Les deux sermons du Vendredi prononcés par son Eminence l'Ayatollah al-'Uzmâ Muhammad Hussein Fadlallah de la mosquée de al-Imamayn al-Hassanayn à Haret Hreik, le 23 jumâdâ II 1429 / 27 juin 2008, en présence d'une foule dense de personnalités religieuses, politiques, sociales ainsi que de croyants.
| La bonne action est la voie qui conduit au Paradis |
Foi et bonne action
Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire, dit dans Son Noble Livre : ((A tous ceux, hommes ou femmes, qui auront fait le bien étant croyants, nous accorderons une vie heureuse et sauront les rétribuer dignement, d’après ce qu’ils ont le mieux accompli)) (Coran XV1, 97). Il a dit aussi : ((Mais celui qui se sera converti, aura cru sincèrement et fait le bien, sera peut-être au nombre des bienheureux)) (Coran XXVIII, 67). Et aussi : ((Mais ceux qui se présenteront en croyants, ayant accompli des œuvres pies, ceux-là accèderont aux plus hauts lieux)) (Coran XX, 75).
Dieu, à Lui la Grandeur et la Gloire, affirme dans ces Nobles Versets, que la doctrine islamique s’ouvre, par son programme intellectuel et cultuel, à la raison et s’y enracine. Elle s’active dans la réalité de l’homme et s’y étend, car Dieu, le Très-Haut, a créé ce monde et y a établi l’homme afin qu’il le remplisse, par la foi en Dieu, en matière de bien, de justice et d’assainissement. La foi n’est pas un simple état d’âme personnelle qui satisfait Dieu du seul fait de sa présence à l’intérieur de l’homme. Elle est plutôt un mouvement dans la réalité qui permet à l’homme de changer sa vie pour lui donner une forme qui plait à Dieu.
C’est pour cette raison que Dieu, le Très-Haut, a lié la foi à la bonne action. Il ne suffit pas pour l’homme d’être croyant sans bien agir, ni agir sans être un homme de foi, car c’est la foi qui donne à l’action sa vitalité et sa spiritualité. C’est elle qui permet à l’homme de s’élever vers Dieu. Quant à l’action, elle ne peut s’élever vers les hauts lieux que dans la mesure où elle a la foi comme point de départ.
Le Messager de Dieu (P) et les Imâms appartenant aux Gens de la Maison (p) ont mis l’accent sur l’aspect pratique de la foi. C’est ce que nous trouvons dans les paroles que l’Imâm ‘Alî (p) adressait à ses contemporains en disant : « L’action, l’action ! Puis, l’aboutissement, l’aboutissement ! Puis la droiture, la droiture ! Puis la patience, la patience ! Puis la retenue révérencielle, la retenue révérencielle ! Vous avez une fin qui vous attend, Dirigez-vous donc vers votre fin ! ». C’est un appel à la bonne action qui conduit au bon aboutissement, à condition de suivre le droit chemin, car Dieu veut que l’homme suive la voie de l’unicité, du Dieu unique, et ne pas laisser sa foi basculer à droite ou à gauche. Mais suivre le droit chemin n’est pas une affaire facile : Il faut faire preuve de beaucoup de patience face aux problèmes et aux difficultés. Il faut aussi de la retenue révérencielle ; il faut s’empêcher de transgresser les interdits de Dieu, car l’homme qui croit en son Seigneur ne peut que Le craindre et, Le craignant, il s’empêche de commettre des péchés, ce qui le conduit au bon aboutissement, au Jour Dernier ((Le jour où ni les richesses, ni les enfants ne seront utiles, sauf pour ceux qui iront à Dieu avec un cœur pur)) (Coran XXVI, 88-89).
L’angoisse du croyant
L’Imâm ‘Alî (p) nous parle de certains types d’hommes angoissés dans ce monde-ci et nous demande de ne pas suivre leur exemple. Il dit à ce propos : « Ne sois pas de ceux qui espèrent gagner l’Autre monde sans action ! Ne sois pas de ceux qui aiment les gens de bien mais qui n’agissent pas à leur manière, de ceux qui détestent les pécheurs alors qu’ils en font partie, de ceux qui craignent pour les autres de se retrouver en Enfer pour un péché moins grand que le leur, et espèrent pour eux-mêmes une récompense plus grande que leur action. Ne sois pas de ceux qui font peu de bien, mais qui revendiquent trop. Ne sois pas de ceux qui se flattent en parlant mais qui n’ont pas assez d’actions ». Il existe des personnes qui aiment gagner le Paradis et le souhaitent. Mais ils ne se conduisent pas de façon à emprunter la voie qui conduit au Paradis, de cette façon qu’est la piété et la crainte révérencielle. Dieu, à Lui la Grandeur, a fait dépendre le fait de gagner le Paradis de la crainte révérencielle : ((Et accourez au pardon de votre Seigneur et à un Jardin large comme les Cieux et la terre, préparé pour les pieux)) (Coran III, 133). Le Paradis est préparé aux pieux, à ceux qui craignent Dieu. Entendant l’un de ses compagnons lui parler d’une personne qui craint l’Enfer et espère gagner le Paradis, l’Imâm as-Sâdiq (p) a dit : « Ils mentent ! Ils ne possèdent pas le vrai espoir, car celui qui espère quelque chose recherche ce qu’il espère, et celui qui craint quelque chose évite ce qu’il craint.
