Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
Le sermon du Vendredi
Les deux sermons du Vendredi prononcés par son Eminence l'Ayatollah al-'Uzmâ Muhammad Hussein Fadlallah de la mosquée de al-Imamayn al-Hassanayn à Haret Hreik, le 23 dhû al-qi’da 1429 / 21 novembre 2008, en présence d'une foule dense de personnalités religieuses, politiques, sociales ainsi que de croyants.
| La sclérose intellectuelle et mentale :Un handicap pour les messages de Dieu ! |
Le premier sermon.
La sclérose intellectuelle
Dieu, le Très-Haut, a dit dans Son Noble Livre : ((Et quand on leur dit : « Venez vers ce que Dieu a fait descendre, et vers le Messager », ils disent : « Il nous suffit de ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres ! ». Et si leurs ancêtres ne savaient rien et n’étaient pas sur le bon chemin ? »)) (Coran V, 124).
Il a dit aussi : ((Nous n’avons envoyé avant toi d’avertisseurs en une cité, que ses gens aisés n’aient dit : « Oui, nous avons trouvé nos ancêtres sur un chemin : Nous nous conduisons sur leurs traces)) (Coran XLIII, 23).
Dieu, à Lui la Grandeur et la gloire, nous parle dans ces deux Versets de la voie de l’égarement intellectuel et de la sclérose mentale qu’empruntaient les nations des prophètes. Ces derniers transmettaient à leurs nations les messages de Dieu. Ils les appelaient à y réfléchir et à activer leurs raisons afin de connaître les secrets de ces messages et de découvrir leurs vérités. Mais ces nations fermaient leurs raisons et gelaient leurs idées. Ils ne réfléchissaient pas au sujet de ce qui leur est proposé en matière de principes, de méthodes et de doctrines. Ils se considéraient comme le prolongement culturel de leurs ancêtres parallèle au prolongement de la lignée parentale. Ils établissaient un lien dans leurs relations avec leurs ancêtres entre la dimension affective et celle doctrinale. Ils pensaient que rejeter les croyances et les engagements de leurs ancêtres est une atteinte à leur histoire et à leur relation avec eux, même si la nouvelle pensée qui leur été proposée était issue de ce que Dieu, le Très-Haut, a révélé à Ses messagers. Le problème de ces nations consistait dans leur sclérose intellectuelle, dans la dépendance de leur activité mentale ainsi que dans le conflit intellectuel.
C’est pour ces raisons que les prophètes leur disaient : ((Venez vers ce que Dieu a fait descendre)). Ils leurs fournissaient les preuves de la véracité de la révélation qu’ils leur transmettaient, et du caractère véridique de ce qui leur est révélé par Dieu. Mais ils répondaient en fermant leurs raisons et leurs oreilles. Ils faisaient geler en eux l’élément humain et cela les empêchaient de se rouvrir aux propositions des autres même s’ils étaient des messagers de Dieu. Leur sclérose psychologique et mentale supprimait ce qui était humain en eux.
Ils ne discutaient pas avec les messagers au sujet de leurs messages et de leurs législations. Ils s’obstinaient à dire : ((Il nous suffit de ce sur quoi nous avons trouvé nos ancêtres !)). Ce qui revient à dire qu’ils n’étaient prêts à changer, à délaisser l’idolâtrie et le mode de pensée de leurs ancêtres. Les messagers répondaient en leur répétant ce que Dieu leur avait transmis : ((Et si leurs ancêtres ne savaient rien et n’étaient pas sur le bon chemin ?)). Quel était le niveau mental de leurs ancêtres ? Quelle était leur culture ? Quelle était la science qu’ils avaient étudiée ou acquise par l’expérience ? Quel était le fondement de leur pratique consistant à adorer des idoles qui n’étaient pour eux ni utiles ni inutiles. N’est-ce pas que l’homme devrait suivre et imiter celui qui suit la ligne de la guidance et de la science ? N’est-ce pas qu’un homme qui respecte sa raison ne pourra jamais emprunter le chemin de l’ignorant qui ne sait pas quoi choisir, ou de l’égaré qui n’arrive point à retrouver le vrai ?
Les prophètes en conflit intellectuel avec leurs nations
Voilà ce qu’était le problème des prophètes avec leurs nations : Ils leur demandaient de réfléchir à leurs propositions, de les discuter, d’établir une comparaison entre la pensée qu’ils avaient héritée de leurs ancêtres et celle apportée par les prophètes qui leur demandaient de respecter leurs raisons et des les utiliser comme moyen d’acquérir la connaissance et de distinguer le vrai de l’erreur, le correct de l’incorrect. Mais, guidés par leur ignorance, par le fait qu’ils ne possédaient pas la balance nécessaire pour mesurer les questions de la doctrine et de la pensée, ils insistaient à considérer l’erreur comme vraie, le correct comme incorrect et le mal comme bien.
