortes d’antagonismes. Mais aussi par les régimes qui n’ont pas respecté
la liberté du peuple, d’autre part. D’où, il s’avère que la liaison qu’on
cherche à établir entre le fait, pour la femme, de se couvrir le corps et
l’arriération, d’une part, et entre le fait, pour la femme de ne pas se
couvrir le corps et le progrès, d’autre part, est une liaison arbitraire
et naïve. Le progrès est le fruit de causes fondamentales profondes et
diverses, politiques, culturelles, éducatives, sociales et même
doctrinales et économiques.
Le voile, est-ce un signe de terrorisme et de répression ?
* Les mass médias occidentaux ont lié
dernièrement le voile au terrorisme. Y a-t-il, à votre avis, un lien
entre ces deux phénomènes ?
- Il n’y a aucun lien entre le voile et le terrorisme. Les terroristes
sont des hommes. Le terrorisme est un phénomène que l’Orient a importé de
l’Occident où prolifèrent les mafias et les actions violentes et
terroristes. Le terrorisme présent en Occident, y compris les Etats-Unis
et l’Europe, est proportionnellement très supérieur à ce qu’on appelle
terrorisme dans la réalité orientale et dans la réalité du Tiers-monde.
Les termes de « terrorisme », d’« arriération » et de « fanatisme » sont
des termes de propagande inventés par l’Occident dans le but de provoquer
l’opinion publique mondiale contre les Musulmans et les engagés.
* François Bayrou a déclaré que le voile est un
signe de la répression subie par la femme et que les écoles françaises
ont le devoir de protéger les faibles, considérant qu’une petite tension
aujourd’hui vaut mieux qu’un grand conflit demain. Ces propos sont-ils en
conformité avec la catégorie de la liberté de l’homme dont les louanges
sont tellement chantées par la France ?
- Nous nous demandons si cet homme accepte que les étudiants et les
étudiantes aillent aux écoles tout nus ? Assurément que non. Pourquoi
donc considère-t-il que nous réprimons la femme lorsque nous lui imposons
un habillement qui couvre les parties excitantes de son corps, ou lorsque
nous imposons à l’homme un habillement qui couvre certaines parties
sensibles de son corps ? Si la question de la liberté est absolue, nous
ne devons alors pas imposer à la société française ou à toute autre
société de s’habiller, ni interdire à toute autre société de se dénuder.
Mais si nous considérons le fait de se dénuder comme une question morale
négative qui se détermine à la lumière de ce que les gens considèrent
comme allant dans le sens de leur intérêt ou de leur liberté, on doit
accepter aussi l’attitude des femmes qui portent le voile et qui le
considèrent comme allant dans le sens de leur intérêt ou de leur liberté,
dans la mesure où, pour elles, le fait de ne pas porter le voile porte
atteinte à la réalité sociale et morale que les hérauts du nudisme
prétendent, eux aussi, respecter.
Quant à dire que le voile constitue une forme de répression pour la
femme, les étudiantes qui ont lutté contre la loi interdisant le voile
dans les écoles françaises, l’ont fait à partir de leur engagement
religieux et de leur choix personnel et non pas parce qu’elles
subissaient des pressions de la part de leurs parents. Réprimer la
liberté de quelqu’un c’est lui imposer quelque chose qu’il refuse. Les
femmes qui portent le voile ne subissent aucune répression de leur
liberté, mais elles perdent effectivement leur liberté si on les oblige
de ne pas le mettre. Ainsi, la question est logiquement contradictoire
même du point de vue de la logique de la liberté respectée par la France.
* Le lien existant entre le voile et la répression est à l’origine du
bon accueil par les femmes dans la société arabe et islamique des voix
qui, à notre époque, les appellent à l’enlever. Comment expliquez-vous
l’attitude positive de la part des femmes face à ces appels ?
- Cette question a deux dimensions. La première est que le port du
voile ne s’appuyait pas sur la règle de l’engagement religieux qui
demande le respect des enseignements divins abstraction faite des désirs
personnels et des alias des conditions sociales. Le port du voile était,
pour la femme, une simple question de coutume. Certains pères, même
engagés et pratiquants du point de vue religieux expliquent la question à
leurs filles en insistant sur le côté social, c’est-à-dire sur le « que
dira-t-on » et sur l’atteinte que porterait à l’honneur du père et de la
famille le fait, pour leurs filles, de ne pas mettre le voile. Ils
implantent ainsi dans la conscience de leurs filles une conviction selon
laquelle le port du voile répondrait aux coutumes et non pas à
l’engagement religieux et à la piété.
C’est pour cette raison que nous trouvons des filles qui font la
prière et le jeûne et qui respectent beaucoup d’obligations religieuses
sans pour autant mettre le voile, le considérant comme faisant partie des
traditions caduques n’ayant pas une relation avec la religion. Nous
pensons donc que l’éducation est l’un des facteurs responsables du bon
accueil que certaines femmes réservent aux appels à enlever le voile. Il
est donc indispensable pour l’éducation d’utiliser les concepts religieux
qui rendent l’attitude de la femme vis-à-vis du voile semblable à son
attitude vis-à-vis de la prière et du jeûne, étant donné que le port du
voile est une obligation divine tout comme la prière et le jeune, et non
pas quelque chose d’occasionnel imposés par l’habitude et les coutumes
sociales, ou par les conditions personnelles ou familiales pour
lesquelles ne pas mettre le voile porterait atteinte à l’honneur.
La seconde dimension qui pourrait expliquer le fait, pour la femme,
d’enlever son voile, est la forte répression qu’elle a subie dans les
sociétés arabes et musulmanes, répression qui a effacé son humanité face
à l’homme, qui a marginalisé sa personnalité et qui l’a convaincue
qu’elle n’est autre chose qu’un objet appartenant à l’homme, un objet
qu’il garde, comme il garde ses autres objets, en les mettant à l’abris
des regards, et qu’il ne regarde pas la femme comme étant un être humain
doué de raison et de volonté et qui a, tout comme l’homme, et
indépendamment de lui, sa vie, ses aspirations et ses rêves. Il est aussi
possible que le voile soit devenu, une prison pour la femme, dans ces
conditions sociales dont la difficulté d’y échapper est semblable à la
difficulté d’échapper à toute autre prison, ou à celle de celui qui se
trouve dans l’impasse et qui cherche à en sortir de n’importe quelle
façon, sans prendre les conséquences en considération, conduite qui peut
le conduire dans une impasse encore plus difficile et plus problématique.
* Quel est le rôle de l’Occident dans tout
cela ?
- La domination politique de la région par l’Occident a entraîné sa
domination de toutes les lignes culturelles et sociales dans la région.
Cela a favorisé la tendance de la femme à défoncer les murailles du voile
sous l’influence des suggestions culturelles qui lui ont donné l’illusion
que le fait d’enlever le voile lui permettrait d’affirmer son humanité et
sa liberté. Pour bien enfoncer le clou, l’Occident a exploité la réalité
que la femme qui vivait tout en imaginant que cette réalité était un
produit de l’Islam.
Par
Son
Eminence,
l’Autorité
religieuse,
Muhammad
Hussein
Fadlallah.
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