Des actions pour ce monde-ci et pour l’Autre monde
L’Imâm ‘Alî (p) s’adresse à tout le monde en disant : « Faites des bonnes actions alors que vous êtes encore en vie, alors que les registres sont encore ouverts et le repentir est à votre portée, alors que ceux qui reculent sont encore appelés à revenir, encore que les pécheurs sont encore priés de ne plus le faire. Faites des bonnes actions avant que l’action n’ait plus lieu d’être, avant que le délai ne se soit terminé ».
Dieu, le Très-Haut, dit : ((il ne tient pas à vos espoirs, non plus qu’à ceux des Gens du Livre, que celui qui fait le mal en soit rétribué, ni qu’il trouve, en place de Dieu, un protecteur ou secourant, tandis que celui qui effectue l’œuvre salutaire, fût-il mâle ou femelle, pourvu qu’il soit croyant… Ceux-là Nous les ferons entrer dans le Jardin, sans les léser d’un fêtu)) (Coran IV, 123-124).
Le Messager de Dieu (P) dit : « Trois choses suivront le mort : Les siens, ses biens et son action. Deux d’entre elles cessent de le suivre à l’exception de la troisième ». Tu es donc appelé à faire des bonnes actions qui resteront avec toi dans ta tombe. Le Messager de Dieu (P) dit à ce propos : « Lorsque l’homme meurt, il ne lui reste que trois choses : Une aumône courante, une science utile ou un bon enfant qui invoque Dieu pour lui ». L’aumône courante est le bien dont les revenus sont consacrés de manière perpétuelle aux pauvres.
Le Messager de Dieu (P) a dit : « Il y a sept choses pour lesquelles l’homme sera récompensé après sa morts : Des dattiers qu’il plante pour que les autres en mangent après sa mort, une puis qu’il creuse, un ruisseau qu’il fait couler, une mosquée qu’il construit, un Coran qu’il transcrit, une science qu’il fait hériter, ou un bon enfant qui invoque Dieu pour lui après sa mort ».
Conditions requises pour gagner le Paradis
L’Imâm ‘Alî (p) dit : « Grande est la différence entre une action dont le plaisir s’évanouit alors que ses mauvaises conséquences se perpétuent, et une action dont la fatigue s’évanouit alors que ses bonnes conséquences se perpétuent ».
Enfin, une Sourate coranique indique quelles sont les conditions de la réussite de l’homme sur les deux plans, individuel et collectif, en disant : ((Par le temps ! L’homme est en perdition, exception faite de ceux qui croient, effectuent les œuvres salutaires, se conseillent mutuellement le vrai, se conseillent mutuellement la patience)) (Coran CIII, 1-3). Il est vrai que le vrai est amer et difficile. Il nous faut donc nous conseiller mutuellement la patience.
La vie est destinée à s’évanouir. Lorsque la mort arrive, il ne reste à l’homme que son action : ((Celui qui aura fait le poids d’un atome de bien, le verra. Celui qui aura fait le poids d’un atome de mal, le verra)) (Coran XCIX, 7-8).
Le second sermon
Au Nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux
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Serviteurs de Dieu ! Craignez Dieu et faites face à la situation avec responsabilité et conseillez-vous mutuellement le vrai et la patience devant tous les défis qui sont lancés à l’islam et aux Musulmans ! De quoi s’agit-il ?