Suivre sans preuve
Le Messager de Dieu (P) a dit : « Ne soyez pas des conformistes qui disent : Si les gens font du bien, nous le faisons ; s’ils agissent injustement, nous agissons de même. Décidez-vous plutôt à faire du bien s’ils font du bien, et de ne pas être injustes s’ils font du mal ». Le Prophète (P) parle d’une catégorie de gens que nous voyons dans nos sociétés et qui ne disposent pas de la liberté d’opinion et de l’indépendance de pensée. Des gens qui suivent leurs clans ou leurs concitoyens. Ils font du bien ou du mal conformément aux options des autres. Cela est clair dans le fanatisme confessionnel, sectaire ou de parti. Si un chef traite injustement un individu, ils soutiennent l’injuste contre celui qui est injustement traité, rien que parce qu’il ne fait pas partie de leur parti ou de leur groupe.
L’Imâm as-Sâdiq (p) a dit à l’un de ses compagnons : « Ne sois pas un conformiste qui dirait : « je suis avec les gens. Je suis comme l’un des gens », c’est-à-dire lorsqu’on lui demande quelle est la partie qu’il soutient, qu’il rejette ou pour laquelle il vote. Et lorsqu’il répond qu’il est du côté de ses concitoyens, de son parti politique ou de sa famille, bien que tous ces groupes soient capables d’être dans l’erreur. Certains linguistes expliquent que le conformiste est celui qui est un suivant, qui n’a pas d’opinion. On dit aussi qu’il est celui qui dit à tout chacun : « Je suis avec toi ».
Il a dit aussi : « Evite de suivre un homme sans avoir la preuve. Evite de croire à tout ce qu’il dit et d’appeler les gens à le suivre ». Ce hadith traite de la question de celui qui suit ou soutient un chef ou un dirigeant, religieux ou politique, sans preuve. Lorsque Dieu lui demandera la preuve de la véracité de son choix, il ne pourra pas Lui répondre. Il ne faut donc pas soutenir un chef sans pouvoir défendre son choix devant Dieu.
L’Imâm Mûssâ al-Kâzim (p) a dit : « Communique ce qui est bien, dis ce qui est bien et ne sois pas conformiste ». A la question « C’est quoi être conformiste ? », L’Imâm (p) a répondu : « Ne dis pas : « Je suis avec les gens, je suis comme l’un des gens’. Le Messager de Dieu (P) a dit : ‘Ô gens ! Il n’existe que deux chemins : Celui du bien et celui du mal. Que le chemin du mal ne vous soit préférable au chemin du bien’ ».
Expliquant le Verset coranique qui dit : ((Ils se donnent pour dieux leurs rabbins et leurs moines en place de Dieu)) (Coran IX, 31), le Messager de Dieu (P) a dit : « Ils ne les adoraient pas. Mais ils considéraient comme licite ce qu’ils leur déclarent comme licite, et comme illicite ce qu’ils leur déclarent comme illicite ». Commentant le même Verset, l’Imâm as-Sâdiq (P) a dit : « Par Dieu, ils ne les ont pas appelés à les adorer. S’ils l’avaient fait, ils ne se seraient pas été entendus. Mais ils leur avaient déclaré licite ce qui est illicite, et illicite ce qui est licite. Ils les ont donc adorés sans s’en rendre compte ». Il en était ainsi car l’adoration est la soumission absolue d’un homme à un autre homme. On peut dire la même chose au sujet de ceux qui suivent sans discernement les lois et les coutumes des partis politiques et des clans.
La raison en tant que preuve
Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire, dit : ((Tous viendront à Lui, un à un, le Jour de la Résurrection)) (Coran XIX, 95). Il dit aussi : ((Tout homme est tenu pour responsable de ce qu’il a accompli)) (Coran LXXIV, 38). L’homme sera donc ressuscité tout seul et jugé tout seul ? C’est pour cela que Dieu demande à l’homme de faire développer sa raison et de la suivre, car c’est la raison qui est la preuve entre Dieu et Ses serviteurs. On lit dans la Tradition : « Lorsque Dieu a crée la raison, Il lui a dit : ‘Avance !’ ; et elle a avancé. Puis il lui a dit : ‘Recule !’ ; et elle a reculé. Alors Dieu a dit : ‘Par Ma Gloire et Ma grandeur ! Je n’ai rien créé qui Me soit plus préférable que toi ! C’est toi que J’ordonne d’agir ou de ne pas agir; c’est par toi que Je récompense et que Je châtie !». Ne vendez donc vos raisons à personne. Ne les laissez pas sous l’influence des autres. Que chacun de vous utilise sa raison et la fait développer par la réflexion, par la lecture et par la consultation. Par tout ce qui l’aide à être puissante et capable de distinguer le bien du mal.
Dieu veut que notre Nation soit une Nation sage, pensante et indépendante dans toutes ses décisions. Ceux qui suivent des dirigeants qui n’ont ni raison, ni pensée, ni foi, ressemblent à des brebis qu’on conduit pour les égorger, car les dirigeants ignorants et dépourvus de sagesse ne font que conduire leurs partisans vers le châtiment et les Feux de l’Enfer.
Le second sermon
Un blocus sauvage qui contredît les droits de l’homme les plus élémentaires !
Sur la scène sioniste, le silence des Arabe et leur complicité rassurent l’ennemi qui poursuit ses attaques contre Gaza. Il multiplie ses massacres et accuse les factions de la résistance de violer l’accord de l’accalmie, lui, qui, pendant ces deux dernières semaines, n’a cessé de commettre ses tueries, ses assassinats et ses arrestations en Cisjordanie et à Gaza.
A cela s’ajoute le blocus barbare et sauvage imposé à Gaza dans un processus de punition collective en contradiction avec toutes les lois. Il en est ainsi car les souffrances et les épreuves de plus d’un million et demi de Palestiniens sont négligeables aux yeux de la politique internationale et dans les décisions de l’Union européenne et autres Etats occidentaux qui ne se rappellent des droits de l’homme que lorsqu’une roquette artisanale tirée par l’Intifada tombe auprès de la colonie sioniste Sedirot, colonie qui est devenue un nouveau mur de lamentation vers lequel se dirige tout responsable occidental, chaque fois qu’il effectue une visite à l’entité ennemie.
Quant aux Arabes de tout bord, ils gardent leur silence habituel, avec le plus grand Etat arabe qui participe au siège imposé au peuple palestinien et qui rejette le verdict du tribunal égyptien qui a ordonné l’arrêt de l’approvisionnement d’Israël en gaz naturel. De son côté, la Ligue arabe sombre dans un profond sommeil. Tout le monde se plait à se distraire en écoutant les déclarations de Pérès dans lesquelles il a refusé d’accepter l’initiative arabe, se contentant de fournir aux Arabes davantage de paroles vides et insignifiantes, et davantage d’hypocrisie et de mystification, les laissant ainsi désorientés sur le terrain de ces vaines et interminables négociations destinées à passer de génération en génération.
La place palestinienne reste donc à la merci des plans américains, israéliens et arabes qui visent à continuer d’assujettir la situation générale aux supercheries politiques qu’on cherche à imposer au peuple palestinien dans le but de l’obliger de reconnaître Israël inconditionnellement en tant qu’Etat légal, comme l’ont fait directement ou indirectement certains Etats arabes,. Cela se fait sans pour autant que les frontières soient définies de cet Etat qui refuse de se retirer aux frontière de 1967, qui continue de grignoter la Cisjordanie pour annexer les colonies à son entité, et la partie orientale de al-Qods dans le but de la judaïser conformément au plan historique de l’Etat juif visant, selon les déclarations de certains responsables israéliens, à annexer la plus grande partie possible du territoire palestinien.
En tant qu’Etat imposé à la région et qui sépare ses pays les uns des autres, Israël n’est plus un problème pour les Arabes car, en vertu de la stratégie américaine, européenne, arabe et quasi-mondiale, Israël est devenu un fait accompli que personne ne peut nier, bien qu’il n’ait jusqu’à maintenant défini ses frontières.
Ce qui préoccupe les Arabes c’est l’Iran et non pas Israël
Le problème qui préoccupe le monde arabe et occidental est plutôt l’Iran. Dans les intimidations des mass médias, l’Iran est présenté comme une menace pour les Arabes, et surtout pour les pays du Golfe, par son programme nucléaire qu’il déclare pacifique et ne visant pas à fabriquer une bombe atomique. Mais ils font l’oreille sourde, car les Etats-Unis ne les autorisent pas à effectuer de véritable et rigoureuse vérifications. Par contre, le colossal arsenal nucléaire israélien ne pose aucun problème car, selon les prétentions de l’Occident, Israël encoure toujours un danger dans la région, bien que tout le monde sache que c’est lui qui, de par son histoire d’agression, ses agissements sauvages et la poursuite de son occupation des territoires de plus d’un Etat arabe, constitue un danger pour la région.
Iraq : Le traité sécuritaire, c’est la poursuite de l’occupation et du chaos !