La politique américaine : Israélienne quant à son contenu et à ses applications
Les faits et les événements continuent de prouver tous les jours que les Etats-Unis d’Amériques n’ont pas une politique extérieure américaine, mais une politique israélienne vis-à-vis de tous les Etats de la région. La dernière preuve en date est l’annulation, sous pression israélienne, de ventes d’armes américaines au Liban d’environ 400 millions de dollars sous prétexte que l’armée libanaise n’est pas une partie sur laquelle il serait possible de compter. L’administration américaine continue ainsi de doter l’armée libanaise d’armes légères et à des fins d’entraînement. Il est à noter que certains Etats arabes ont fourni à cette armée quelques hélicoptères mais qui, pour ne pas se heurter à l’opposition américaine, ne sont pas munis de systèmes lance-roquettes. Conclusion : Les Américains et les Israéliens ne veulent pas que le Liban possède la force avec laquelle il pourrait se défendre, avec des roquettes, contre l’agression israélienne.
Il nous appartient donc de poser une question à l’adresse de tous les gens doués de raison au Liban et ailleurs : dans les conditions de toutes les entraves qu’on dresse devant toute tentative de renforcer l’armée libanaise d’une manière à lui permettre de défendre le pays, surtout qu’aucune résolution du Conseil de sécurité n’est toujours pas prise, depuis la guerre de juillet 2006, pour imposer un cessez-le feu au Liban, et face à toute la protection internationale qui est arrivée même à la complicité avec l’entité usurpatrice israélienne, dans un sens qui ne l’empêche pas de mener à l’avenir une nouvelle agression contre le Liban afin de compenser ses défaites passées, ou pour pacifier ce pays et l’ouvrir devant les convoitises sionistes… Est-il acceptable ou logique d’entendre certains parler, dans ces conditions, des armes de la Résistance qui sont en mesure de faire face à l’agression israélienne contre le Liban ? Les Libanais le savent bien depuis le début de l’expérience de la Résistance en 1982, puis en 2000 avant d’arriver à son expérience avant-gardiste lors de la guerre de juillet 2006.
Ou peut-être certains continuent de penser que le Liban n’est pas un pays concerné par la guerre ou même par la défense de ses frontières car, pensent-ils, sa force consiste dans sa faiblesse, alors que tout le monde sait que la communauté internationale ne s’est jamais intervenue pour libérer le Liban de l’occupation israélienne ou des agressions menées par l’entité usurpatrice qui est même arrivée à occuper sa capitale avant la naissance de la Résistance.
La logique civilisée veut que celui qui détient des points forts ne les laisse pas tomber de sa main, surtout dans les conditions des grands défis et des tournants dangereux qui sont lancés à notre monde arabe et musulman. Dans les conditions aussi de l’absence d’un niveau minimum de valeurs humaines et civilisationnelles dans la politique internationale dont toutes les articulations de la décision y sont contrôlées par les Etats arrogants.
Les Etats occidentaux : Des valeurs écrasées devant Israël !
Dans le même contexte, les comportements de maints Etats européens montrent clairement comment leurs valeurs humaines et civilisationnelles sont complètement trahie devant Israël qui a dernièrement reçu la visite du président français qui a oublié, devant la Knesset, les principes de la liberté des peuples prônés par la révolution française. Il a également tenu à affirmé la nécessité d’assurer la défense d’Israël, cette entité construite sur les ruines d’un peuple qui a été chassé de son pays par la force du fer et du feu, sans qu’il dise, lui et les autres responsables européens aucun sur la nécessité de défendre le peuple palestinien qui subit quotidiennement des massacres israéliens sauvages, un blocus étouffant et des assassinats rampants qui visent les jeunes en Cisjordanie et à Gaza. Les derniers en date de ces assassinats sont ceux perpétrés par un groupe spécialisé d’assassinats qui a été formé par l’armée israélienne. On note aussi la visité effectué par le président français à la famille d’un soldat israélien fait prisonnier par les Palestiniens, pour exprimer ainsi comment il tient à soutenir sa cause, et ignorant, en même temps les souffrances de milliers des Palestiniens détenus dans les geôles israéliens et leurs épreuves sous toute sorte de torture sauvage que l’armée israélienne leur fait subir par l’usage de moyens sauvages et peu humains. Même à l’intérieur de l’entité sioniste on parle de l’atrocité de la torture israélienne, sans qu’on entende aucune protestation internationale ou arabe, car ceux qui ne protestent pas ne respectent pas l’humanité du peuple palestinien.
Il est à remarquer que ce président français évoque la crise iranienne en disant que c’est la plus grande au monde. Comble de ridicule, car il ne s’agit pour l’Iran que d’un programme nucléaire pacifique. Et à supposer qu’il s’agirait d’un programme nucléaire militaire, celui-là pourrait-il être dit « le plus dangereux au monde » face aux arsenaux nucléaires de grandes puissances comme les Etats-Unis, l’Angleterre et la France, ou même face à Israël qui possèdent plus de 200 bombes nucléaires et qui a procédé à d’énormes manœuvres militaires auxquelles ont participé cent chasseurs de type F15 et F16, lançant ainsi une expérience qui se présente comme un préparatif à une attaque éventuelle de la part de l’armée sioniste contre les cites nucléaires iraniens, dans le cadre d’une tentative américaine de lancer une guerre psychologique contre l’Iran par la mais israélienne, car Israël n’ose diriger aucun coup contre l’Iran sans le feu vert américain et la décision américaine.
Ils cherchent à apeurer les peuples, et surtout les peuples arabes. Ils prétendent que tout ce déploiement nucléaire militaire, y compris israéliens, est de caractère pacifique et non pas des préparations à la guerre. Ils profitent ainsi de la naïveté politique de certains afin de les apeurer vis-à-vis de l’Iran et les rassurer vis-à-vis d’Israël.
L’Union Européenne : Une dictature politique et économique
Parallèlement à tout cela, l’Union européenne s’est montré réceptif quant au désir du président Bush d’imposer une pille de nouvelles sanctions diplomatiques et économique à l’Iran. Ainsi, nous sommes face à des Etats qui sont devenus des régimes dictatoriaux qui mettent la pression sur la liberté des pays du monde musulman pour les empêcher de se faire des connaissances scientifiques. Ils veulent que ces pays restent dépendants de leurs industries, pour pouvoir ainsi leur imposer leurs conditions politiques, sécuritaires et économiques.
Il est regrettable de voir le monde musulman qui n’a pas pu se transformer en entité industrielle qui assurerait leur autosatisfaction, d’une part, et exporter leurs produits selon leurs propres conditions vers le monde, d’autre part… Il est regrettable de le voir devenir des entités déchirées et soumises aux politiques des grandes puissances même quand il s’agit de gérer ses propres richesses et de fixer leurs prix. Nous remarquons également comment les pressions qui s’accentuent-elles sur certains pays du monde musulman dans le but de le pousser à produire davantage de pétrole sans que le marché mondial n’en a un besoin réel, dans des conditions où la hausse des prix est le fait des spéculations boursières et non pas de la rareté des produits.
Le Liban : Une prison pour son peuple !
Quant au Liban, le jeu intérieur et extérieur continue de décider de sa situation sécuritaire et celle liée à la formation du gouvernement dont la naissance, tout le monde s’y attend, se fera par césarienne. Beaucoup de gens sont d’ores et déjà convaincus que la crise intérieure dominée par des accusations réciproques de blocage échangées par les parties concernées, reflète la tendance des ingérences extérieures qui cherchent à profiter du Liban en tant que place pour les conflits régionaux, y compris ceux des pays arabes, et internationaux, ainsi que pour les lignes israéliennes de tripotage discret de la sécurité du pays par l’activité de leurs services de renseignement. Le succès de l’accord de Doha a peut-être engendré un complexe chez certains Etats de la région qui se mettent à le déstabiliser et le liquider par des incidents sécuritaires ambulants d’un endroit à l’autre, ou par des provocations sectaires dans la sphère islamique, par l’entremise de certaines instances religieuses et politiques qui ne voient pas en Israël et dans les Etats-Unis un problème pour le Liban, se contentant de le voir chez les adeptes de telle ou telle secte, conformément aux besoins de la discorde qui leur est insufflée par des parties régionales et internationales.
Ce qui met le Liban en danger est que certains Etats de la région agissent de manière confessionnelle et mènent des activités dans des pays du Moyen-orient au service de leurs intérêts en ralliant à leurs politiques des parties confessionnelles dans le but de la provocation, et exercent la ségrégation même entre leurs propres citoyens.
L’événement le plus saillant se représente par le sommet spirituel islamo-chrétien qui a rendu public un communiqué démagogique dans lequel les Libanais ne trouvent aucune solution à leur crise. Tout le monde sait que ceux-là n’ont pas les moyens de gérer les affaires vitales du pays. Ils ne représentent que la façade du régime confessionnel libanais, et leur réunion peut donner le sentiment d’avoir défouler l’état d’étouffement, mais elle n’a pas donné la clé de la solution.
Les sommets libanais ont perdu toute leur efficacité, car nous avons perdu ceux qui vivent dans les sommets de la justice, du vrai, de l’esprit, de l’amour et de la compassion. Nous errons dans des champs remplis de boue et qui ne contiennent que la haine, la rancune et les fanatismes rétrogrades… Le peuple est toujours détenu dans sa grande prison ; il est le jeu des grands et des petits joueurs ! |