Sur un autre plan, les responsables iraquiens et américains se préparent à la signature du traité sécuritaire qu’on présente comme une condition sine qua non d’un retrait américain hors d’Iraq au bout de trois ans. Cela procure une légitimité à l’occupation et à sa poursuite pour trois ans supplémentaires. Nous savons comment l’administration américaine a planifié d’occuper l’Iraq et de l’utiliser comme tête de pont pour s’introduire aux profondeurs de la région arabe et islamique afin de confisquer ses richesses, et faire chanter les pays industriels qui, comme le Japon, la Chine et l’Europe, ont besoin du pétrole et de l’énergie. Mais les Etats-Unis qui ont mis à leur profit le tyran iraquien jusqu’à la dernière minute de sa mission, ont vu leur occupation subir un cuisant échec sous les coups de la résistance iraquienne, dans les conditions du refus de cette occupation par le peuple iraquien qui a tenu fermement à la chasser hors d’Iraq sans qu’elle n’atteigne aucun de ses buts.
Nous savons très bien que les Autorités iraquiennes ont à effectuer un choix entre deux choses qui sont toutes les deux amères : Le règne du chaos ou la perpétuité de l’occupation. Pourtant, nous demandons aux Iraquiens d’être prudents face aux tentatives de l’occupation de se poursuivre pour trois autres années. Car avec l’occupation, le chaos se poursuivra, la souveraineté s’évanouira et l’indépendance tombera en proie aux forces qui oeuvrent pour la sécession, aux instances qui ne font pas de différence entre leur peuple et l’occupation, et à une situation intérieure complexe que l’occupation ne cache pas son intention d’en profiter. Cela est clair chaque fois que le commandant en chef de l’Etat-major des armées américaines affirme que le retrait est « lié à un certain nombre de facteurs » ainsi qu’à la situation sur le terrain.
Nous appelons les Iraquiens à unir leurs positions, à insister au retrait inconditionnel de l’occupation, à protéger l’unité intérieure et à empêcher toute percée politique ou sécuritaire de leurs rangs, car l’occupation continuera de profiter de ces percées et de ces troubles afin de pouvoir préserver sa présence sur la terre iraquienne, pour peser sur la stabilité du pays et celle de la région toute entière.
Liban : Un terrain de jeux politiques intérieurs et extérieurs
Pour ce qui est du Liban, il est devenu ces jours-ci un relais des responsables européens dont certains n’éprouvent aucune honte à qualifier la résistance de terroriste, avant de se rendre en Israël, cette entité terroriste, dont son propre pays a contribué à créer, à soutenir et à renforcer, pour visiter la colonie Sedirot pour y exprimer ses regrets parce que des projectiles artisanaux palestiniens y sont tombés, sans mot dire du sauvage terrorisme israélien qui se déploie sous la forme du blocus imposé à Gaza, de la faim de sa population et des tueries qui frappent ses jeunes et ses vieillards.
Nous demandons aux Libanais de regarder leurs causes, leur Nation et leur patrie, sous l’optique de leurs intérêts nationaux, arabes et islamiques, et non pas sous l’optique des dessins de ces visiteurs qui ne voient les intérêts du Liban que sous l’angle de la sécurité israélienne et de leurs propres intérêts.
Nous aspirons à un Liban dont les responsables de ses affaires s’activent loin des boues du confessionnalisme, du sectarisme du fanatisme partisan et du personnalisme, au lieu de s’activer pour obtenir de nouveaux privilèges pour l’avenir après avoir consommé leurs privilèges passés. Mais la réalité témoigne de leur attachement aux calculs de la majorité et de la minorité dans les élections à venir. Elle témoigne de leur course à la concurrence sur le terrain du jeu politique, ce jeu dans lequel la patrie prend la place de la balle que les pieds de chaque partie lancent pour marquer des points dans les filets de l’autre partie. La patrie reste ainsi un terrain de jeu à la merci des joueurs de l’intérieur et de l’extérieur, un terrain sur lequel les pauvres, les affamés et les démunis attendent l’argent politique qui peut leur procurer certains de leurs besoins nutritifs et les frais de la scolarisation de leurs enfants. La polémique dite dialogue national reste présente pour provoquer un problème par-ci et un problème par-là. La sécurité, quant à elle, resurgit comme un souci qui hante la réalité politique terroriste sous la menace des voleurs et des criminels. De son côté, la stratégie de défense reste confinée aux tiraillements complexes dont les messages sont reçus par l’ennemi alors que tout le monde sait que cette stratégie devrait être discutée à huit clos par ceux qui assument la responsabilité de défendre le pays… Le Liban occupe toujours le centre de la zone de lumière, avec tous ses mystères, toutes ses positions et toutes ses affaires. Les divers services de renseignement profitent de toutes ces informations qui pourraient être utilisées par les ennemis pour liquider la totalité du pays et la totalité du peuple.